‹ De L'Hérédité Parasitaire De La Tuberculose HumaineChapitre 61 sur 113 · FRÉQUENCE DE LA T. INFANTILE SUIVANT LES AGES · texte numérisé non relu

FRÉQUENCE DE LA T. INFANTILE SUIVANT LES AGES

Les partisans de l'hérédité, entre autres GAERTNER, considèrent comme un fait certain la forte prédominance de la mort par T. dans la première année, avec abaissement ultérieur de la mortalité dans les années suivantes, et, de cette mortalité énorme de la première année, ils font la pierre angulaire de leur raisonnement. Si le fait était vrai, il tendrait en effet à diminuer le rôle probable de la contagion, celle-ci devant s'exercer d'autant plus que l’on a affaire à des individus plus âgés.

La question est ainsi mal posée ; ce qu'il importe d'établir, ce n'est pas la mortalité à telle ou telle époque de la vie, la gravité de la T. dépendant d’une foule de facteurs difficiles à apprécier, mais étant évidemment subordonnée à l'âge; pour raisonner sur l’origine probable des T. infantiles, nous avons besoin de connaître leur nombre exact, tel qu'il résulte de l’examen du cadavre aux divers âges.

Interrogeons donc à ce point de vue les statistiques.

Statistique de Papavoine (1830) (175). — Sur 709 enfants morts depuis l’âge de 2 ans jusqu’à 15 ans, 408 offrirent des tub., c’est-à-dire environ les 3/5 des sujets. Sur ces 408 enfants, la T. fut, dans plus de la moitié des cas, la cause de la mort, ou tout au moins une des causes principales; dans

les autres cas, les tub. n’étaient qu’une lésion secondaire. La répartition suivant l’âge est indiquée par le tableau suivant (1):

Sur 183 enfants morts à 2 ans, 73 étaient tuberculeux, soit 40 p. 100.

— 128 — 3 — 64 = O0 — 70 — 4 — 46 — — 65 — — 48 = 5 — 35 == — T8 — — 46 — 6 — 32 = —= 69. — — 39 x 1 2% D — HO — 38 — 8 — 24 = = (CEE — ?4 — 9 — 16 = > 66: — — 3 ee 10 "18 — = 58 — — 20 == 110012 = = 60 — — 32 — PROC D = 175 — — 15 = 13 — 10 — = 66 — —. 21 — 14 — 11 — ni 5? —

Ainsi la proportion des T. (formes latentes comprises) augmente nettement de 2 à 5 ans; mais les cas précoces n'ont pas élé étudiés; ce sont les plus importants au point de vue étiologique.

(1) Dans 14 cas de T.., l’âge n’a pas été noté.

Statistique de Rilliet et Barthez (1843) (196). — Elle donne égalelement une progression ascendante, mais est passible de la même objection.

Sur 126 enfants morts de 1 à 2? ans 1/2, 47 étaient tuberculeux, soit 37 p. 100.

— 177 — 3à bans, 107 = — CURE — 144 — 6àil — 107 = = 14 — — 178 — LME 53 ee 63..—

Statistique de l'hôpital de Tubingue. — Dexnic (208) a observé en 15 ans (1878-1892), 205 enfants morts tuberculeux, sur un nombre total de 1042 décès, ce qui fait une proportion de 20 p. 100.

Parmi ces 205 cas, il n’en a vu que 22 où la T. fût absolument latente.

En faisant abstraction de ces cas, il reste 183 T. dont le quart a été trouvé chez des nourrissons au-dessous de un an. Pour Dennig, c’est dans la première année que la maladie est de beaucoup la plus fréquente; voici les chiffres qu’il indique :

Der0 a 1 anses chroenperer emo reace 25 p. 100. DENT D ADS Re Re ere os more 20 — Dé DA re Mumiihretonmeisiee lee 8 — Dee ET. nor re num nee . 6 —

Mais les pourcentages de Dennig n'ont qu'un médiocre intérêt, cet auteur ayant simplement considéré le nombre absolu des tuberculeux qu'il a vus mourir à tel ou tel âge, et non pas le rapport entre les cas de T. et Le chiffre total des décès dans la période correspondante.

Même observation pour les résultats de la statistique de l'hôpital de Bâle établie par BRANDENBERG (494) pour la période 1870-1888. Cette statistique

comprend 203 cas de T. certaine, démontréesoit par l’autopsie (141 cas), soit par une opération (62 cas). Les enfants étaient âgés de moins de #4 ans.

De 0-1 an, le nombre des cas a été de 18 p. 100.

De 1-2 ans — — 42 — De 2-3 — — — D De 3-4 — — 19

Il y aurait donc une prédominance très grande pour la deuxième année.

Les chiffres de Cnopf (1893) (200 bis) obtenus par le même procédé sont de 49 p. 100 de 0 à 4 an, de 22 p. 100 en moyenne pour chacune des deux années suivantes ; en effet, sur 298 T. infantiles diagnostiquées certainement par la clinique ou vérifiées anatomiquement, Cnopr en a trouvé 48 de 0 à 4 an, et 135 de 1 à 3 ans : plus tard le nombre diminuerait.

