‹ De l'histoire naturelle des Cétacés, &cChapitre 10 sur 48 · DES DAUPHINS EN GENERAL · texte numérisé non relu

DES DAUPHINS EN GENERAL

Les dauphins constituent dans Tordre des cétacés un groupe naturel, qu'on a pu étendre ou resserrer à certaines espèces, suivant qu'on attribuait aux dauphins tel ou tel caractère générique *, mais ce groupe iTa jamais été méconnu.

Les dauphins sont des animaux fusiformes, qui semblent tout-à- fait privés de cou, dont Textrémilé antérieure se termine par un museau plus ou moins allongé, et l'extrémité postérieure , la queue , par la nageoire horizontale commune à tous les cétacés. La tète de ces animaux est sans disproportion par sa grandeur avec la grandeur du corps, ils ont des dents aux deux mâchoires, ou peuvent en avoir à Tune ou à Tautrej outre la queue et sa nageoire , ils ont pour organe du mouvement deux nageoires pectorales, et souvent , vers Je milieu du dos , un pli de la peau qui a une apparence de nageoire. Leurs sens paraissent être en même nombre que ceux de tous les autres mammifères, quoique la plupart soient peu développés. Leur œil , très-petit et garni de paupières étroites dénuées de cils, a la pupille en forme de cœur. Leur oreille ne se montre au dehors que par une ouverture à peine visible. Leur langue est épaisse, douce , courte , peu mobile et quelquefois frangée sur ses bords. Leur

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peau, tout-à-fait dépourvue de poils, excepte' quelquefois au museau, et recouvrant une épaisse couche de lard, rend leur toucher tout-à-fait ob tu ; et quant à l’odorat, ôn n’en connaît point encore le siège : il ne peut être placé dans les narines, comme chez les autres mammifères, puisque ces conduits aériens servent de passage continuel à l’eau , en supposant que les odeurs ne puissent pas avoir d’autre véhicule que l’air, et que les nerfs ethmoïdaux soient essentiels à leur perception.

Le nombre des dents chez les dauphins est susceptible de beaucoup de variations. En général, elles sont simples, plus ou moins coniques ou comprimées*, elles se développent au bord des maxillaires , et, chez quelques espèces, dans une rainure de l’alvéole, plutôt que dans des alvéoles particuliers pour chacune d’elles. Il résulte de cette disposition des dents qu elles ont peu de fixité , et qu un effort même léger les déplace. Cette variation dans le nombre des dents se rencontre entre les individus d’une même espèce, comme entre les espèces ellesmêmes, ce qui fait que ces productions organiques ne tiennent qu’une place fort secondaire dans les conditions d'existence des dauphins.

Le système d’organes par lequel les rapports de ces animaux s’établissent le mieux, par lequel ils se rapprochent le plus naturellement, qui donne avec plus d’exactitude la mesure de leur ressemblance, est celui qui se compose de l’ensemble des os de la tête. En effet, les organes du mouvement ne diffèrent poîut, ou ils ne le font que par des modifications si légères, qu’on ne peut en apprécier l importance , ou plutôt qu’on ne peut leur en attribuer aucune *, tandis que les os de la tête , tout en se ressemblant par leurs formes et par leurs relations générales j offrent cependant , sous ce double

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rapport, des différences assez grandes et assez importantes pour qu on soit en droit de supposer du moins qu'elles se lient d'une manière intime au naturel des espèces qui les présentent.

Pour faire connaître la structure générale de la télé des dauphins, nous décrirons Celle du delphinorhynque microptère, qui ne Ta point encore été*, elle nous servira de point de comparaison pour faire connaître les modifications que les espèces les plus importantes de cette nombreuse famille présentent dans cette partie principale de leur organisation.

Le crâne du delphinorhynque microptère (pl. y) est triangulaire, très-élevé en avant et bombé en arrière -, le museau est singulièrement allongé. Yu en dessus, l'ouverture des narines se montre en partie cachée parle reploiement en avant des intermaxillaires (z7). Les os du nez ( aci ) consistent en deux tubercules un peu allongés, placés verticalement, enchâssés et circonscrits en arrière par les frontaux ( bb ), et appuyés sur l'ethmoïde (o). Les frontaux ( bb ) ne se montrent au dehors que comme une bande étroite entre les maxillaires et la crête occipitale. Les pariétaux (ce) n'occupent que la fosse temporale. Cette fosse est limitée en bas, de chaque côté, par le temporal (d),dontl'apophyse zigomatique (*T) va rejoindre directement l'apophyse post-orbitaire du frontal (Zf) , comme cela a généralement lieu dans les reptiles-, de telle sorte que le jugal (/h), qui ne se compose guère que d'un stylet, est entièrement renversé pour border inférieurement la fosse orbitaire. Le tubercule (cT) de ce temporal , séparé par une suture , peut être considéré comme le mastoïdien. L'occipital {cf) occupe presque toute la large et haute face postérieure de la tête-, il produit, en dessous de chaque coté de ë&

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portion basilaire ( er ) , une lame saillante (e”) qui , se continuant avec le bord de Laide ptérygoïdienne (/*) et le corps du sphénoïde (g), forme une espèce de voûte sous laquelle sont placées les arrière-narines et une paroi qui sert d’appui à la face interne delà caisse. Sur les sphénoïdes (gg) vient s’appuyer la lame qui sépare les deux fosses nasales , et qui est formée de l’ethmoïde (o) et du vomer (k). Les intermaxillaires (ii) et les maxillaires (kJi) constituent le museau. Les premiers forment ensuite les bords antérieurs et extérieurs des narines , et , remontant à la hauteur des os du nez et des frontaux, ils se recourbent pour former un bourrelet qui se prolonge en avant, au-dessus des fosses nasales. Les maxillaires (jkk) qui bordent extérieurement les intermaxillaires (ii) participent aussi de cette courbure extérieure en (&’), et, parvenus à la région des yeux , ils s’élargissent considérablement pour recouvrir toute la partie des frontaux qui forme le plafond de l’orbite. Une chose particulière à cette espèce , ou qui ne tient qu’au jeune âge de l’individu qui la représente, c’est qu elle est pourvue d’un os lacrymal (Z) occupant la place où chez les autres dauphins on trouve la portion externe et postérieure du jugal , celle qui forme l’angle antérieur de la fosse orbitaire. Ce lacrymal compose avec le concours du maxillaire un canal (/’) qui communique sans doute, soit directement, soit indirectement, avec les fosses nasales , ce qu’il n’a pas été possible de constater. La portion antérieure et aplatie du jugal (/??) est ici petite et ne s’articule pas avec le maxillaire et le frontal comme dans les autres dauphins, mais avec le maxillaire et le lacrymal. Une autre particularité que nous présente ce delphinorhynque microptère , est la grande étendue de ses ailes ptérygoïdiennes (ff) , qui dépassent en arrière les

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fosses nasales et descendent plus bas que le niveau du bord inférieur de la mâchoire inférieure. En outre, ces os n'offrent point une double lame , mais des saillies (/” f ') qui bordent leur large face triangulaire et donnent avec elles attache à de puissans muscles. Les ptérygoïdiens ne se divisent point en externe et en interne, ce qui doit faire supposer que cette lame osseuse est destinée à soutenir des efforts considérables. Les palatins (/?«) sont plus étroits que chez le dauphin commun , et ne se montrent que comme un bandeau entre les maxillaires et les ptérygoïdiens.

