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CHAPITRE XVIII

Discussion des idées de race, du génie différent des races ou des peuples. Discussion de la transmission héréditaire des traits psychiques.

Une erreur qui a fait fortune de notre temps sera le sujet clu présent chapitre; erreur presque inévitable, suscitée par le désir de trouver en histoire des déterminations larges et simples, et par cette aversion pour la contingence, qui nous sont comme naturels.

Le rôle que ces sentiments ont joué dans la conception des œuvres de la philosophie historique, nous l'avons signalé, l/erreur dont il s'agit à présent diffère sans doute à la surface des théories de Bossuet ou de Montesquieu, mais a avec elles xine parenté profonde, puisqu'elle tient aux mêmes fibres du cœur humain.

Celui qui a lu les ouvrages de Renan, et en particulier son étude sur les langues sémitiques, sait que l'humanité, selon lui, se partage en races d'une valeur intellectuelle et affective très inégale; il y a des races supérieures et des races inférieures, des races nobles et des races non nobles. Cette inéégalité est originelle et semble par conséquent irrémédiable; Mes aptitudes et les incapacités que possède chaque race tistsent la trame de son histoire, lui font sa destinée. L'histoire

générale de l'humanité n'est guère que le conflit ou le concert des divers génies de races.

Avec cette vue, l'histoire philosophique devient aisée. Vous demandez pourquoi le peuple hébreu a atteint ridée d'un Dieu unique avant le peuple athénien, si supérieur sous tous les autres rapports ; un mot y suffit : c'est que le génie sémitique était monothéiste. Vous voulez savoir pourquoi Athènes t fait de la sculpture incomparable; apprenez-le encore d'un mot : Athènes eut le génie de la sculpture.

Le génie de race est entré dans l'histoire assez récemment; mais le génie de peuple l'y avait précédé. Ce sont les découvertes de la philologie moderne, celle notamment de la] parenté linguistique des peuples européens, qui ont conduit! à élargir l'entité primitive. On se félicite beaucoup du nouveau concept, comme si l'esprit humain témoignait par 1k d'une ampleur nouvelle. On se sert largement du génie de race pour l'explication de toutes choses, littérature, beauxarts, histoire sociale, religieuse, politique '.

Je ne le nie pas, les auteurs en général recourent simultanément à d'autres causes explicatives ; celles-ci sont employées comme des sujettes, la cause génie gardant une sorte de suzeraineté incontestable. C'est que l'explication des choses au moyen du génie a un défaut : elle est courte à donner ; elle soutient, il est vrai, le style, et prête à l'éloquence; mais elle ne fournit aux auteurs que des passages brillants. Pour faire un livre, il faut en revenir à l'exposé des conditions; on donne donc ces conditions en même temps que les considérations sur le génie, et on ne s'aperçoit pas qu'il y a entre les deux une contradiction.

Le génie de race implique une supposition singulière : « Athènes eut le génie des arts » ; ou cela ne veut rien dire, ou cela signifie que virtuellement, en tout Athénien, il y avait un bon sculpteur possible, et qu'il n'en était pas de même en

i. Voir comme exemple l'Histoire de la littérature anglaise de M. Taine.

Chine ou dans l'Inde : là le fond latent manquait, tandis qu'à Athènes le fond latent a affleuré dans tels et tels grands sculpteurs; et ceux-ci démontrent l'existence de la veine qui courait en dessous.

En réponse à ces suppositions implicites, voici les faits : Les Athéniens ont vécu d'abord quelques siècles sans posséder aucun sculpteur bon ou mauvais. D'où vient cela? Que faisait alors leur génie? Puis ils ont eu quelques sculpteurs malhabiles, auteurs de grossiers ouvrages; puis de moins mauvais, puis d'assez bons, puis quelques-uns d'excellents, parmi un plus grand nombre de médiocres. Je me demande ce qui a pu faire que les sculpteurs d'Athènes ne fussent pas tous de même force, et particulièrement dans une même période. Puis la sculpture a déchu, et enfin elle a disparu tout à fait, sans que le peuple athénien ait péri, ou subi un Fort mélange. Ce peuple restant le même, avec son génie, je ne comprends ni la période de nullité primitive, ni le progrès jusqu'à un point culminant, ni la décadence jusqu'à la lullité finale. On me dira : « Le génie n'est pas tout; certaines conditions sont nécessaires pour qu'il se manifeste. Et même 1 dépend visiblement de ces conditions qu'il se manifeste à tel ou tel degré. » J'en tombe d'accord, et je vais plus loin que irous. Si certaines conditions font que le génie n'apparaît pas H l'annulent, si d'autres font qu'il se montre un peu, d'aures qu'il se montre avec éclat, tout se passe comme si le ^énie n'était rien et que les conditions fissent tout. Alors pourquoi cette supposition du génie?

