PRÉFACE. IX
France, non seulement tous les peuples européens, mais cent autres peuples ont eu également des sorciers. La méthode comparative amène le sociologiste à dire : « Presque tous les peuples ont connu la sorcellerie ». Celte proposition, qui est sûrement une généralisation, ne contient-elle que de la réalité historique ou mérite-t-elle le nom de vérité? Les sciences physiques, qui doivent toujours être présentes à notre esprit, offrent une analogie qui va nous fixer. On trouve chez elles de ces résultats généraux, équivalents à notre proposition; mais ils n'y passent encore pas pour être des vérités : on les appelle des généralisations empiriques. Le titre de vérité est réservé aux résultats généraux expliqués au moyen de leurs causes. Nous voilà bien avertis. Le règne quasi universel de la sorcellerie, s'il était rattaché à ses causes, en même temps que démontré en fait, serait une.de ces vérités que nous cherchons.
M. Fustel de Coulanges, dans son livre la Cité antique, établit, par des textes probants, l'existence chez les Grecs et les Romains de quelques coutumes fort intéressantes pour nous : le culte du feu et du foyer; la vénération des ancêtres, et des ancêtres mâles exclusivement; la possession complète des enfants par les pères; la possession à peu près complète de la femme par le mari : voilà encore de la réalité historique. Spencer nous apprend que des institutions présentant le même fond essentiel ont existé ou existent encore dans des pays et parmi des races très différentes, notamment chez les Chinois; cela reste de la réalité historique, tant que la question des causes n'est pas résolue.
En résumé, une vérité historique se compose d'abord d'une réalité qui se présente en divers lieux, divers temps, puis de sa connexion démontrée avec les causes qui l'ont produite.
Il est clair que la réalité historique doit être établie