La mâchoire inférieure se distingue par une symphyse qui occupe plusdu tiers de sa longueur, et par la forte concavité de son bord inférieur, en avant de cette symphyse. Une dent moyenne et trois petites se voient de chaque côté vers le milieu de cette mâchoire, mais tellement enfoncées dans les alvéoles, quelles ne devaient point paraître hors des gencives-, et de leur état rudimentaire, comme de leur irrégularité, on peut conjecturer qu'il s’en trouvait d’autres qui ont ou disparu ou échappé à l'observateur; mais par cela même on voit à quel point ces productions organiques sont sansimj ortance chez ces animaux.

Après avoir donné, pour une espèce de dauphin, la description détaillée de la tète de cette partie principale du squelette , nous avons à faire connaître les os de l’épine et ceux des membres ; mais, pour ces divers systèmes, nous nous bornerons à les indiquer d'une manière générale, et non pas relativement aune espèce; d'abord parce que nous ne connaissons point ces parties dans l’espèce dont nous avons décrit la tête , ensuite parce que, quant à l'épine, dont nous considérons comme une dépendance le sternum et les côtes , il n'y a de différence entre les espèces que pour le nombre des vertèbres e|

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des cotes , et enfin parce que les membres , les organes du mouvement , chez les dauphins , ne paraissent point présenter de modifications spécifiques notables.

Chez ces animaux, qui n'ont point de cou apparent , les vertèbres de cette partie de l'épine , au nombre de sept, sont dune grande minceur, l’atlas et Taxis sont quelquefois soudés Tun àl'aulre, tandis que les cinq autres restent libres : dans quelques espèces, toutes res^* tent séparées et indépendantes les unes des autres.

Les vertèbres dorsales varient pour le nombre. Les uns en ont douze, d'autres treize, d'autres quatorze. Leurs apophyses articulaires s'effacent avec l'âge, en commençant par les postérieures, et leurs apophyses transverses égalent en longueur l’apophyse épineuse.

Les vertèbres lombaires varient également en nombre } le marsouin en a onze et le dauphin commun dix-huit -, mais c'est le dauphin du Gange, de tous ceux qui sont connus sous ce rapport, qui en a le moins, il n'en a que fixe.

Les vertèbres sacrées pourraient être considérées comme non existantes dans les dauphins , puisque ces animaux n'ont qu'un bassin rudimentaire, qui consiste dans deux petits os suspendus dans les chairs , et que Ton considère comme les ischions. On ne pourrait donc placer au nombre de ces vertèbres que celle qui se trouve le plus rapprochée de ces petits os , et , dans ce cas , il n'y en aurait jamais qu'une seule.

Les suivantes sont celles de la queue , ce sont les plus nombreuses : le marsouin en a jusqu'à trente-quatre j le dauphin du Gange n’en a que ving*-qualre. Ces vertèbres ont cela de particulier que les apophyses épineuses et transverses sont très-longues , et que les os en V sont nombreux et fort développés.

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Le sternum des dauphins est généralement composé de quatre pièces , et il est remarquable par sa brièveté.

Les côtes no firent rien de particulier*, elles varient en nombre comme celui des vertèbres dorsales, le caractère de ces vertèbres, pour les distinguer des lombaires , étant de s’articuler à une côte par chacune de leurs apophyses transverses.

On sait que la queue des dauphins , comme celle des autres cétacés , est leur principal organe du mouvement; aussi les muscles qui meuvent cette partie de leur colonne vertébrale présentent toutes les dispositions que nous avons décrites en traitant des cétacés en général.

Les membres antérieurs, les seuls dont les dauphins soient pourvus (i), n'ont l’épaule formée que par i’omoplate , aucun cétacé n’ayant de clavicule*, mais, contrairement à ce qu’on observe sur la plupart des mammifères , le côté spinal de l’omoplate des dauphins égale en longueur le plus court les deux autres côtés *, le bord dorsal de cet os est presque double de sa hauteur ; la fosse anté-épineuse est réduite à un léger sillon ou tout-à-fait nulle*, l’épine est peu saillante, mais on en voit naître une grande lame acromiale coupée obliquement et dirigée en avant. Le bras, ou la nageoire pectorale se compose d’un humérus extrêmement court, arrondi vers le haut et y présentant une légère tubérosité extérieurement; d’un radius et d’un cubitus, comprimés, plats, avec un rudiment d’olécrane, et unis par synchondrose avec l’humérus et le carpe *, d’un carpe composé de cinq ou six os aplatis, défiguré hexagone, et serrés les uns contre les autres. Ces os sont rangés

(1) M. Baer pense que le bassin est complet, et que les ischions sont seuls ossifiés; les autres os se reconnaîtraient dans un tissu fibreux auquel ifs tiennent, ( Sur l'anat, du marsouin , Isis, 1826, p. 807.)

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sur deux lignes, trois sur la première et deux sur la seconde*, d’un métacarpe formé aussi de cinq os également aplatis et tout-à-fait semblables aux phalanges comprimées et souvent cartilagineuses quils supportent , et dont le nombre est variable et plus grand que celui des phalanges d’aucun mammifère terrestre. On sait que les dauphins sont, en général, de tous les animaux aquatiques, ceux qui nagent avec le plus de force et le plus d’agilité. Les marins ne trouvent point d’expressions trop fortes pour peindre l’impétuosité de leurs mouvemens et la vivacité de leurs jeux *, cescétaces semblent même se plaire au milieu des flots en furie, et braver en se jouant leur masse soulevée et menaçante. Celte rare faculté de se mouvoir, les dauphins la doivent surtout à leur queue et aux muscles vigoureux qui la forment *, car leurs membres pectoraux ne peuvent guère avoir pour eux d'autre usage que d'aider l’action de la queue pour modifier la direction des mouvemens.

Lorsqu’on pénètre dans la structure des sens des dauphins, on voit que, pour ceux donton connaît les organes et le siège , cette structure est tout-à-fait analogue à celle des autres animaux à mamelles. Leur œil se compose des mêmes parties élémentaires, mais il est moins sphérique que celui des mammifères qui vivent dans l’air. La vie de ces cétacés dans un milieu qui agit sur la lumière, pour la réfracter, plus fortement que l'air , rend cette modification d’autant plus nécessaire, que le cristallin , par sa forme, et les humeurs par leur nature , ne la suppléent pas. La pupille, dans le dauphin commun et dans le marsouin , approche de la forme d’un cœur ; mais elle pourrait présenter une forme différente dans d’autres espèces, et le tapis, chez ces animaux, est d’un jaune doré pâle. Leurs paupières sont peu mobiles 9

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épaissies par la graisse qui les remplit, et la face infe'rieure de ces parties verse une humeur épaisse et mucilagineuse qui remplace celle des larmes , et qu'une glande située autour du globe de l'œil sécréte(i). Les dauphins, pour la plupart du moins, paraissent tout-à-fait privés de trou et de glandes lacrymales, ils le sont aussi complètement d'une troisième paupière.

Il n’est donc pas douteux que les dauphins perçoivent les corps extérieurs par le moyen de la vue*, mais l’extrème petitesse de leursyeux, la place qu'ils occupent en arrière sur les côtés de la tète , leur peu de mobilité , ne font pas présumer que l’œil soit pour eux un sens trèsactif, sinontrès-délicat j l'ignorance où l'on estde l'étendue quils font de son usage , de l’exercice auquel ils le soumettent, ne donne pas les moyens d’apprécier le développement qu'il peut recevoir, le perfectionnement que cet exercice peut lui procurer.