Qu'est-ce qui l'autorise? « C'est que d'autres peuples, la ^hine, l'Inde par exemple, n'ont jamais fait que de la mauvaise sculpture. Il faut bien leur supposer un génie diffé- •ent? » Je ne vois pas que la logique m'y oblige; au contraire, ^ous m'accordez forcément que, dans Athènes même, la bonne sculpture n'a eu qu'un moment, grâce au concours d'un cerain nombre de circonstances. Avant que ce concours éphé- Tière se soit réalisé, et après qu'il a pris fin, la bonne seul-

310 DE l'histoire considérée gomme science.

pture fait défaut à Athènes elle-même. Je remarque que la Chine présente tout le temps l'état de médiocrité que je ren- È contre dans Athènes pendant les trois quarts de son existence ; j'en conclus qu'en Chine le concours voulu ne s'est jamais réalisé. C'est un fait à vérifier d'abord. C'est seulement dans le cas où les circonstances temporaires d'Athènes se montreraient également réalisées en Chine, sans produire le môme effet, qu'une autre hypothèse deviendrait logiquement nécessaire.

Nous pourrions demander si le génie sculptural d'Athènes s'est tiré d'affaire tout seul, s'il n'a pas été à l'école de quelque autre génie; mais cette question rentre dans une autre plus large.

A supposer que le génie d'une race soit quelque chose de réel et non une entité commode, il faut, pour déterminer ce génie, réduire strictement son observation aux œuvres originales de la race. Quand un peuple emprunte quelque chose qui influe sur sa marche, l'expérience que nous voulons instituer sur ce peuple est troublée, comme le serait une expérience chimique sur une substance par la combinaison imprévue de cette substance avec une autre. Impossible de savoir désormais de quoi le génie eût été capable par luimême. Si les emprunts se multiplient, le génie nous échappe tout à fait. C'est ce qui nous arrive justement avec les peuples les plus intéressants, les Grecs, les Romains, les Germains, les Gaulois. Cinq peuples à peine semblent s'offrir à nous dans les conditions d'un développement original : l'Assyrie, l'Egypte, l'Amérique, le Pérou, la Chine. Mais, même à Tégard de ceux-ci, les origines sont trop obscures pour que nous ayons une certitude.

Des peuples dont le génie est particulièrement brillant, aucun ne s'est élevé par ses seules forces. Tous ont reçu de leurs voisins les institutions, les inventions les plus décisives. Voici, par exemple, les Grecs; les éloges qu'on a donnés à ce génie si spontané, si souple, si varié, etc., etc., remplis-

sent des volumes. Cependant il a fallu que les Phéniciens lui communiquassent récriture, et, chose frappante, immédiatement leur civilisation a commencé. Restés barbares jusqu'à cet emprunt, pendant un nombre de siècles que l'historien malheureusement ne peut compter, rien ne nous dit avec certitude ce qu'ils auraient fait sans cet emprunt. Ils seraient restés peut-être barbares bien des siècles encore. Qu'on ne se récrie pas trop. Les Germains sont aussi un peuple à génie supérieur. Or ceux-ci, mille ans plus tard que les Grecs, en étaient à apprendre l'alphabet égypto-phénicien qu'ils n'avaient pas trouvé d'eux-mêmes non plus que les Grecs. Peut-èlre abandonnés à eux-mêmes, les Grecs eussent-ils inventé quelque chose d'imparfait comme l'écriture chinoise. Je sais que je m'expose à l'indignation; mais je fais remarquer que des milliers de peuples ont composé la race humaine historique; que quelques-uns seulement ont inventé des écritures et qu'il n'y a qu'une écriture qui ait été bien faite.

Combien de choses encore, avec l'alphabet, les Grecs ont reçues du dehors! Plus on étudie leur histoire, plus la part des emprunts apparaît. Certainement, les éléments des métiers, ceux des beaux-arts, ceux de l'arithmétique et de la géométrie, leur ont été donnés par l'Assyrie, par l'Egypte. En tout genre, le plus difficile c'est de trouver l'entrée du chemin; on peut tâtonner autour pendant des siècles : témoin les Germains (auxquels je joindrais volontiers nos propres ancêtres, les Gaulois, si notre génie n'était pas pour le moment en baisse chez les personnes qui cultivent la thèse du génie ').

4. Si quelque peuple peut élre considéré comme ayant plus qu'aucun aulre, parmi les dons de son « génie », le don de la musique, c'est sans conteste le peuple allemand. Voilà ce qu'on appellerait volontiers un Irait de race. Sa musique est sans doute très supérieure à ce que les Grecs ont jamais produit en ce genre. Cependant, au temps des Grecs, on n'aurait jamais deviné cela. La musique allemande valait sans doute à peu près autant que celle de certains peuples nègres; et deux mille ans après les Grecs de Périclès, le génie allemand, si supérieur en musique, n'avait pas encore pris la peine de se manifester.

En résumé, un peuple à génie brillant peut rester des siècles sans manifester aucun génie. Un autre peuple ou une autre race vient lui apporter une invention, une œuvre ou une idée : le premier génie se met à l'école du second, et bientôt des œuvres se produisent, d'abord médiocres, je le rappelle, puis graduellement meilleures. « Tout ce que vous prouverez, me dira-t-on, c'est qu'il y a peut-être nécessité à ce qu'un génie entre en contact avec un autre génie. » Cette fécondation des génies les uns par les autres nous apporte une nouvelle métaphore (nous en avions abondance). Mais de preuves positives, aucune; et il reste que la connaissance d'un génie particulier, à l'état originel et pur, nous est absolument refusée.

