‹ De l'histoire considérée comme scienceChapitre 7 sur 51 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

la part que chacun des érudits peut s'assimiler devient un fragment plus petit, une parcelle plus étroite du tout. Toujours plus éloigné de la conception d'ensemble, le savoir de l'crudit baisse graduellement en valeur. On aboutit ainsi à des notions absolument vaines, qui n'avancent aucunement la connaissance du monde et de l'homme.

Cependant chaque jour accroît l'énorme réalité. De l'antiquité on ne perd plus rien, et on découvre toujours quelque chose. L'événement d'hier passe à l'état historique, par l'effet du temps qui nous emporte sans cesse plus loin. Les faits consignés aujourd'hui sur la surface de la terre, et destinés à devenir de l'histoire demain, forment à eux seuls un monceau d'une épouvantable grandeur.

Pour explorer complètement une toute petite région, il faut dès à présent vouer son existence entière à cette tâche. Que sera-ce dans un siècle, dans deux siècles et au delà?

Tenter la constitution de l'histoire science est un ouvrage qui s'impose à notre temps; il s'agit non seulement d'utiliser des matériaux en nombre immense, dont jusqu'ici le profit est presque nul; mais il y a surtout urgence à alléger l'esprit humain d'un faix qui devient écrasant. On ne diminue le poids des phénomènes recueillis dans l'esprit qu'en les liant, et ce lien ne peut être qu'une généralisation scientifique.

J'ai hâte de le dire, la réalité historique se prête encore à d'autres fins que celle de constituer une science : on peut en tirer d'autres utilités. À côté des travaux d'érudition, à côté de l'histoire science, il y a à faire l'histoire artistique. Il ne s'agit pas, dans ma pensée, de romans historiques ou de personnages historiques façonnés en héros de roman. Je pense à des récils tout à fait exacts, à des caractères fidèlement rendus. Mais, de même que le romancier vise avant tout à produire des émotions et qu'il veut faire sentir au lecteur ses

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