L’oreille, qui ne se montre au dehors que par un orifice à peine apparent, est très-dé veîoppée intérieurement, et formée des mêmes parties que les autres oreilles de mammifères : d'une oreille externe composée d'un conduit auditif et d'un tympan avec ses osselets*, d'une oreille interne , c'est-à-dire d'un vestibule, d’un limaçon et de canaux semi-circulaires, avec la substance gélatineuse qui la remplit et les nerfs acoustiques qui y flottent ; sans compter les muscles , les ouvertures , les membranes , les vaisseaux et les autres nerfs de ces diverses parties. Mais, dans les dauphins, le rocher, d’une capacité qu’aucun autre os n’atteint , ne s'articule point avec les os du crâne \ il est suspendu par des ligamens sous une cavité située à chaque côté de la base du crjËre,

(i) Recherches anatomiques sur quelques organes des cétacés, par Bapp. Naturwissenschaft» Abandlung, t. 1, 2e cah. 1827, p. 257, CÉTACÉS. (L>

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et formé en grande partie par Fos occipital. La caisse est formée par une lame osseuse qui semble roulée sur elle-même , et qu'on peut comparer pour la forme aux coquilles nommées bulles , excepté que le côté épais n’est point en spirale , mais solide. Ce côté est l'interne -, le côté opposé est plus mince, et son bord est irrégulier : c’est entre deux de ses apophyses qu’est placée la membrane du tympan , tout-à-fait dépourvue de cadre. Cette caisse adhère au rocher par son extrémité postérieure et par une apophyse de la partie antérieure de son bord mince. L’extrémité antérieure de la caisse est ouverte , et c’est là que commence la trompe membraneuse analogue à la trompe d’Eustacbe, qui, en montant le long de l’apophyse ptérygoïde , et en perçant Fos maxillaire , aboutit à la partie supérieure du nez, où elle est fermée par une soupape. Dans le limaçon, la spirale, qui est fort grande, reste presque dans le même plan , et ne fait qu’un tour et demi -, les canaux demi-circulaires sont d’une grande minceur.

Nous nous bornerons à ces faits principaux, qui nous font voir, comme les yeux pour la vue, que les dauphins ont été peu favorisés pour la perception des sons ; l’absence de toute conque externe ne leur permet point de les recueillir -, la brièveté du limaçon, la petitesse des canaux demi-circulaires, doivent contribuer à restreindre ou à affaiblir les vibrations qui parviennent jusqu’au tympan par le léger orifice du canal auditif, ou par la trompe qui communique avec le nez, et qui semble plus favorable que ce canal à la conduite des sons dans l’intérieur de l’oreille. Il est , au reste , certain que les dauphins sont sensible aux sons -, des faits qui ne peuvent être révoqués en doute attestent même que leur ouïe est délicate -, mais quelles sont les qualités des sons qu’ils

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perçoivent? C’est ce quaucune observation ne peut nous faire connaître.

Le sie'ge de l’odorat chez les dauphins est encore une question pour les naturalistes, comme nous Favons dit plus haut. Les analogies conduiraient à le chercher dans les premières parties du conduit aérien , dans les narines } mais ces premières voies de la respiration ne servent pas seulement de passage à Fair : car , quoique quelques auteurs aient pensé le contraire (i), il paraît certain que les narines des dauphins offrent un passage à Feau que ces animaux peuvent avoir besoin défaire sortir de leur arrière-bouche*, les attestations d une multitude d’observateurs mettent ce fait hors de doute (2). D ailleurs la structure particulière de la membrane qui tapisse Fintérieur des narines des dauphins , et l’absence chez eux de nerf olfactif et de la partie criblée de Fètlimoïde , indiquent déjà un changement de fonction dans ces narines et une analogie fort incomplète entre elles et les narines des mammifères terrestres. Nous partageons donc tout-àfait Fopinion de ceux qui pensent qu’il faut chercher ailleurs que dans la membrane qui tapisse les narines , laquelle est sans cryptes ni follicules muqueux, le siège de l’odorat des dauphins , si ces animaux jouissent en effet véritablement de ce sens *, car je ne sache pas qu’avant d’entrer en discussion sur le siège de l’odorat on se soit assuré que la faculté de percevoir les Odeurs existe réellement pour ces cétacés. Dans cet état d’ignorance ou d incertitude , nous 11e considérerons les narines que

(1) Baer, voyez plus haut. Scoresby, Account of the arctic régions, t. 1, page 456.

(2) Indépendamment de tout ce qui a été dit à ce sujet jusqu’à ce jour, voyez sur les phénomènes du souillage chez les cétacés, par M. Faber, I sis. 1S27, t. xx, p. 85S.

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mcome des conduits destinés simplement à l'introduction de l'air dans les poumons et à l’expulsion dans certains cas de l'eau de la bouche, et nous n'en parlerons qu'en traitant de la respiration.

La langue', par son peu d'étendue et de mobilité , et la petitesse des nerfs qui y pénètrent (i), fait présumer que le sens du goût chez les dauphins est très-peu développé *, et cette conjecture acquiert de la force lorsqu'on considère que les dents chez ces animaux ne sont point destinées à broyer les alimens , qu'ils ne peuvent qu'avaler immédiatement leur proie dès qu'ils Font saisie, et qu'ils sont entièrement privés de glandes salivaires.

La grossièreté de ce sens serait portée au dernier point si ces animaux étaient en effet privés du sens de l'odorat ; car il est bien reconnu que, sans le secours de ce sens, celui du goût est réduit au plus petit nombre de modifications , lesquelles ne suffiraient pas , à beaucoup près , pour avertir ces animaux de la bonté ou de l'insalubrité des alimens qu'ils prennent et qu’ils avalent. Au surplus, ne serait-il pas possible que les dauphins, comme tous les cétacés, comme tous les poissons, 21'eussentlessensde l’odorat et du goût que dans un grand état d'imperfection, parcette raison très-puissante que les substances dont ils se nourrissent n'étant jamais que des substances animales , que des animaux marins, qui leur offrent tous une nourriture convenable , il devenait assez inutile de donner à ces sens quelque étendue, quelque délicatesse ?

Le toucher n'est pas moins obtus que les sens précédais. La peau est vraisemblablement composée des

(i) Rapp., voyez plus haut.

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mêmes tégumens que celle clés autres mammifères ; mais la peau seule n'est point par elle-même un organe du toucher délicat *, entre sa surface extérieure, par laquelle elle se met immédiatement en rapport avec les corps , et le tissu des nerfs, au moyen desquels elle les sent, se trouvent plusieurs couches de produits organiques, insensibles, qui atténuent, plus ou moins fortement, Faction des corps sur elle. L'usage délicat que l'homme fait de ses doigts pour arriver à percevoir les qualités les plus délicates des corps n'a rien de contraire à cette règle, et s'explique surtout par l'influence de sa raison. C'est par l'intermédiaire des poils que les animaux sentent avec quelque délicatesse la présence des corps, et cela par les rapports immédiats des nerfs de l'organe producteur des poils avec les nerfs de la peau. Les dauphins, étant entièrement nus, ne peuvent donc avoir de la présence et des qualités des corps que des sensations assez grossières. Cette nudité, aureste, n'est pas absolue chez toutes les espèces et à toutes les époques de leur vie ; car il paraît que certaines espèces ont toujours des poils autour du museau , et que d'autres en présentent autour des lèvres lorsqu'elles sont encore à l'état de fœtus -, et l'on peut considérer ces poils comme des rudimens de moustaches : ce serait donc de tous les poils les moustaches qui disparaîtraient les dernières. Or on sait que ce genre de poils est, plus encore que tous les autres , un moyen de transmission, d'avertissement du contact des corps.