J'ai indiqué déjà la contrariété qui existe entre l'hypothèse du génie et un phénomène réel de l'histoire, celui des phases, qui apparaissent chez tous les peuples. A ces phases sont liées les idées de progrès et de décadence. Contradictoire aux phases, le génie des races est par suite nécessairement contradictoire aux idées mêmes de décadence et de progrès. On l'a senti et on a inventé une entité de plus pour faire l'accord. On a imaginé que les peuples avaient une enfance, une jeunesse, une maturité, une vieillesse. Le procédé est simple : on transporte les Ages successifs, le cursus vital de l'individu réel à un individu fictif. Cependant un peuple n'avance pas en Age comme l'individu; chacun de ceux qui le forment va de l'enfance à la vieillesse, mais quand l'un atteint le terme, un autre commence la vie, un autre en est à son milieu. Je vois que, dans l'individu réel, le développement intellectuel a pour condition la croissance générale de l'organisme et en particulier du cerveau, et que le processus intellectuel suit le processus organique. Mais, dans votre individu fictif, le processus organique fait défaut; or il n'est pas permis de supposer l'effet là où les conditions de l'effet n'existent pas.

Libre de la condition du développement graduel de l'organisme, à laquelle le génie individuel est soumis, le génie de

race devrait se manifester tout entier dès que la première génération arrive à l'âge d'homme. Il ne devrait y avoir dans l'histoire d'un peuple ni phases, ni ce qui va ordinairement avec les phases, aucun progrès, et de décadence, pas davantage.

Le génie d'un peuple, ou son caractère national, ne se manifeste avec éclat, avec effet, que dans certains hommes; le même fond reste latent dans la masse; c'est chose convenue. Cependant, voyons de près comment les choses se passent. On nous donne le génie arabe comme étant essentiellement monothéiste; ce génie se manifeste par Mahomet. Je m'étonne d'abord qu'il n'y ait qu'un Mahomet; je m'étonne que Mahomet tente dans l'isolement, seul parmi les Arabes, une œuvre qui est justement en lui l'effet du génie commun de sa race, et ce qui met le comble à mon étonnement, c'est que Mahomet est obligé de convertir par force les Mecquois, qui, de tous les hommes, lui sont le plus apparentés. Le génie arabe de Mahomet est généralement méconnu par les hommes en qui repose, à l'état le plus pur, le même génie. L'aventure n'est pas unique, tant s'en faut. Bouddha, Jésus, exemplaires exceptionnels, l'un du génie hindou, l'autre du génie hébreu, manquent, parmi leurs compatriotes, la fortune brillante que d'autres peuples leur accordent ensuite. Nous voyons ainsi ces spectacles corrélatifs : le génie d'une race acceptant les œuvres d'un génie différent et rejetant ses œuvres propres. Les aventures du génie, on en conviendra, sont singulières.

Mais, sans plus nous attarder, allons à ce qui est la base de l'idée. La nécessité ou au moins la commodité du langage nous induit à désigner d'un mot, « peuple », ce qui est en réalité la juxtaposition d'un grand nombre d'hommes parfaitement distincts. Aussitôt l'entité peuple se forme dans notre esprit; nous voyons, des yeux de l'intelligence, un grand être unique, puis comme les êtres uniques réels ont chacun son caractère, ses aptitudes propres, l'analogie opère, et nous

sonirrr « induits à doter le grand MM d'un caractère, d'un génie individuel. Ce qui nvait été fait pour le peuple se fait naturellement pour la race, quand cette entité, plus largo. S'est établie dans les esprit». Il semble, à première vue, que l'existence réelle du caractère et du génie, propres à. l'individu, justifie l'idée analogique du caractère et du génie, propres à un peuple. La réflexion montre qu'il n'y a aucune parité. Il n'est de réellement individuel que l'individu; quand par une abstraction vous tirez de l'individu ces propriétés qui lui sont jointes, un caractère, un génie, et que vous les appliquer a des êtres purement idéaux, vous pouvez compter que le caractère, le génie, seront également des fictions.

Prenons un peuple de quelque étendue : le Français par exemple. Ce qui ressort au premier coup d'œil, c'est qu'il est en soi fort inégal. Des extrêmes moraux et dos extrêmes intellectuels apparaissent d'abord. Ce peuple contient des hommes de génie et des imbéciles; des savants ta. des ignorants; U a des héros et des lâches; des dévoua» et des égoïstes; des saints, des martyrs, des assassins. Entre ces extrêmes, toutes les nuances du caractère, tous les degrés d'aptitude pour chacune des besognes humaines.

Je demande qu'on me montre entre le peuple français et le peuple anglais, considérés comme grands individus, une différence quelconque, ayant une importance égale à celle qui existe entre le Français féroce et le Français dévoué, entre telle brute et tel génie, également français.

