PRÉFACE. XIII
vrai qu'elle le lui livre, à l'état neutre et froid, si je puis dire. L'artiste y infuserait la vie et la chaleur.
Ainsi l'érudition serait à la fois la pourvoyeuse, l'intendante de l'histoire science et de l'histoire artistique, qui constituent les deux modes, je dirai volontiers les deux pôles, de l'impression que le passé fait sur l'homme, l'un répondant à la partie intellectuelle, l'autre à la partie sentimentale de notre nature.
Un avertissement sur lequel je ne saurais trop insister, c'est que je ne prétends pas du tout dans cet ouvrage constituer réellement l'histoire science : ce serait une ambition exorbitante. Je ne prétends pas davantage à constituer une partie quelconque de cette science dont la construction graduelle réclamera des légions de travailleurs. Quel est donc mon dessein formel? En premier lieu montrer que l'histoire peut être constituée sur un pied scientifique et secondement qu'elle ne sera ainsi constituée qu'à la condition de choisir certains matériaux, d'en éliminer d'autres; à la condition d'employer de préférence certains procédés méthodiques, de reconnaître la portée insuffisante de quelques autres procédés précisément plus accrédités; bref je veux montrer par quel chemin, à mon sens, il faut passer pour aller au but, je veux surtout détourner des voies fausses et des impasses.
Si à quelque degré j'ai réalisé mon dessein, ce livre pourra profiter à l'érudit et au sociologiste.
Convaincu qu'il y a une hiérarchie entre les divets ordres de faits historiques, l'érudit ne recueillerait plus tous les reliquats du passé avec une égalité d'intérêt vraiment trop parfaite; il saurait que certaines connaissances sont plus urgentes à acquérir que d'autres et, ajournant des recherches qui sont secondaires ou inutiles pour le moment, il ferait effort dans des directions choisies et privilégiées. Le sociologiste,