Les dauphins ne paraissent pouvoir faire usage de leurs dents que pour saisir et retenir leur proie. La forme et les rapports de ces productions organiques s'opposent à ce qu'elles soient des instrumens de mastication -, et la privation de toute glande salivaire achève cle montrer que ces animaux n'éprouvent point la nécessité de

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broyer les aîimens et de les réduire en pâte avant de les avaler. En effet, les animaux dont ils se nourrissent ont toujours été trouvés entiers dans leur estomac lorsque Faction de la digestion ne les avait point encore altérés.

Le canal intestinal ne paraît présenter de modifications importantes que dans les divisions de l'estomac. Tous les auteurs qui ont décrit ce canal ne se sont pas accordés sur le nombre d’estomacs qu’ils reconnaissent aux dauphins -, les uns n’en n’ont vu qu’un , d autres en ont vu quatre, d’autres trois seulement. Nous ne saurions dire à quoi tiennent ces différences de jugemens. On ignore encore s’il y a quelque chose de général quant au nombre des estomacs chez ces animaux-, mais il paraît que l’estomac de plusieurs espèces présente trois renfle mens essentiels, qui seraient même séparésl’un de l’autre par des sortes de valvules -, un quatrième renflement, quia aussiété considéré comme un estomac ou comme une dépendance de l’estomac, ne serait pour plusieurs auteurs que le duodénum ( i) , parla raison que le canal cholédoque y débouche. La longueur du canal intestinal est onze à douze fois plus grande que celle du corps dans les dauphins et dans les marsouins-, il est sans irrégularité dans son diamètre , qui va en ne diminuant que très-

(1) Phocœna or the anatomy of a porpess dissected at Gresham college, with a preliminary discours, concerning anatomy and a natural history of animais; in-4° de 48 p. Londres, 1680. Tison, Journal philosophique, Dublin, février, 1826, p. 45, et mai, p. 192. Sur l’anatomie du marsouin; sur le nez des cétacés, et spécialement sur celui du marsouin. Isis, 1826, p. 807 et 811.

Mon frère dit positivement ( Anat. comp., t. 4, p. 00) que le canal cholédoque, chez le marsouin et le dauphin, perce le cinquièmo estomac ; mais il ne donne réellement, t. 5 p.402, que quatre estomacs à ces animaux, et il en donne une description fort détaillée,

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peu du pylore à l'anus, et il manque tout-à-fait de cæcum.

La respiration se fait au moyen de l’air exteneur , qui pénétré par les évens et la trachée-artère dans des poumons dont la capacité pour Inspiration ou l'expiration est agrandie ou diminuée , comme chez les autres mammifères, par les mouvemens des poumons du diaphragme, des côtes et de l'abdomen. L’obligation où la nature paraît avoir été de donner aux dauphins le moyen d’aspirer l’air sans changer leur situation naturelle , qui est l'horizontale , l’a conduit à ramener chez ces animaux , vers la partie supérieure de la tète, l’ouverture des narines, qui, chez les mammifères terrestres, se trouve généralement plus ou moins rapprochée du bout du museau. C’est cette seule partie de l'appareil respiratoire qui, dans l’organisation des dauphins, présente des modifications importantes *, aussi est-ce la seule de cet appareil que nous décrirons, et nous tirerons notre description de celle qu’a donnée mon frère des narines des cétacés et de leurs jets d’eau (1), d’autant plus qu'il l’a tirée de ses observations sur le dauphin commun et le marsouin. Mais nous ferons d'abord remarquer que, quant à l’aspiration et à l’expiration, elles s’expliquent naturellement par la disposition du larynx, qui pénètre, en remontant, jusque dans les narines, et par la disposition des muscles, qui, en étreignant cet organe, interrompent toute communication entre lui et l’œsophage, et lui permettent de s’ouvrir impunément pour laisser un passagelibreà l’air. C’est la transmission de l’eau de l’arrière-bouche dans les narines, et son expulsion en forme de jet par celles-ci , qui demandent

(1) Ànat. comp., t. 2, page 670, ire édit. Bulletin des Sciences par la soc. philomatique, n. 4> juillet 1797, p. 6, pl. fig. 1, 2 et 3.

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à être expliquées. Or voici ce que rapporte mon frère, et ce qui paraît encore le plus vrai dans tout ce qui a été écrit sur cette matière,

« Si Ton suit l'oesophage en remontant , on trouve quarrivé à la hauteur du larynx , il semble se partager en deux conduits , dont l'un se continue dans la bouche et l'autre remonte dans le nez : ce dernier est entouré de glandes et de fibres charnues qui forment plusieurs muscles. Les uns sont longitudinaux , s'attachent au pourtour de l'orifice postérieur des narines osseuses , et descendent le long de ce conduit jusqu'au pharynx et à ses côtés -, les autres sont annulaires , et semblent une continuation du muscle propre du pharynx : comme le larynx s’élève dans ce conduit en manière d'obélisque ou de pyramide, ces fibres annulaires peuvent le serrer dans leurs contractions.

« Toute cette partie est pourvue de follicules muqueux qui versent leur liqueur par des trous très-visibles. Une fois arrivée au v orner, la membrane interne du conduit , qui devient celle des narines osseuses , prend un tissu particulier-, il devient mince, lisse, noirâtre , sans nerfs ni vaisseaux apparens et très-sec. Les deux narines osseuses , à leur orifice supérieur ou externe , sont fermées d'une valvule charnue en forme de deux-demi cercles , attachée au bord antérieur de cet orifice, quelle ferme au moyen d'un muscle très-fort, couché sur les os intermaxillaires. Pour l’ouvrir il faut un effort étranger de bas en haut. Lorsque cette valvule est fermée , elle intercepte toute communication entre les narines et les cavités placées au-dessus.

« Ces cavités sont deux grandes poches membraneuses formées d'une peau noirâtre et muqueuse , trèsridées lorsqu’elles sont vides , mais qui, étant gonflées,

prennent une forme ovale, et ont dans le marsouin chacune la capacité d’un verre à boire. Ces deux poches sont couchées sous la peau en avant des narines ; elles donnent toutes deux dans une cavité intermédiaire placée immédiatement sur les narines , et qui communique au dehors par une fente étroite en forme d’arc.

Des fibres charnues très-fortes forment une expansion qui recouvre tout le dessus de cet appareil : elles viennent en rayonnant de tout le pourtour du crâne se réunir sur les deux bourses , et peuvent les comprimer violemment.

« Supposons maintenant que le cétacé ait pris dans sa bouche de l’eau qu’il veut faire jaillir : il meut sa langue et ses mâchoires comme s’il voulait l’avaler , et , fermant son pharynx , il la force de remonter dans le conduit et dans les narines , où son mouvement est accéléré par les fibres annulaires , au point de soulever la valvule et d’aller distendre les deux poches placées au-dessus. Une fois dans les poches , l’eau peut y rester jusqu’à ce que l’animal veuille produire un jet. Pour cet effet , il ferme la valvule , afin d’empêcher cette eau de redescendre dans les narines, et il comprime avec force les poches par les expansions musculaires qui les recouvrent \ contrainte alors de sortir par l’ouverture très-étroite en forme de croissant , elle s’élève à une hauteur correspondante à la force de la pression. »

Les dauphins ne sont pas privés de voix. Presque tous ceux qui sont venus échouer vivans sur le rivage, et qui ont pu alors être observés , jetaient des cris plaintifs, que les uns comparaient à un faible beuglement, et que d’autres trouvaient plus semblables aux gémissemens arrachés par la douleur.