Aucune aptitude, aucune qualité, aucun trait un peu précis de la nature humaine ne peut être dit français, en ce sens qu'il serait commun en France, nul ou rare ailleurs; c'est la même vérité que ci-dessus, sous un autre aspect.

On a dit souvent : a Ce qui constitue un caractère national, c'est que la nation offre plus fréquemment qu'une autre tel trait humain, ou qu'elle présente ce trait d'une manière plus accusée ». — Cette formule est plus modeste; essayez cependant de la justifier. Indiquez d'abord avec précision un trait

là rage, l'hérédité. 315

qui serait plus commun ou plus accusé chez les Français que chez les Anglais ou les Chinois; je dis avec précision, parce que cette première condition n'est pas déjà facile à remplir ! . — Et puis apportez la preuve; apportez la double statistique qui seule peut nous convaincre. — « Vous demandez l'impossible. » — J'en conviens, mais là où la preuve n'est pas faisable, le parti à prendre est indiqué, il faut ajourner l'affirmation. — « Et cependant le sentiment général proteste, vous n'en triompherez pas. » — C'est absolument ma conviction, au moins si je m'en tiens à ce que j'ai dit; mais il me reste à présenter la question sous une autre face.

Quelque chose joue le génie aux yeux peu attentifs; quelque chose le simule et y fait croire. Il y a réellement entre les membres d'un même peuple une certaine communauté : essayons de la définir et de montrer en quoi elle consiste.

D'abord des conditions naturelles : latitude, climat, position internationale. Puis, en grand nombre, des conditions artificielles, venant des hommes : un même gouvernement, un même code civil et criminel, un même langage. Puis quelque chose dont l'influence considérable a été bien moins reconnue par les historiens, un passé historique commun; une biographie nationale avec les souvenirs, les expériences, les conclusions, les leçons qui en sortent, avec les regrets, les espérances, les haines et les affections qui s'y rattachent. Est-ce tout? Pas encore. Il y a entre compatriotes une sorte de trésor commun : ce sont les hommes du pays qui se sont distingués en tous les genres, ceux qui ont laissé des œuvres de toute espèce : guerriers, artistes, savants, écrivains. En même temps que ces nobles mémoires sont des sujets de jouissance intellectuelle et sympathique, ce sont des maîtres qui donnent des exemples et des leçons.

4. Les essais du genre demandé ne manquent pas; la condition de la précision n'y est jamais réalisée, même à un degré médiocre.

Sous la littérature consacrée s'étend une littérature populaire, un monde de contes, de narrations, de proverbes, de dictons : c'est encore là une table commune où chaque nouvelle génération s'assied; enfin, il y a la langue; je ne veux pas parler de la syntaxe; je parle des acceptions dérivées, des sens figurés, des comparaisons, des métaphores, des analogies, loul un travail d'esprit déposé dans le langage, et qui n'est pas le même dans un antre pays'.

Que de choses capables de produire entre les membres individuels d'un même peuple une similitude d'idées et de sentiments, et la produisant en effet. Mais eu tout cela je ne vois rien qui soit naturel, qui soit organique; tout est extérieur, social, artificiel au sens favorable du mot. La thèse du génie, il est vrai, s'obstine; et je sais qu'elle peut ici répondre : •• Les grands hommes qui offrent des exemples d'un certain genre, qui donnent des leçons d'une certaine espèce, cl en quelque mesure façonnent par là les Français postérieurs, ont incarné ou manifesté le génie français. Par eux, c'est encore lui qui agit. Par exemple, il y a dans Molière un fond fiançais irréductible. Aucune autre nation n'a un Molière, pas plus que nous n'avons un Shakespeare. » — Soit, raisonnons sur Molière. On ne prend pas garde que tout homme, considéré d'une certaine façon, est unique. Si les étrangers n'ont pas de Molière, nous n'en avons qu'un. Dites-moi pourquoi le génie national qui a suscité un Molière n'en a pas suscité deux? Cet homme unique aurait pu mourir en bas Age. Est-ce qu'alors le génie français sentant la perle faite se serait manifesté par un Molière de rechange? L'admettre serait, ce me semble, élever le génie national à la hauteur d'une providence. Cependant si le génie français n'avait pas créé un autre Molière, si Molière nous manquait, est-ce que notre conception du génie français ne serait pas un peu différente?

mple pour la France des mots comme se prilasier,

J'ai supposé un homme en moins. Nous pouvons en supposer beaucoup en plus. Bien des hommes sont morts jeunes, qui auraient produit, dans leur maturité, des œuvres dont nous n'avons aucune idée. D'autres, plus nombreux encore, nés dans le peuple, voués à l'inculture, à la pauvreté, à la recherche du pain quotidien, ont emporté avec eux des talents restés sans effet. Si les premiers ne fussent pas morts jeunes, si les seconds eussent pu percer, qui sait la physionomie qu'aurait notre littérature? Il est à croire qu'elle présenterait un aspect général sensiblement différent, et que nos jugements, à l'égard du génie français, différeraient à proportion.

