B. — LOI DE PARROT
Dans une thèse inspirée à un de ses élèves, le D' Scaogrrer (219), et soutenue en 1855, le prof. Kuss (de Strasbourg) a indiqué nettement quelle est l’histoire ordinaire des tubercules des ganglions bronchiques : « Les épithéliums, dit-il, les Iymphati- | ques, leurs ganglions ne sont que les parties d'un seul et même appareil; tout l'appareil pourra être malade à la fois et l'on aura des bubons tuberculeux des bronches, en même temps que des altérations de l’épithélium broncho-vésiculaire. Mais, à l'instar
de ce qui s’observe pour le tégument externe, la maladie pourra n'avoir fait qu'effleurer l'épithélium pulmonaire; elle se sera accumulée en quelque sorte, à l'autre bout de l'appareil, dans les ganglions bronchiques. Le bubon pulmonaire, comme tout à l'heure le bubon cutané, paraîtra, aux yeux de l'observateur superficiel, étre un véritable bubon d'emblée. » Ainsi, à une époque où la nature de la T. était absolument inconnue et où la notion mème de maladie infectieuse était entourée des plus grandes obscurités, l'observation attentive du cadavre avait démontré à notre parent la réalité de cette dépendance intime des adénopathies du médiastin avec une infection semblable des poumons; la maladie ganglionnaire, disait le prof. Kuss, est le retentissement de l’altération épithéliale ; nous disons actuellement : l'infection ganglionnaire accompagne une lésion viscérale antérieure; il est clair que la différence n'existe que dans les mots, l’idée est la même; or, cette idée si féconde dans l'étude de la T. infantile est méconnue presque universellement ; l'immense majorité des auteurs admettent que les ganglions bronchiques sont malades primitivement sans aucune altération antérieure ou concomitante du poumon. Comment les B. sont-ils amenés aux ganglions ? Ici les hypothèses se pressent en foule; comme les faits sont méconnus, l'imagination peut se donner libre carrière et l’on voit invoquer alors.(sans arguments sérieux d’ailleurs, simplement par théorie, parce qu’il faut bien donner une explication, et que l'explication la plus simple, la seule exacte est volontiers éliminée en raison d’une obs. insuffisante) l’hérédité (BAUMGARTEN, Hexcke, Baxc), la pénétration au travers d’un parenchyme pulmonaire intact, la pénétration au travers d’un parenchyme lésé (bronchite, rougeole, coqueluche), la pénétration par lamuqueuse des grosses bronches et de la trachée, la pénétration par la muqueuse des voies aériennes supérieures (nez, bouche, amygdale) ; enfin quelques auteurs vont plus loin et admettent que la localisation dans le médiastin peut avoir lieu par l’arrivée d’un B. entré n'importe où et n'importe comment et ne créant de lésion qu’à son point d'arrivée thoracique.
C'est au prof. Parror que revient incontestablement le
mérite d’avoir, contrairement à l'opinion courante et en dépit des apparences superficielles, établi avec une précision admirable la loi des adénopathies similaires. En 1876, il a communiqué à la Société de biologie le résultat de ses recherches sur les relations qui existent entre les lésions des poumons et celles des ganglions trachéo-bronchiques. — « Les organes chez les enfants se présentent dans des conditions très favorables à l'observation ; ils n'ont pas encore subi les modifications que l’on trouve constamment chez les personnes âgées ; ils sont pour ainsi dire vierges; ces considérations sont surtout appliquables aux poumons, dont les fonctions ne commencent qu'au moment de la naissance. Or 2/ n'est pas à cette période de la vie d'affection pulmonaire qui ne se reflète d'une manière très nette sur les ganglions bronchiques ; ils sont comme le miroir du poumon, ef réciproquement il ny a pas d'adénopathie bronchique qui n'ait une origine pulmonaire. Pour ce qui concerne la tuberculose en particulier, toutes les fois qu'un ganglion bronchique est le siège d'une lésion tuberculeusé il y a une lésion analoque dans le poumon. Dans mes nombreuses autopsies, je n’ai pas trouvé une seule exception à cette loi. La lésion pulmonaire peut être très difficile à trouver et l’on s'explique ainsi comment on a pu la nier: il est des cas où ses dimensions ne dépassent pas celle d’une tête d’épingle. Les altérations des ganglions, semblables à celles des poumons, quant à leur nature et à leur âge, sont relativement plus étendues ; elles portent souvent sur les ganglions trachéaux en même temps que sur ceux auxquels aboutissent directement les lymphatiques émanés des lobules malades. On peut conclure de ces faits qu'il faut rayer des cadres nosologiques l’adénopathie bronchique en tant qu’affection indépendante des maladies pulmonaires. » L'année suivante, un des élèves de Parrot, Hervouër (283) a développé dans son excellente thèse les idées du maître : « Depuis que nous avons l'honneur de fréquenter le service de M. Parrot, nous avons eu mainte occasion de vérifier ce fait général sur lequel il a appelé notre attention, à savoir qu'une adénopathie bronchique de nature quelconque est la représentation exacte d’un état analogue ou même identique du parenchyme