Le système général de circulation est le même chez;

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les dauphins que chez les autres mammifères : il est double. Leur cœur est composé des mêmes parties que chez ces derniers animaux -, ces parties agissent entre elles dans les mêmes rapports , et communiquent avec les mêmes systèmes de vaisseaux : il n'y a pas même jusqu'au trou de Botal qui ne soit fermé, quoique la faculté qu ont les dauphins de rester très-long-temps sous l'eau sans respirer ait pu être facilitée , comme dans le fœtus , par l'ouverture de cette communication entre les deux ventricules. Ce n'est pas à ce moyen en effet que la nature a eu recours pour permettre aux dauphins la suspension de leur respiration. Le mélange du sang d'une oreillette avec le sang de l'autre oreillette aurait produit des conséquences telles, que la nature de ces cétacés aurait été changée, et quils auraient cessé d'être des mammifères. Pour éviter cette transformation, elle paraît avoir eu recours à un autre moyen : elle a multiplié les artères et leurs divisions de telle sorte que le sang oxigéné semble être mis en réserve ^en grande quantité pour se retrouver pendant l'inactivité des poumons. Cette multiplication d'artères se voit surtout dans la cavité thoracique, sur les côtés de la colonne rachidienne, où elle forme un lacis que l'injection manifeste , que Hunter avait indiqué, et qui vient d'être complètement décrit par M. Breschet. Ces artères naissent d'un tronc commun de la partie postérieur de l'aorte-, elles ne se terminent point capillairement, et ne paraissent communiquer directement avec aucune veine. La veine asygos n’est plus située à la partie antérieure de la colonne rachidienne*, elle est remplacée de chaque côté par un tronc veineux considérable situé à la partie postérieure de cette colonne , qui reçoit les branches veineuse intercostales, lombaires, etc,, et qui vient se réunir à la veine cave su-

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përieure (1). L’absence des membres postérieurs devait encore être une cause de modification pour le système de la circulation des dauphins. En effet, les vaisseaux destinés à nourrir ces membres n’existent point : ces animaux sont tout-à-fait privés de l’iliaque externe.

La génération s’opère par le rapprochement des deux sexes ventre contre ventre , couchés sur le côté. Les organes ne présentent aucune modification importante ; ils sont au fond les mêmes que chez les autres mammifères ; mais ils n’ont pas la constance dans leur structure des autres systèmes d’organes •, on les voit variés d’une espèce à l’autre dans un même genre, et confirmer ainsi une vérité qui n’est point encore assez reconnue : c’est que les organes génitaux ne présentent que des caractères peu faits pour établir les rapports naturels des mammifères , leurs modifications n’exerçant qu’une très-faible influence sur ces animaux, et n’entrant que pour peu de chose dans leurs conditions d’existence. Aussi n’est-ce point comme caractères géné* raux que nous parlerons de ces organes*, nous nous bornerons à rappeler sommairement quelques-unes des observations auxquelles ils ont donné lieu.

Les testicules , très-allongés , ne se montrent pas au dehors *, ils restent cachés dans l’abdomen à côté des reins , fixés à leur place par une production ligamenteuse du péritoine. Dans cette situation, le muscle crémastère leur étant inutile , ils en ont été privés. Ils manquent aussi de vésicules séminales et des glandes de Cowper *, mais la prostate est grande, de structure celluleuse, et verse dans l’urètre par plusieurs orifices l'humeur quelle sépare. La forme de la verge est grosse , conique

(1) Descrip. d’un organe de nat. vascul. , par M, Brcschet , Mémoire lu à l’Académie des Sciences, le îS août i834.

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dans le marsouin , et de plus aplatie dans le dauphin ; c'est aux rudimens de leur bassin quelle est attachée , et elle ne se divise pas par une cloison en deux corps caverneux. Elle ne contient aucun os. Le gland présente une pointe effilée, un peu renflée à sa base dans le marsouin-, il est large, conique et aplati dans le dauphin.

La femelle ne présente rien de très-particulier dans ses organes génitaux. Les rides du vagin, au lieu d'être longitudinales, sont transversales. Les mamelles, au nombre de deux , se trouvent situées de chaque côté du vagin , ayant leur mamelon caché dans un pli de la peau hors du temps de la lactation, mais prenant à cette époque une forme hémisphérique par la pression du lait qui les remplit ; car, quoi qu'on en ait dit, les dauphins nourrissent leurs petits , immédiatement après la naissance , comme les autres mammifères.

C'est par le canal de l'urètre que l'urine est expulsée , et les reins ont cela de remarquable qu'ils se composent d'une réunion de petites glandes polygones qui dans le dauphin et le marsouin vont à plus de deux cents.

Le cerveau du dauphin commun est d'une forme trèsremarquable : ses hémisphères épais , arrondis de toutes parts, ne recouvrent le cervelet qu'en partie-, il est presque du double plus large que long -, et , comme sa partie la plus antérieure est aussi la plus élevée , il en résulte une face spéciale , qu’on peut appeler face antérieure.

Cette face se joint par en haut, à angle droit, ou même un peu aigu , avec la face supérieure -, en bas et de côté elle se confond, en s'arrondissant, avec les faces inférieure et latérales -, elle ne présente que des circonvolutions nombreuses, et la scissure interlobaire.

La face supérieure est formée par la partie supérieure du cervelet et par les hémisphères du cerveau -, ceux-

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ci produisent par leur réunion la forme d’un cœur, trèsarrondi par la pointe ettrès'élargi parles ailes, entre lesquelles est placé le cervelet.

La scissure interlobaire a en avant plus de cinq centimètres de profondeur.

Lies faces latérales , formées en avant par le cerveau, en arrière par le cervelet, sont triangulaires-, mais d’ordinaire dans les annimaux où le cerveau a cette forme, la base est en arrière et la pointe en avant : ici c’est le contraire -, l’extrême hauteur des hémisphères en avant fait que la base du triangle correspond à ceux-ci , et la pointe au cervelet. Sur cette face , vers le milieu de l’hémisphère du cerveau , est la scissure de Sylvius , large j profonde et vers laquelle viennent converger un grand nombre des circonvolutions.

On ne retrouve , ni dans le profil de l'encéphale , ni à la base ou face inférieure , ces grosses éminences cendrées qui représentent le nerf olfactif, et qui sont si énormément développées dans la plupart des mammifères. A leur place, on voit la partie antérieure du cerveau se reployer en un lobe arrondi dans la scissure de Sylvius. Ces lobes antérieurs des hémisphères, sillonnés par des circonvolutions nombreuses, se rapprochent beaucoup, en se recourbant, de la protubérance annulaire. L’espace étroit qui sépare ees deux parties est enfoncé , et laisse voir en avant les nerfs optiques, en arrière la troisième paire -, il est limité sur les côtés par l’extrémité inférieure, également très-arrondie, du lobe postérieur du cerveau. La protubérance annulaire est, ainsi que la moelle allongée, engagée dans le fond d’une vaste concavité que lui présente la face inférieure du cervelet. Les circonvolutions du cerveau sont extrêmement multipliées; elles sont plus nombreuses, plus étroites

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et plus contournées rque dans l'homme ; leur largeur varie de 5 à 3 millimètres -, les sillons qui les séparent présentent des profondeurs inégales. Les principaux sont : la scissure de Sylvius, vers laquelle convergent, en grand nombre , d'autres sillons d'un ordre inférieur *, un autre suit, un peu irrégulièrement, à la face supérieure des hémisphères , et d'arrière en avant , le contour de la scissure interlobaire*, un troisième, situé plus en dehors, décrit à peu près la même courbe que le précédent. C'est entre ces sillons principaux que s'en rencontrent d'autres moins profonds.