Ce que je dis des hommes littéraires s'applique aux politiques, aux gouvernants; il y a quelque profit à rapprocher les deux cas. — Les événements politiques ont laissé dans la mémoire nationale des souvenirs, des sentiments, des principes de conduite, qui sont une part de ce que nous croyons être notre génie. Or ces événements auraient bien différé si tel homme avait manqué tel jour, et qu'un autre eût agi à sa place. Supprimez Napoléon. Vous n'avez certes pas l'Empire, avec son amas de victoires et de conquêtes. Qui peut dire jusqu'à quelle profondeur ces souvenirs d'une gloire militaire, si exceptionnelle, ont enfoncé chez les Français un certain orgueil national, une certaine confiance excessive, un certain dédain à l'égard des voisins? Sans l'Empire, on ne trouverait pas dans notre génie quelque chose qui y est bien apparent et qui y tient, hélas! une assez belle place : le chauvinisme, puisqu'il faut l'appeler par son nom, est un excellent exemple du caractère aléatoire et historique de ces traits qu'on veut à toute force faire organiques f .

1. Dans un ouvrage anglais que je ne retrouve pas, j'ai lu les deux assertions suivantes : • Molière, le premier des comiques, est né en France par hasard; au lieu que Shakespeare est un produit de race, et ne pouvait naitre qu'en Angleterre ». La rencontre de ce passage m'a égayé un moment. Tout lecteur français aurait fait comme moi. Mais prenons garde à nousmêmes. Je n'en veux pas dire davantage.

ai8 DE L'HISTOIRE CONSIDÉRÉE COMME SCIENCE.

Supposons que Molière fùL né par rencontre à Berlin, et qu'il y eût vécu toute sa vie; il esl clair que ses comédies auraient notablement différé, quant aux thèmes, aux sujels. aux actions mises en scène, et inème uux caractères, car la matière comédinble qu'il aurait eue sous les yeux aurait fort différé dans la capitale du Brandebourg de ce qu'elle était à Versailles, à la cour de Louis XIV : ou peut arriver à démêler dans Molière ce que la cour et Taris lui ont donné.

C'est cela qui est vraiment dû à la France: mais ente-ndonsnous, cela esl dû au milieu social, extérieur. Ce fonds français aurait été remplacé à Berlin par un équivalent. Il me convient tout à fait d'admettre que l'équivalence n'eût pas été parfaite, le milieu prussien d'alors n'étant peut-être pas aussi favorable a la lionne comédie que le milieu français.

Cependant il y a en Molière un élément important qui n'a certes rien a démêler avec le génie français. Ce sont les leçons qu'il esl allé prendre a l'école des anciens. Les empreintes que l'iaute, Térence, Aristophane, Ménandre, ont laissées sur cet esprit sont bien visibles. Moins manifestes, mais lecounaissiibles encore, sont d'autres traces, celles des auteurs italiens par exemple. Comme tout grand esprit, Molière est une sorte de confluent. Changez les sources, c'est-à-diro figurez-vous Molière né quelque part dans le haut Orient, et élevé à l'école de la littérature hindoue ou chinoise; il eût été certainement moins grand. Cela nous autorise-t-il à dire que Molière eut le génie grec et latin?

En résumé, j'aperçois dans l'œuvre d'un homme comme Molière des influences venant de différents côtés de l'horizon. Parmi elles domine jusqu'à un certain point l'influence du milieu immédiat. Tout cela esl mis en œuvre par une capacité native d'un certain degré. Le talent, le génie individuel n'est pas niable; il est lui une réalité positive; mais le génie national, considéré comme quelque chose d'organique, de distinct du milieu extérieur, je demande où il se montre, cl quels sont les signes irrécusables de sa réalité.

A première vue, les physiologistes semblent les auxiliaires des partisans du génie de race; eux aussi parlent de races. Mais si Ton y regarde, on voit que ce mot n'a pas pour ceux-ci le même sens. Les physiologistes conslatent que telle race se distingue par la couleur des cheveux, celle des yeux, par la taille, la conformation de tel os crânien ou du tibia ou des mâchoires. Ils ne vont pas au delà. Ce qu'ils ne disent pas, parce qu'avec leurs visées ils n'ont pas à le dire, c'est qu'en dépit de ces différences partout la charpente osseuse, le système musculaire ou vasculaire sont essentiellement les mêmes, et que les fonctions sont identiques. Si donc on veut s'appuyer des différences physiologiques pour conclure à des différences psychologiques, il faut logiquement donner aux secondes la même étendue qu'aux premières, d'où elles dérivent par hypothèse. Autrement dit, il faut conclure que les différences psychologiques ont une très petite importance, comparée à celle des similitudes. On voit combien les physiologistes demeurent loin de cette idée que la race fait le caractère, les aptitudes, bref, tout l'important psychologique.

