Ou la contingence
suis déterminé à chercher ma nourriture par une condition unique : l'existence d'un estomac dans ma poitrine.
Je viens de le dire, la cause est faite en réalité de causes : c'est autant de conditions à réunir pour l'obtention de l'effet. Plus on a de causes en concours dans un effet, ou plus il y a de conditions imposées à l'arrivée de l'effet, et plus l'effet devient contingent.
Aux conditions positives, dont la présence est requise, il faut toujours joindre les conditions négatives, ou plutôt la condition négative que des causes contrariantes ne viendront pas à la traverse. Toute cause est placée dans le monde au milieu d'autres causes rivales qui apportent chacune leurs effets en tendance. On peut se représenter ces causes comme des projectiles lancés de tous les points de l'horizon dans un même milieu, avec chance de rencontre et d'annulation réciproque. La contingence d'un effet donné apparaît donc comme proportionnelle encore à la quantité de causes en situation de traverser le camp commun.
Quand nous étudions un sujet très contingent, nous avons donc par cela même une quantité de causes à découvrir; la difficulté du travail croît avec le nombre des causes, non pas simplement, mais plutôt en progression géométrique. Nous voyons bientôt que l'espoir de restituer la causalité entière est chimérique et que l'explication de l'effet restera nécessairement très incomplète.
L'application à l'histoire des idées de contingence et de détermination constitue la partie la plus ardue de notre tâche ; c'est agiter la question de savoir quel degré de certitude l'histoire accidentelle * comporte.
11 est très utile cependant de savoir au moins approximativement si le phénomène qu'on a devant soi est très déterminé ou peu déterminé. Un historien philosophe comme Montesquieu se persuade-t-il que le destin heureux ou mal-