Le corps calleux n'est point horizontal comme dans l'homme*, mais il est, comme la partie antérieure des hémisphères cérébraux, fortement incliné de haut en bas, et d’arrière en avant*, en avant, il s’applique sur le corps strié, et en suit tout le contour*, en arrière, il se continue simplement en deux lames minces, qui s'en~ foncent dans la corne d'Ammon.

Les corps striés ont la forme et le volume d'une olive *, ils sont situés presque verticalement en avant et en dehors des couches optiques.

Celles-ci sont volumineuses , placées fort en dehors des tubercules quadrijumeaux. La paire antérieure de ces tubercules est aplatie et arrondie *, ceux de la paire postérieure , séparés l'un de l’autre par un large sillon qui longe l'extrémité antérieure de la protubérance vermiforme du cervelet , sont prismatiques , saillans et d'un tiers plus gros que les antérieurs.

Le cervelet a un volume considérable. Le lobe médian , ou protubérance vermiforme , est apparent sur toutes les faces de l’organe*, mais il est étroit, légèrement sinueux, et sépare Fun de l'autre deux hémisphères ou lobes latéraux qui s'étendent beaucoup en dehors, en

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bas eten arrière, de façon qu ils débordent et enveloppent en partie la protubérance annulaire, la moelle allongée et le commencement de la moelle épinière. Ces lobes offrent en avant une face aplatie recouverte par les hémisphères cérébraux -, en haut et en dehors , ils sont arrondis -, en arrière , il résulte de leur écartement une échancrure où se loge l’origine de la moelle épinière *, car celle-ci, par la disposition du trou occipital , se trouve plus élevée que la moelle allongée.

Les lobes du cervelet, le médian et les latéraux, offrent ces mêmes sillons rapprochés, souvent parallèles, qu'on rencontre dans rhomme. Ils offrent aussi des circonvolutions, qu'on peut comparer à certains égards à celles du cerveau, et qui sont formées par des sillons de profondeurs diverses , dont les uns pénètrent jusqu'au centre du cervelet, et les autres, secondaires, viennent aboutir à une profondeur variable sur le noyau de ces replis principaux.

La protubérance annulaire . Son volume est en rapport avec celui du cervelet-, son bord postérieur, surtout, forme un bourrelet saillant de plusieurs millimètres au-dessus de la bandelette trapézoïde -, les fibres nées de ce bourrelet, et réunies en un gros faisceau , remplissent l'espace qui sépare la 5e paire de la 8e, et, après s'être unies au-dessus de la 5e paire avec le faisceau formé par les fibres antérieures de la protubérance, elles s'enfoncent dans le centre du cervelet.

Moelle allongée. L'ouverture de l'occipital se trouvant au-dessus de l'os basilaire, la moelle suit un plan incliné de haut en bas et d'arrière en avant , et elle est débordée par les lobes du cervelet, qui s'enfoncent de chaque côté dans les fosses occipitales. Elle est courte si On la limite à l'origine des pyramides antérieures*,

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elle est très-longue , au contraire, si on comprend sous ce nom tout ce qui est en dedans du trou occipital. Il faut y remarquer surtout la face inférieure , où les pyramides et les corps olivaires re'unis forment deux éminences fortement saillantes, séparées Tune de l’autre par un sillon léger , et de la protubérance annulaire par un enfoncement quadrilatère, correspondant à la bandelette trapézoïde qui se voit sur la moelle des autres mammifères , et en dehors de laquelle naît le nerf de la 7e paire. Les olives ne sont distinctes des pyramides qu’en avant. Les corps rectiformes se reconnaissent sur les côtés. Le sillon antérieur ou inférieur de la moelle épinière , qui est assez profond , s’arrête tout d’un coup à l’origine et à la décussation des pyramides.

Les nerfs encéphaliques. Quant à leur origine, ils 11e présentent rien de particulier. On ne trouve aucune trace de l’existence d’un nerf olfactif, et c’est à l’absence de tout organe de cette [nature qu’est due la forme remarquable de la base du cerveau en avant»

La 5e, la 7e et la 8e paires, placées à leur point d’origine ordinaire, sont remarquables par leur volume et par la manière dont elles sont logées dans de profondes échancrures que leur présente la face inférieure du cervelet. Le nerf de la 8e paire surtout est énorme : le

diamètre du nerf de la 5e est de . o,oo5 mill.

Celui du nerf de la 7e de ....... o,oo3

Celui du nerf de la 8e de . ...... 0,007

Principales dimensions de V encéphale.

JH.

Longueur des hémisphères cérébraux. . . . 0,097

— des hémisphères et du cervelet. ... 0,121

Largeur des hémisphères cérébraux, , , , . 0,1 43

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Largeur du cervelet . . 0,102

Hauteur des hémisphères en avant . o,o83

— — en arrière . 0,067

Longueur de la protubérance d'arrière en

avant. . . . . 0,00 î

Largeur de la moelle allonge'e . 0,022

Longueur de la pyramide antérieure. . . . 0,020

E11 considérant le grand développement du cerveau des dauphins et des marsouins, il est impossible de ne pas conjecturer au moins, faute de renseignemens assez positifs pour affirmer, que les facultés de l'intelligence chez ces animaux sont remarquables par leur étendue et proportionnelles au développement de Y organe qui en est le siège. Les temps modernes ne nous font connaître aucune action propre à confirmer cette conjecture : les dauphins 11' ont encore été, chez nous, sous ce rapport, le sujet d'aucune observation digne d’étre rapportée, d'aucune expérience qui soit venue jusqu'à nous : la science d'aujourd'hui, quant à leurs actions, à leur intelligence, les a complètement négligés*, et, pour ne pointlaisserà cet égard leur histoire tout-à-fait incomplète, nous sommes obligés de recourir à ce que nous en apprend l'antiquité. Tout ce qu'elle rapporte n'a cependant point le caractère de la vérité pure : ses récits sur ces animaux ne sont point le résultat d’une étude spéciale, faite dans la vue de déterminer avec précision et par les faits le nombre et l'étendue deleurs facultés-, ils sont le fruit d'une imagination peu éclairée et que des préjugés égarent-, mais cette imagination, dans ces récits, lia pas tout créé-, elle se fonde sur des faits réels, quelle exagère sans doute, quelle interprète faussement, et qu'on ne mettrait dans la nudité que la vérité demande qu'en les dépouillant des ornemens dont, sans le savoir peut-être, elle les a revêtus. En effet, les cétacés. 7

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auteurs qui nous rappor tent sur les dauphins des actions si extraordinaires sont des hommes graves, qui croient à ce qu'ils disent, qui ne donnent point leurs récits comme des jeux conçus dans des vues de simples amusemens*, et, s'ils n'avaient pas pu exercer sur les faits qu'ils nous racontent une critique Lien sévère, faute de connaissances nécessaires pour cela, ils l'ont sans doute exercée sur le degré de croyance qu'ils devaient à ceux auxquels ils empruntaient ces faits*, car ni Pline ni Elien, ni Pausanias, etc., qui nous apprennent les principaux, n’en ont point été eux-mèmes les témoins. Il faut toutefois en excepter ce dernier, qui dit: J 'ai vu moi-même à Poroséléné un dauphin qui , ayant été blessé par des pécheurs et guéri par un enfant, lui témoignait sa reconnaissance : je Pai vu venir à la voix de l’enfant, et, quand celui-ci le désirait, lui servir de monture pour aller où il voulait (1 ).