Cependant scrutons l'idée de race telle qu'elle est chez les physiologistes. Nous rencontrons immuablement au fond l'idée du milieu ou de la condition (c'est même chose). Voici en effet la définition scientifique de la race : « Un ensemble de caractères contractés par un groupe d'hommes qui ont été soumis longuement à certaines conditions. Ces caractères une fois solidifiés ont pu être transmis par les pères à leurs enfants. » — J'observe que la condition précède la race, qu'elle la fonde et la soutient. La contrariété n'est pas entre la race et la condition, mais entre la condition et la transmission des caractères ou, d'un mot, l'hérédité. L'hérédité et la condition s'opposent réellement l'une à l'autre, dans tout le champ de l'histoire naturelle. On voit facilement en effet que les caractères, contractés dans un milieu, peuvent être transmis plus ou moins longtemps, alors que le milieu,

devenu autre, tend à modifier la race, à lui faire contracter des caractères nouveaux. Remarquez que la victoire finale du nouveau milieu est une vérité logique, nécessaire. Elle n'est qu'une question de temps.

Si nous allons encore plus au fond, nous rencontrons cette autre idée équivalente : la fonction fait l'organe, qui naturellement varie au gré de la fonction. Mais la fonction n'est pas autre chose que la réponse de l'être à la sollicitation du milieu. (Il faut que l'être réponde assez juste ou qu'il meure.) L'être saisissable, l'être connaissable, n'est rien de plus qu'une réaction dictée par un milieu. Et on arrive ainsi invinciblement à l'idée de l'identité originelle, ou, comme dit Spencer, de l'homogénéité primitive des êtres, lentement différenciés ensuite, et de plus en plus, par la diversité des milieux. Cette identité originelle est pour la biologie le postulat sans lequel elle ne peut dérouler ses thèses et ses expériences. Ces idées ne sont pas inutiles à l'histoire. L'histoire a un postulat analogue d'où nous sommes tenus de partir, l'identité originelle de l'individu humain f .

Examinons l'hypothèse de l'hérédité. Un père tend à se transmettre tout entier à son enfant; mais la mère tend également à se transmettre tout entière. Il y a ici un premier conflit, d'où résultent forcément des annulations réciproques ou des combinaisons qui donnent des individus différents à la fois du père et de la mère. Cependant chacun des auteurs de l'enfant a eu lui-même deux auteurs, et ici s'élève une question capitale : L'hérédité n'agit-elle qu'au premier degré entre les auteurs immédiats et leur enfant? La réponse una-

1. Sans doute il y a en biologie une autre hypothèse possible et qui a longtemps régné : celle des différences originelles, fixes, indestructibles; bref la différence des espèces. Cette conception est en voie de disparaître. La différence fixe des races humaines, au point de vue mental et moral, répond visiblement en histoire à la différence des espèces. Elle est devenue à la mode parmi les historiens, juste au moment où les biologistes renoncent à la différence des espèces, qui a pour elle cependant bien plus d'apparence. Ce qu'il y a de plus curieux encore, c'est que tel qui est darwinien en biologie, professe en histoire l'idée du génie des races et ne s'aperçoit pas de la contradiction.

nimc est que l'hérédité agit de bien plus loin. La ressemblance physique entre oncle et neveu, entre petit-fils et grandpère, est très commune; ce qu'on appelle les cas d'atavisme est très fréquent; nous sommes donc tenus de considérer Thérédité comme une tendance de reviviscence déposée par tout auteur dans son enfant, puis dans les enfants de celui-ci, et ainsi de suite jusqu'à une limite inconnue. L'hérédité est sinon infinie, au moins indéfinie. Tout ce que nous pouvons supposer logiquement à rencontre, c'est que cette virtualité décroit en raison de la distance.

Au premier degré, nous l'avons dit, il y a déjà le conflit des hérédités paternelle et maternelle; au deuxième degré, nous avons un conflit entre quatre tendances; au troisième, conflit entre huit ; au quatrième degré, entre seize ; c'est déjà beaucoup, mais que sera-ce si la virtualité héréditaire agit sourdement pendant dix ou vingt générations?

Précisons encore, analysons toujours. Je suppose qu'il s'agisse de la transmission d'un trait simple, d'une conformation physique de l'oreille, possédée par un auteur A et qui le rend spécialement apte à la musique. A épouse B qui a une conformation auriculaire autre et d'un effet contraire au point de vue de l'aptitude musicale. Dès ce premier moment, il faut bien admettre pour les enfants de A autant de chances à l'inaptitude musicale qu'à l'aptitude. Si du côté des ascendants ramifiés du père et de la mère, pendant seulement quatre générations, il ne se trouve que des conformations auriculaires tout à fait communes, il faut bien admettre que les chances à l'aptitude deviennent très faibles : nous en avons une contre 26 contraires.

Le cas que nous venons d'imaginer est cependant un cas relativement simple. Au lieu d'une aptitude musicale tenant à un trait particulier d'un organe corporel, supposons une aptitude littéraire, celle de Victor Hugo par exemple.

