VIII PRÉFACE
torien, sans y joindre l'épithète de philosophe, qui ne me parait pas juste.
Entre la philosophie de l'histoire et notre sociologie moderne, la différence parait profonde, à première vue. Pourtant elle est purement superficielle. Montesquieu, le Montesquieu de VEsprit des lois, et Spencer se ressemblent quant à la visée fondamentale.
Puisqu'il n'existe à nos yeux que deux ordres de travaux, répondant l'un à la recherche de la réalité, l'autre à la recherche de la vérité, érudition d'une part, histoire ou sociologie d'autre part, nous aurions pu mettre ici partout, à la place d'histoire, le mot sociologie, d'autant mieux qu'il semble destiné à prévaloir. Nous avons cependant résolu de conserver le terme d'histoire. Par des causes inutiles à dire ici, les sociologistes , jusqu'à présent, ont étudié avec une prédilection un peu exclusive les peuples sauvages et barbares. A Tégard de ces peuples, ils possèdent une érudition abondante et exacte autant qu'elle peut l'être. Mais quand ils en viennent aux peuples civilisés, aux nations historiques, leur enquête est visiblement insuffisante. Avec le titre de sociologie, mon ouvrage courait risque d'éloigner tout d'abord les hommes qui font de l'érudition ou de l'histoire dans le sens ordinaire du mot. Or, c'est à ces derniers plus encore qu'aux sociologistes que ce livre me semble précisément destiné à rendre quelque service.
Puisque j'ai en quelque manière opposé à la réalité de l'histoire la vérité historique, je suis tenu à les définir l'une et l'autre. Je ne puis mieux le faire que par des exemples.
Un érudit constate que pendant des siècles il y a eu en France des hommes qui s'attribuaient le pouvoir de bouleverser l'ordre de la nature. L'existence de la sorcellerie est ce que j'appelle de la réalité historique. Après l'érudit voici venir le sociologiste. Celui-ci constate que non seulement la