Si le rôle que les anciens faisaient jouer aux dauphins dans leur mythologie était propre à les égarer, il était propre aussi à les favoriser dans les observations qu'ils se trouvaient à portée de faire sur ces animaux*, ce qui devait à cet égard leur donner sur nous des avantages réels. Les dauphins ne sont, pour les navigateurs modernes, que des animaux revêtus d’une épaisse couche dégraissé, recherchée par le commerce: ils étaient, dans certains cas , pour les Grecs, des êtres presque .sacrés, et quelquefois des messagers des dieux : Apollon en avait pris la forme. Dès qu'ils sont à la portée de nos marins , on se hâte de les harponner et de les mettre à mort : quand ils étaient rencontrés par les navigateurs anciens, on les respectait comme des augures favorables, et c'était presque un sacrilège que d’attenter à leur vie, J3e cette différence dans la manière d'envisager les dau-

(î) rescript, de la Grèce, Üv. m, cîiap. 25, tract de Clavier,

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pli ins , il a dû résulter qu autrefois plusieurs de ces animaux ont pu se familiariser sur certaines côtes, s'arrêter dans certaines baies, pénétrer même dans les ports où ils étaient accueillis avec bonté, et peut-être s’y fixer» C'est du moins ce quon peut conclure de ces récits des anciens, quand on en retranche ce qu’ils ont de trop évidemment fabuleux. On pourrait même aller jusqu’à penser que ces animaux sont capables de contracter un certain degré de familiarité avec les hommes qu’ils voient habituellement, de s’attacher à eux, de reconnaître leur voix, de leur obéir -, mais jusqu’où s’étend leur connaissance, leur confiance, leur docilité? C’est ce qu’on ne peut établir, et c’est en ce point que les anciens se sont laissé égarer par leur imagination. Au reste, en cela ils n’ont été que trop bien imités par les modernes*, car ils n’ont fait que prêter aux actions des animaux les causes qui auraient pu les porter eux-mêmes à les faire*, et c’est là ce que nous voyons tous les jours encore dans l’explication que Ton cherche à donner quelquefois de ces actions.

Nous ne rappellerons pas toutes les histoires fabuleuses que nous devons à l’antiquité sur les dauphins : on doit même supprimer celles qui sont entièrement imaginaires, celle dont Arion a été le sujet, et vingt autres analogues, dans lesquelles il n’y a rien de vraisemblable. Il n’en est pas de même de celle du dauphin du lac de Lucrin, rapportée par Pline (i): elle ne permet guère de douter qu’un de ces animaux ne se soit plu à obéir à la voix d’un enfant, et à se rendre près de lui lorsqu’il s’entendait appeler. Nous regardons aussi comme renfermant plusieurs circonstances vraies celle que cet auteur raconte d’un dauphin qui, de son temps, sur le rivage d’Hippone, s’amusait à jouer avec les nageurs, et à les recevoir sur (t) Liv. xî, chap. 8.

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son dos , et ce qu i! rapporte de la facilité qu'ont ces anh maux à se laisser dresser par les pêcheurs qui s en font aider, et qui, pour les récompenser de leurs peines, leur donnent une part dans les poissons qu’ils out pris.

Ce qu'Elien (i) rapporte de la tendre et ingénieuse sollicitude des mères pour leurs petits , de la facilité d’éducation dont les dauphins sont doués , du degré d’obéissance dont ils sont susceptibles , de l’affection profonde qu’ils manifestent, de f intelligence qui préside à leurs jeux, et même à toutes leurs actions, dans les nombreuses histoires qu’il s’est plu à rassembler sur ces animaux , porte aussi un caractère de vérité qui ne permet guère de doutes que quand ou ne dégage pas les faits nombreux et vrais dont il s’est rendu l’historien du merveilleux qui les accompagne, et qui les rend trop souvent méconnaissables.

Il est bien vraisemblable (et nous en devons prévenir) que c’est ordinairement du dauphin commun dont il est question dans ces histoires à détails fabuleux *, mais il est aussi certain que Pline et Elien attribuent aux actions des dauphins des circonstances qui ne peuvent être rapportées qu’à des poissons. Nous n'avons toutefois pas dû être arrêté par ces difficultés pour présenter ces actions comme propres aux dauphins en général , d’abord parce que la capacité cérébrale chez tous les dauphins qui nous sont connus ne diffère point essentiellement de celle du dauphin commun , et que par conséquent les actions des uns ne doivent point essentiellement différer de celles des autres ; ensuite parce que l’erreur qui a porté ces auteurs à attribuer à des dauphins des particularités qui ne pouvaient

(1) De Anim., lib. i, cap. 18; lib. n, cap. 6; lib. vi, cap. lo; iib. vni, cap. 3; lib. x, cap. 3; lib. xr, cap. 12; lib. xii, cap. 1, 4, 5; 6.

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être attribuées vraisemblablement qu à des requins , ne portant que .sur des organes du mouvement ou de l'alimentation , est sans rapports avec l'intelligence. Nous avons donc pu, sans trop d'erreurs, étendre à tous les dauphins ce qui n'est absolument vrai que pour l'espèce commune , et ne tenir aucun compte de la confusion qui est résultée du nom de dauphin appliqué à des cétacés et à des poissons , comme tous les anciens l'ont fait à l'exemple d'Aristote.

Les cétacés, et conséquemment les dauphins, ont d'abord été soumis aux principes de classification qui avaient présidé à l’établissement devs rapports des autres mammifères entre eux : les modification des organes du mouvement combiné avec celles des dents avaient fait le fondement de ces principes *, et ce sont eux qui guidèrent Rai, Artedi, Linnéus, Brisson, Gmeîin, Erxleben, Bonnaterre, et les portèrent à ne former des dauphins qu'un seul genre, dont ils séparèrent le narwal , sous le nom générique de monodon. Lacépède sépara en outre des dauphins les cuiarnaks j> les delphinaptères et les hyppéjvodons. Mon frère n'admit point le genre anarnak , mais il en forma un des marsouins. M. Desmarets et Blainville , arrivant à une époque où la science s'était enrichie d'observations nouvelles sur les dauphins , et ayant à les classer, admirent toutes les divisions formées précédemment, y ajoutèrent celle des delphinorhynques * et réunirent sous la dénomination commune d1 kêtèrodon les anarndks et les hypêroodons de Lacépède, ainsi que quelques autres espèces. Précédemment M. Raffinesque avait formé le genre occipîère d'un dauphin à deux nageoires dorsales. M. Lesson, plus favorisé encore par les espèces nouvellement publiées, et guidé par des vues qui lui étaient propres, a divisé les dauphins en deux familles qu'il a divisées elles-mêmes en genres nombreux.