Nous sommes ici évidemment en présence d'un effet qui. est, en Victor Hugo, le résultat d'une combinaison très com-

plexe, k ce point qu'il est impossible de la résoudre avec précision eu ses divers éléments : on ne peut espérer d'analyser complètement le génie de Victor Hugo. Distinguons cependant quelques-uns de ces éléments : l'imagination, au sens précis, ou aptitude à regarder, à voir, à se rappeler les images physiques, — le lact psychologique ou aptilude à noter les effets des sentiments, des passions, — l'aptitude à trouver des analogies saisissantes, émouvantes, entre les images physiques et les effets des passions, ce qu'on pourrait appeler l'imagination comparative, — la mémoire du langage, — nn vif sentiment de l'approbation et de la gloire, — une volonté obstinée el une application au travail, sans lesquelles toutes les aptitudes précédentes seraient restées stériles. — Voila une analyse très incomplète, et cependant chacune des aptitudes nommées est elle-même le résultat d'une comhinnisoti.

Je le rappelle, tout tend a reparaître, par suite de la transmission; mais précisément parce que tout tend à cela, chaque trait particulier, en conflit avec une foule d'autres, a bien de la peine à vaincre el à revenir. — C'est une forme de la lutte pour la vie, il importe de ne pas le méconnaître. A présent, pour éelaircir ce difficile sujet, je recours ii une comparaison. L'hérédité sera pour nous une loterie : s'il s'agit d'un trait paternel simple, comme cette organisation auriculaire dont je parlais tout à l'heure (ou bien la démarche, la tournure, un tic nerveux), nous pouvons le considérer comme un numéro parmi 20, 30 ou 100 autres. Ce numéro a toujours quelque chance de sortir. Mais supposez qu'il s'agisse d'une qualité morale ou d'une aptitude intellectuelle, comme celle de Victor Hugo, effet d'une combinaison d'éléments qui peuvent être assez nombreux : celle-ci est représentée, non plus par un seul chiffre, mais par plusieurs, 4, 3, 6, 9, 12, 15 el disposés précisément dans cet ordre. Sentezvous combien il y a peu de chance pour que cette combinaison de chiffres sorte?

En résumé, au point de vue d'une transmission donnée,

érédilé est une force qui se combat, qui se détruit elle- ;me. Quand la qualité demandée est le résultat d'une cause tiple (comme l'oreille musicale), elle peut cependant repaire. Quand la qualité est en réalité le résultat d'une comsition de causes nombreuses, il ne faut pas s'attendre à son our. Et c'est bien là ce que l'expérience confirme. Dans un livre très bien fait M. Ribot a recueilli un certain mbrc d'exemples de talents artistiques demeurés, comme patrimoine, dans une famille durant quelques générations talent de peindre, par exemple, chez les Vernet); mais s'il voulu prouver par là que les aptitudes particulières se nsmeltent à l'ordinaire, ces exemples en tant que preuves ît insuffisants.

[1 manque au livre toute l'instance contradictoire. Il aurait lu relever, à côté des cas de talents transmis, tous les cas inus où les talents paternels n'ont pas été transmis, et on rait vu la différence. (Au reste, je ne dis pas qu'un tel re eût été possible.) Ce n'est pas tout. M. Ribot, dans les amples qui paraissent favorables à sa thèse, ne prend pas -de à un défaut de raisonnement fort grave. Plusieurs met, à la suite l'un de l'autre, deviennent peintres ; M. Ribot :ibue tout le talent de chacun d'eux à l'hérédité. Mais des ises autres ont agi évidemment. Un Vernet est un enfant ce de bonne heure à une école excellente, exceptionnelle, un motif particulier de s'appliquer, de travailler : son nom. rouve aussi, grâce à ce nom, des encouragements et des ilités particulières. Quelle part du talent d'un Vernet est •ibuable à ces causes? quelle à l'hérédité? Impossible de ider la question avec sûreté. — Pour que l'exemple des met fût concluant, il faudrait que le second Vernet eût été vé loin des Vernet, et même qu'il ne se sût pas un Ver- ; et ainsi de suite des autres. Alors, mais alors seulement, is reconnaîtrions sans incertitude l'ascendant de l'héréi. Tous les autres exemples donnés par M. Ribot sont ets aux mêmes observations.

Entre la race et le génie de race, je fais une grande diffé rence. Une peuplade peut présenter des traits corporels qu la distinguent, petitesse ou grandeur de la taille, grandeu ou petitesse de la main, les doigts fins et longs, ou le cou traire, etc. Ces particularités ont leur effet. Elles rendent tell besogne plus aisée ou plus difficile aux hommes qui les pos sèdent; mais cela ne va jamais jusqu'à rendre ces homme aptes à faire des choses que les autres races ne peuvent faire ou à Tinverse. Il n'en résulte en définitive que des différences aisément effacées par un peu plus d'application. L'excilatioi produite par des institutions sociales qui font travaille beaucoup, annule sans peine l'influence de ces particularités L'excitation sociale triomphe d'influences vraiment bien plu fortes, puisqu'on la voit vaincre des climats rigoureux, de sols stériles, installer la civilisation dans des pays comm l'Ecosse ou la Norvège.

