‹ De l'histoire considérée comme scienceChapitre 8 sur 51 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

héros plutôt que les lui démontrer psychologiquement, l'historien artiste se proposerait d'émouvoir avant tout, quoique par le moyen du réel. Les bons endroits de Michelet donneraient une idée du genre à créer, si Michelet avait voulu faire avec système et en pleine conscience ce qu'il a fait par instinct et tempérament. Je cite Michelet; je pourrais alléguer quantité de passages dus à d'autres historiens. Ce que je reproche à ces morceaux d'art, c'est d'être mêlés à des récits et à des considérations qui ont le caractère scientifique ou y prétendent. L'histoire ainsi faite est une œuvre hybride, au point de vue de la logique. De cette œuvre, il ne faut rien perdre; ce serait certainement un recul, un retour à la barbarie que de rejeter absolument la peinture des héros historiques : il faut tout garder, mais tout démêler. L'art et la science sont des fins si différentes. Le héros historique, ce riche trésor d'émotions pour l'art, est justement pour l'histoire science l'obstacle et recueil, du moins à mon avis, comme on le verra dans ce livre.

Pour créer le genre de littérature que j'imagine, il faudrait deux choses : avoir pleine conscience du but artistique, c'està-dire vouloir avant tout communiquer des émotions au moyen des hommes vrais, et enfin être assez artiste pour tirer bon parti de la réalité.

L'histoire artistique est d'autant moins à délaisser qu'elle serait plus à la portée de la masse des hommes et leur profiterait plus que l'autre.

En devenant chaque jour plus circonstanciée, plus détaillée, plus minutieuse, l'érudition seconde, sans y viser, la création de l'histoire artistique. Qu'est-ce que l'art cherche? Au rebours de la science qui poursuit la généralité de plus en plus large, l'art cherche à saisir l'objet tout à fait concret, le caractère, l'individu absolument distinct des autres; l'érudition minutieuse tend précisément à le lui fournir. Il est

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