pulmonaire; que non seulement la présence dans un ganglion d’un tub. à un degré quelconque d'évolution permet d'affirmer qu'un processus semblable a évolué dans un département correspondant du poumon et qu'on doit en trouver la trace, mais encore qu'il n'y a pas de modification congestive ou inflammatoire, pas de changement d'aspect, de coloration ou de consistance du tissu de la glande qui n’ait son analogue dans le poumon. En un mot, pas d’adénopathie sans altération similaire du tissu avec lequel le ganglion est en relation fonctionnelle. Quel que fût le degré ou l’étendue des altérations tuberculeuses des ganglions bronchiques, nous les avons constamment trouvées en même temps que des tubercules pulmonaires ou pleuraux. Que ceux-ci fussent plus ou moins développés que n’eût pu le faire présumer l’état des glandes du médiastin, 4/s existaient toujours; c’est là le point capital. Sur 145 observations prises par M. Parrot dans son service des Enfants-Assistés dans ces dernières années, le foyer pulmonaire primitif n'a jamais fait défaut. Mais le nombre considérable des ganglions intéressés comparé aux proportions, quelquefois plus étroites, du foyer pulmonaire, peut en imposer pour une adénopathie primitive. La lésion originelle est, dans certaines circonstances, difficile à trouver; elle peut exiger une perquisition patiente dont on se dispense volontiers en vertu de l’idée préconçue que la lésion peut manquer. Si nous insistons sur ce point, c’est que, suivant M. Parrot, il rend compte d’une partie des cas négatifs qui figurent dans la statistique des auteurs.
«M. Parrot nous dit avoir été obligé quelquefois de consacrer un temps considérable à la recherche d’un petit noyau caséeux ou d’un nodule crétacé, égaré en quelque sorte dans un lobe entièrement sain d’ailleurs; mais une enquéle minutieuse ne restait jamais sans résultats. Il est donc de la plus grande importance de ne jamais considérer une autopsie comme terminée quand on a fait quelques incisions dans un poumon.
« On comprend facilement du reste que l’exiquité d'une lésion n'autorise point à la subordonner aux adénopathies de même nature. Ne voyons-nous pas, en réalité, tous les jours, des adénites de
la plus grande intensité, ayant pour point de départ des accidents locaux de très médiocre importance? Et pourtant, on ne songe pas à voir dans ces adénites des inflammations développées d’emblée. Un très petit chancre peut donner lieu à un bubon énorme. Dans un autre ordre d'idées, un cancer très étendu du foie peut avoir succédé à un champignon cancéreux du rectum relativement de petites dimensions. Il serait superflu de multiplier ces exemples...
« Les affections pulmonaires ne s’accompagnent pas forcément d'adénopathie, mais si l'adénopathie existe, on peut être sûr qu'elle est similaire d'un état pathologique de l'organe dont les qançlions dépendent. »
Les élèves de Parrot ont, pour la plupart, continué à défendre l'exactitude et la constance de la loi des adénopathies similaires ; mais c’est surtout à M. Humnez que l'on doit les travaux les plus approfondis sur ce point : continuant, dans son service des Enfants-Assistés, les recherches qu'il avait commencées pendant son internat chez Parrot, il a pu se rendre compte que chez le jeune enfant la T. primitive des ganglions bronchiques ne se rencontre pour ainsi dire.jamais ; sans doute, dit-il (7), on conçoit qu'il puisse exister des exceptions à la loi de Parrot, quand le foyer pulmonaire d’où proviennent les B. est si petit qu'il ne laisse dans le poumon aucune trace appréciable de sa présence, mais ces faits sont bien rares. Depuis de nombreuses années, dans son enseignement quotidien à l'hôpital, M. Hutinel insiste sur cette question ; à toutes les autopsies de tuberculeux, il prend soin d'examiner l’état respectif du parenchyme pulmonaire et du système lymphatique médiastinal et il a pu ainsi, par l’éloquence toute-puissante des faits bien observés, démontrer l'exactitude de la loi de Parrot aux générations d’internes qui ont eu l'honneur d’être ses élèves ; tous ont quitté son service avec la conviction inébranlable que la vérité est là. À mon tour, j'ai reçu l’enseignement du maître; à mon tour je me suis attaché à contrôler ces recherches et je n’ai pu que m'incliner devant l’exactitude et la presque constance des résultats annoncés. La plupart des observations que j'ai recueillies seront longuement