XIV PRÉFACE
lui, est dans la bonne voie; mais il ignore parfois que le point où d'ordinaire il arrête son investigation, n'en est pas le terme acceptable.
Cette observation ne s'applique pas, ai -je besoin de le dire, aux esprits de haut vol, comme Comte, Spencer, Mill. Ceux-là savent jusqu'où il faut aller; ils savent la distance qu'il y a encore d'une vue comparative ou généralisation empirique à une vérité scientifique. Cette notion importante, c'est d'eux que je la tiens moi-même, j'ai plaisir à le déclarer.
Le lecteur verra que dans le cours de mon livre il est des points où je suis en désaccord avec ces hommes illustres et encore avec d'autres hommes dont je reconnais cependant l'autorité; c'est que la science n'admet pas le principe du Magister dixit\ le devoir de recherche personnelle et de sincérité passe avant tout. J'ai d'ailleurs à ce sujet une conviction, fondée au moins en ce qui me concerne : je tiens qu'on est le disciple des hommes que l'on contredit, autant que celui des hommes que Ton répète. Aux endroits où je débats et finalement je récuse l'opinion d'un de mes maîtres, c'est encore lui qui m'a muni, qui m'a armé contre lui-même; sans ce qui est chez lui une erreur, à mon sens, je n'aurais pas trouvé ce que je crois être la vérité; et, s'il y a réellement vérité, c'est à lui d'abord que j'en suis redevable.