Les statistiques précédentes ne nous renseignent en somme que très imparfaitement ; les deux premières sont muettes au point de vue de la T. précoce et Les trois autres nous apprennent que la T. est fréquente dans la première année, sans nous indiquer, point capital, quelle est sa fréquence relative. Les statistiques suivantes nous fournissent au contraire des documents importants utilisables dans une. discussion étiologique.

Statistique de l’Institut pathologique de Munich de 1881 à 1888. — Cinq cents aulopsies ont été faites sous la direction de Bozuncer et leurs résultats compulsés par un de ses élèves, Oskar Muzcer (193).

La T. a entrainé la mort dans 150 cas (30 p. 100 des autopsies) ; c’est dire qu’elle est la cause de mort de beaucoup la plus fréquente dans le jeune âge ; de plus, on a trouvé 59 (1) T. latentes (dans le 1/6 des cas où la mort à été due à une autre maladie que la T.). Voici le tableau de ces divers cas, avec le pourcentage du nombre tolal de T. par rapport au nombre des décès :

° De 0 à 1 an, 3 morts par T. + 3 T. latentes sur 49 décès — 12,25 p. 100. HT ri —.22 — 8 — 105 —1 28,50 — — 2? 3 — 16 == 8 — 65 — 86,90 — — 3 4 — 14 — 8 — 60 — 53,30 — — À > — 11 — 15 — 42 — * 161,90: -=- — 5 6 — 15 — 7 = 37 — 594500 pr 11 0 22. 7-0 NL RSA ES — 0 — 18 — 16,60 : — RO = 1 3 ENT — 9 10 — 5 — 1 — 15 — 40,00 — — 10 11 — 2? — 4 — 7 — 85,10 — — 11 12 — 8 — 6 — 20 — 70,00 — mn CS = À — 10 — 70,00 — — 13 14 — 11 — 4 — 19 — 78,00 — 2 LAN A0 1 OR TON ee

Totaux.. 150 65 500

Les 3 cas de T. mortelle de la première année se rapportent à des enfants de # mois, de 8 mois (caverne grosse comme un pois avec pus épais dans le bord antérieur du lobe inférieur) et de #{ an (granulie; sur la face pariétale de la plèvre gauche, foyer caséeux ramolli gros comme un mark).

Statistique de l’Institut pathologique de Kiel de 1873 à 1889. — Cette statistique a été établie par trois élèves de HELLER qui, successivement, ont étudié à ce point de vue les procès-verbaux d’autopsies de l’Institut. Il n’est donc point question ici d'observations personnelles, mais simplement d’un travail de compilation, entrepris sous la direction de Heller,

Par Sruuoxps (479) qui a collationné les autopsies-de 1873 à 1878 Par Scawer (182) — = 1879 à 1883 Par Borrz (192) == = 1884 à 1889

En additionnant les chiffres des trois auteurs, nous arrivons aux résultats suivants :

De 0 à # semaines.......…. 617 autopsies avec 0 cas de T., soit 0,0 p. 100. De #4 semaines à 3 mois.... 235 — 2] — 0,8 — DOPSEMOIS Aa eee. . 586 — 6? — 15,0 — Det ana 2 ANS See ce» Ps poil — 77 — 23,0 — Dem ans A ArANS MR 312 — 124 — 39,0 — De #4 ans‘ à 10 ans....... . 353 — 110 — 31,0 — De 10 ans à 15 ans..... .. 102 — 56 — SAUT =

(1) O0. Muller, tout en indiquant le nombre de 59 T. latentes, nombre qui est reproduit par tous les auteurs qui l'ont cité, donne année par année le détail de ces cas : en les additionnant on arrive à un total de 68 cas (?).

de

Par conséquent, la proportion de T. infantile atteint son maximum de 2 à 4 ans; elle est à cet âge beaucoup plus considérable que de 3 mois à 1 an.

En 1890, cette statistique est complétée par HELLER, qui apporte au Congrès de Strasbourg (194) une courbe représentant le pourcentage de la mortalité par T. d’après 3 314autopsies pratiquées à Kiel : le maximum estatteint au moment de l'adolescence et de la jeunesse. Le chiffre le plus élevé, 43,8 p. 100, a été observé à 20 ans.

Statistique de M. Hutinel en 1890 et 1891 (10). — En 1890, sur 102 autopsies d'enfants âgés de moins de 1 an, il y avait 4 cas de T.; en 1891, sur 118 autopsies, 4 autres cas. Ces 8 T. concernent des enfants de 41 jours (fines granulations miliaires disséminées au sommet d’un poumon), 2 mois et quelques jours (nodules tuberculeux dans les deux poumons), 2 mois 1/2, 5 mois, 6 mnis (2 enfants), 7 mois (2 enfants).

La rareté de la T. à cet âge peut être appréciée approximativement quand on sait que, dans le service de M. Hutinel aux Enfants-Assistés, la majorité des autopsies concernent des nourrissons dans la première année de la vie.

Au contraire, de À an à 2 ans la proportion de T. était de un tiers ; de 2à 3 ans, de 3 à 4 elle était plus forte encore.

