‹ De l'histoireChapitre 15 sur 32 · Pion · texte numérisé non relu

Pion

son moi enfîn, dans cette grande histoire, accablante pour la médiocrité ?... A côté de ce superbe cadre d'événements dans lequel peut tenir cette fresque historique à tant de groupes (la vie de Napoléon, sa famille, son époque), on pourrait être beaucoup plus grand que lui et paraître petit encore... Mais, franchement, ce n'est pas même sous le coup terrible du contraste quil se rapetisse, se fond et disparaît. Ce n'est ni un écrivain ni un penseur. Intellectuellement, ce n'est personne. Otez ce qu'il cite dans son livre du Mémorial de Sainte-Hélène et des Lettres de Napoléon^ je ne sais pas ce qu'il y reste, ou plutôt je ne le sais que trop... Sans son audacieuse tentative de touchera la reine des histoires (Ne touchez pas à la Reine !)^ la critique n'en parlerait pas. Elle l'ensevelirait dans la miséricorde du silence et s'éloignerait sans faire de bruit. Mais sa tentative, qui va reporter sur son œuvre le regard qu'attire invinciblement et toujours ce nom « aimanté » de Napoléon partout oii Ton s'avise de l'écrire, doit lui rapporter aussi le jugement qui suivra ce regard, mendié à l'aide d'un pareil nom, et ce jugement sera sévère. D'ailleurs, ce n'est pas seulement de lui qu'il s'agit ici et d'un livre plus ou moins mauvais. Il s'agit de préserver une grande mémoire des irrévérences de Tamour-propre ou des calculs de la spéculation. Il s'agit enfin de s'opposer une fois pour toutes à cette irruption d'écrivains qui, sans la vocation du talent et le droit de l'intelligence, touchent

à un sujet historique réservé à la main des xMaîtres. Croyez-le I ceux-là sont nombreux. Mais, Dieu merci ! ce n'est pas une loi de la nature et de notre misère qu'une grande gloire morte ait ses vers qu'elle engraisse de sa lumière comme les cadavres ont les leurs, et il est bien temps, pour l'honneur de l'esprit en France, que la critique enfin proteste contre toutes ces profanations !

Dans cette pénurie de grands historiens, les meilleurs (relativement, sans doute), ceux-là qui nous éclairent le mieux Napoléon, qui dirigent le mieux sur lui leur rayon isolé, leur pointe de lumière, sont ceux qui, comme Edmond de Beauverger, par exemple, ne considèrent à la fois qu'une face de cette prodigieuse personnalité. Si l'on s'en rapporte au texte de son livre, intitulé : Des Constitutions de la France et du système politique de F empereur Napoléon (1), Edmond de Beauverger serait publiciste et jurisconsulte. Aussi, rien d'étonnant à ce que le législateur, le fondateur d'empire, ait saisi et fortement captivé son regard quand il l'a porté sur l'Empereur, sur cette encyclopédie de facultés faites homme, à qui il faudrait

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