Je reconnais donc l'existence de la race comprise comm je viens de le dire; mais le génie de race, cette virtualité qu ferait tout en un peuple, jusqu'aux productions les plus corn plexes de l'esprit, je la tiens pour douteuse jusqu'à nouve ordre. ('elle hypothèse devait se préenter à l'esprit humain elle est très naturelle, nous avons dit pourquoi; mais jus qu'ici elle n'en est pas moins dénuée de preuve.

Admettons d'ailleurs qu'il y ait quelque chose de réel dan cette idée du génie ! , par quelle voie s'en assurer et le prouver

1. On trouve l'idée du génie jusque dans les manuels qui se piquent 1 plus d'exactitude el le moins d'idées générales. Il n'est pas inutile de mon trer comment ces partisans du génie raisonnent quand ils sortent de leu tache spéciale.

Dans l'un d'eux je relève cette phrase : • On n'explique rien en attribuar les qualités au milieu; par exemple, on répète que les Grecs ont été de grand sculpteurs parce qu'ils voyaient des éphèbes nus dans les gymnases; ma il est des peuples d'Afrique chez qui le vêtement est chose inconnue et qi n'ont pas produit de Phidias ».

S'il y a eu quelqu'un d'assez absurde pour dire que l'Art sculptural est 1 produit d'une condition unique, celle de voir de beaux corps nus, l'auten du manuel a raison contre ce quelqu'un; sa logique suflit à le battre. Mai une condition unique ne fait un milieu pour personne; un milieu est, d

Question de méthode totalement inaperçue. Le génie supposé est directement insaisissable, comme toutes les forces intimes, comme toutes les innéités que nous supposons; on ne va à la connaissance de cette cause que par celle de ses effets; mais les effets propres du génie, quand on ne sait rien de la cause même, comment les discerner sûrement?

C'est un cercle sans issue. Les institutions ayant au contraire un caractère objectif, nous pouvons les connaître directement; en tant que causes, celles-ci ont l'avantage d'avoir une existence certaine. En bien étudiant chacune de ces causes, nous pouvons savoir quel genre d'effets elle est apte à produire. Nous pouvons par un nouveau travail constater que les effets ont été réellement produits. Si cela n'est pas toujours aisé, cela est au moins possible. Supposez que les institutions ou, si vous voulez, les circonstances importantes d'un milieu donné aient été toutes examinées, et qu'on ait suivi chacune d'elles aussi loin que possible dans les effets produits, dans les influences exercées, nous avons ainsi un

Tavis de tout le monde, une conjoncture de conditions, en nombre plus ou moins grand.

Les nègres n'ont pas de sculpture quoiqu'ils aillent tout nus, parce que d'autres conditions nécessaires leur font défaut.

L'auteur du manuel devrait nous dire avec netteté ce qu'il prétend. Veut-il affirmer que la contemplation journalière des éphèbes nus en Grèce n'a eu aucun effet, et que la sculpture grecque aurait absolument été la même en l'absence de cette condition? Je lui ferai observer où cela conduit. Pour rester conséquent, il doit penser qu'il est indifférent que l'artiste travaille avec des modèles vivants devant les yeux ou sans modèles. Et après la circonstance du modèle vivant, chacune des circonstances constituant le milieu devra être prise à part et déclarée insignifiante et de nul effet; celle, par exemple, d'avoir pu étudier, copier d'abord les sculptures assyriennes et égyptiennes. Par cette voie, on arrive forcément à une conception fort curieuse : c'est que le génie grec, dans un Phidias ou un Polyclète, était quelque chose qui arrivait tout formé, tout achevé, et n'avait plus besoin, pour produire son effet, ni du travail, ni de l'étude, ni même du secours des sens et de la réalité extérieure.

Cette conclusion, évidemment déraisonnable, est strictement obligatoire pour qui pense que la race fait tout. Si on croit sauver la situation en disant que la race fait seulement le plus important, on se trompe. Uue assertion si vague n'est qu'un semblant d'idée. Il faudrait au moins la délimiter quelque peu, nous dire quelques-unes des choses que la race fait, et surtout les choses qu'elle ne fait pas. Quand toute indication d'effet précis manque, on parle vraiment pour ne rien dire.

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lableau d'ensemble de toul ce que le génie ne Tait pas. Cesi beaucoup que d'avoir olilenu ce résultat, d'avoir circonscrii ainsi le problème. Si alors nou3 avons un reliquat d'effet! qu'aucune institution, aucune circonstance extérieure n'explique, ît sera légitime, jusqu'à plus ample informé, de l'ai tribuer à une iunéilé, au génie de race. Nous prendrons quelque idée de ce que ce génie peut être par la nature tl< ce reliquat. En résumé et pour parler un instant la langue <1< Stuart Mill, l'hypothèse du génie, si elle a quelque vérité. n'est démontrable que par la méthode des résidus. Et eomrai le travail préalable de déterminer en histoire ce qui appartient aux institutions est loin d'être accompli, c'est dire qui l'idée du génie est actuellement d'un emploi tout à fait prématuré.

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