Statistique de Kossel (de Berlin) (207). De 1892 à 1895, 286 enfants au-dessous de 10 ans ont été autopsiés : 22 étaient morts de T. et 14 présentaient

des foyers tuberculeux latents découverts par hasard à l’autopsie, ce qui fait une proportion de T. d'environ 13 p. 100.

119 enf. 0-3 mois autopsiés, 2morts de T.; OT. lat.;nomb. tot. de T.—1,6p.100. 107 — 3mois-{ an — 12 — 0 — 11,0 — 11 — 1an-ilan1/2? : — 4 — 0 — 36,0 — 24 — 1an1/24ans — 3 — 4 — 29,0 — 20 — 4ans-8 ans — 1 — 8 — 45,0 — 5 — 8 ans-10 ans — 0 — 2 — 40,0 —

Ces chiffres montrent que la T., absolument exceptionnelle au-dessous de 3 mois, assez rare de 3 mois à 1 an, devient incomparablement plus fréquente au-dessus de 1 an. —On remarquera en outre que les T. latentes n’ont été observées par Kossel qu’à partir de 4 an 1/2, et que plus les enfants sont âgés, plus souvent on les observe ;

De 1 1/2 à 3 ans, elles ont été trouvées dans le 1/15 des autopsies.

De 3 à 4 ans — — 5/15 — De 4 à 8 ans — — 6/15 = De 8 à 10 ans — — 6/15 —

Statistique personnelle. — En 1895-96, dans le service de M. HuriNEL, dont j'avais l'honneur d’être l’interne, j'ai relevé aux autopsies tous les cas de T.

86 enf. 0-3 mois furent autopsiés : nombre total des T. = 1, soit 1,16 p. 100.

45 — 3 mois-1 an — — 6, — 13,00 — 54 — 1-2ans 18, =:89.00T 14 — 2-4 ans — — 7, — 50,00 — 16 — au-dessus de4ans — — 6, — 317,00 —

On voit donc, contrairement aux assertions hypothétiques des partisans de l'hérédité, que /a fréquence de la T. infantile augmente avec l'äge. Additionnons les chiffres des statistiques précé-

dentes ; nous aurons :

Pour { dans la première année............. 5 p. 100. la fréquence (1) | dans les 3 premiers mois........... DR des HORS MIDIS IA MANS Tr ee ere AU T. appréciables | Le DANS RENE dre fée 24 — alautonsie | de ansiàa fans: ........:..0. 40 —

Ces chiffres confirment absolument les résultats annoncés par M. Hunxez au Congrès dela T. en 1891 ; obtenus par la superposition de statistiques d’auteurs différents, statistiques qui donnent toutes les mêmes indications générales, ils sont l'expression, non pas d’une observation individuelle, mais d’une loi précise de la pathologie infantile, parfaitement conforme du reste aux enseignements de la médecine vétérinaire. Chez les bovidés, la fréquence de la T. est rigoureusement proportionnelle à l’âge : SIEDAMGROTZKY, dans une statistique importante sur la T. bovine du royaume de Saxe en 1889 (19, p. 115), donne le tableau

suivant :

Sur 123 725 veaux sacrifiés de 0 à 6 semaines, 8tub.— 0,006 p. 100. — 7196 bovidés — 6 semaines à 1 an, 3— — 0,8 — — 6283 — = 1 an à 3 ans, 444 — — 7,0 — — 14401 — . — 3 ans à 6 ans, 1340 — — 9,3 — — 12110 — — au-dessus de 6 ans, 1913 — — 16,0 —

Il y a là un très gros argument en faveur de la théorie contagionniste : « Si la source principale de la T. pour l’homme ainsi que pour les animaux, au lieu d'être dans le monde extérieur, remontait à une infection fœtale, la proportion des T. infantiles aux différents âges devrait être renversée, le nombre des cas de T. de la toute première enfance devrait l'emporter, et de beaucoup, sur celui des cas se répartissant sur les autres périodes de la vie extra-utérine. » (STraus.)

Les partisans de l’hérédité peuvent-ils valablement contester le [ait en lui-même? Si pour l'espèce bovine on a jusqu’à un certain point le droit de prétendre que les autopsies ont été trop superfi-

(1) Relativement au nombre total des autopsies faites à l’âge considéré.

Ro

cielles pour conclure (ce que semblerait montrer le travail de Kzere), pour l'enfant l’objection ne semble pas bien sérieuse; jene conteste pas que des T. latentes limitées à un petit foyer tuberculeux ne passent facilement inaperçues, même quand on est prévenu de leur existence, mais si c'était là une cause d'erreur commune, elle se rencontrerait aussi bien à ? et 3 ans qu'à 1 an ; n'oublions pas en effet que les non-contagionnistes font remonter à une T. congénitale la majeure partie des phtisies de l'adolescence. — Ce point sera d’ailleurs exposé et discuté plus longuement à l’occasion de la #héorie de la latence du germe.

Quoi qu'il en soit, on ne saurait se borner à la connaissance brutale de la fréquence de la T. chez l'enfant ; pour avoir une opinion raisonnée, il est de toute nécessité de savoir sous quels aspects elle se présente.

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