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La première, celle des hétérodons, renferme les genres narwal , anarnak , diodons > hyperoodons , ziphius et aodons. La seconde, qui est celle de ses dauphins, contient les genres bélugas delphùiaptère , delphinorhynque * sousous , dauphins , oxiptères , marsouins et globiceps. Ce travail de classification de M. Lesson renferme dcnc tout ce que ses prédécesseurs avaient fait en ce genre. Nous allons actuellement examiner les principes et les conséquences de ces diverses classifications , pour passer ensuite, en nous appuyant sur les principes que nous aurons établis nous-même dans cet examen, à la classification que nous croyons devoir adopter.

Nous ferons d’abord remarquer que, jusqu'àLacépède, les modifications des organes du mouvement, caractéristiques des cétacés, n’entrèrent pour rien dans les distinctions génériques des dauphins, et que, jusqu’à ce naturaliste, les caractères des genres chez ces animaux furent tirés principalement des organes de la mastication. Ce fut lui qui admit parmi ces caractères les modifications que paraissaient offrir les organes du mouvement , et qui prit, pour caractériser son genre hypéroodon , les tubercules pointus et durs qui garnissaient le dedans de la mâchoire supérieure et le palais du dauphin de Baussard , sur lequel ce genre est fondé. Mon frère y ajouta les formes de la tète de ranimai vivant , et en fit l’application aux dauphins dans la formation du groupe des marsouins. MM. Blainville et Desmarets s’attachèrent principalement aux caractères fournis par les dents et par les formes de la tête chez l’animal vivant, caractères que, comme eux, M. Lesson n’a fait qu’adopter et étendre.

Lacépède , n’envisageant guère les classifications que dans le point de vue des successeurs de Linnéus, sépara le Béluga des autres dauphins, sous le nom générique de delphinaptère, parce qu’il regardait surtout laprotuhé-

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rance triangulaire , produite par une extension de la peau , dans la partie moyenne du dos de la plupart des dauphins , protubérance dont manque la béluga, comme formant un caractère très-propre par son évidence à faire distinguer l’un de Fautredes groupes génériques, sinon comme faisant partie des organes du mouvement. Mais c’est principalement parce que cette protubérance a cte depuis considérée comme une dépendance de ces organes que le genre delphinaptère a été conservé.

Si cependant nous appliquons à Fappréciation de ce caractère les moyens que pour cela la science possède , F examen de Forgane pour en déterminer l’importance par celle de son organisation, ou par celle de ses fonctions et de ses corrélations, et les résultats auxquels il conduit par son emploi comme caractère générique, nous voyons que cette protubérance ne se présente avec aucune des qualités d'un tel caractère. En effet, cette extension triangulaire n’est formée que par une saillie ou un pli de la peau, et ce pli ne contient qu’un tissu cellulaire dont les mailles sont remplies de graisse: elle ne constitue point un organe spécial*, aucun muscle ne lui appartient*, elle est impropre à tout mouvement, ne prend jamais aucune part à ceux de l’animal , peut s’agrandir ou s’effacer sans qu’il en résulte aucune conséquence pour les autres organes, et n’est point analogue par conséquent à la nageoire dorsale des poissons, avec laquelle cependant on a cru pouvoir la confondre. D’un autre côté, les espèces réunies par ce caractère se repoussent par tant d’autres , qu’il devient impossible de leslaisserensemble. Le béluga à museau court et à tête sphérique n’a rien de commun avec le dauphin de Péron, dont le museau allongé est tout d’une venue avec la partie cérébrale.

Reste actuellement à savoir si cette fausse nageoire serait au moins le signe d’un caractère générique réel ,

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que l’examen des parties cachées de l’animal ferait seul découvrir. Mais ce que nous venons de dire de l’éloignement qui se trouve entre le béluga et le dauphin de Pérou prouve assez le contraire-, et on en aurait une nouvelle preuve par l’examen de la tête osseuse de ces animaux, celle du béluga se rapprochant de celle des marsouins , et l’autre rappelant complètement celle des dauphins.

Lorsqu’on a étudié avec quelque attention les dauphins, il est impossible de ne pas reconnaître que chez ces animaux les dents, par leur nombre et leur situation, ne peuventpas meme constituer avec certitude un caractère spécifique et à plus forte raison un caractère générique. Ces productions organiques sont essentiellement rudimentaires et variables chez la plupart de ces animaux : il est rare que, sous ce rapport, deux individus de la même espèce se ressemblent, même quand ils ne diffèrent point par l’âge-, souvent les dents restent pendant toute la vie de l’animal cachées sous les gencives et sans utilité pour lui-, d’autres fois elles tombent bientôt pour ne plus reparaître-, dans quelques espèces ce sont celles de l’une ou de l’autre mâchoirequi sont chasséesles premières, ou les antérieures se conservent quand les postérieures disparaissent. Toutes ces variations, tous ces accidens, bien constatés aujourd’hui, ne permettent plus défaire usage des dents pour la formation des genres dans la famille des dauphins, et obligent de dissoudre les divisions, de quelque nature qu elles soient, qui n’ont été fondées que sur elles dans cette nombreuse famille de cétacés. Ainsi les anarnaks de Lacépède, caractérisés par deux petites dents recourbées h la mâchoire supérieure , n’ont rien de certain , rien de fondé, pas plus que les hétérodons de M. Desmarets, qui iront pas changé de nature, et n'ont pas reçu de meilleurs caractères pour avoir été réunis en genres par M. Lcsson et élevés par lui au rang cle famille.

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Si à présent nous cherchons à apprécier les caractères tirés des dents par les associations auxquelles ils ont conduit, nous voyons que quatre espèces du genre he'térodon, l’anarnak, le dauphin de Chemnitz, celui de Sov erby , et Fèpiodon de Raffinesque, n'ont point été figurées , et qu'on n’en a que des descriptions trop insuffisantes pour qu'il soit possible de se prononcer, d'après l'ensemble de leur organisation, d'après leur physionomie générale, sur leur identité générique. Quant aux trois dauphins qui restent, celui de Hun ter, celui de Baussard et celui de Dale, les seuls que l'on connaisse par leurs organes et par des figures, elles appartiennent vraisemblablement à la même espèce, à l'hyperoodon : la chose est même certaine pour les deux premières : de sorte qu'en réalité ce genre ne se compose véritablement que d’une seule espèce, les autresne pouvant y être rapportées que conjecturalement. Ce que nous venons de dire du genre hétérodon, nous le disons, avec plus de fondement encore , de la famille à laquelle M. Lesson a appliqué ce nom ; car il n'a guère fait que de transformer en genres les dauphins que MM. Blainville et Desmarets avaient cru devois se borner à considérer comme des espèces. En effet, ses anarnaks ne reposent encore que sur l'espèce décrite sous ce nomparOthonFabricius : sesdiodons consistent dans l'hétérodon de Sowerby, et dans une espèce décrite et représentée par M. Risso, sous le nom de dauphin de Desmarest:, ses hyperoodons se composent des individus décrits par Hunter et Baussard, et ses aodons reposent sur le dauphin de Dale, auquel il a ajouté le delphinorhynque microptère. Quant à son genre ziphius, il est formé d'une espèce fossile. Or, en examinant ces conséquences, nous voyons que M. Lesson n'a pu arriver aussi qu'à des réunions tout-à-fait hétérogènes, quand ces réunions sont de nature à être appréciées. Cette appréciation ne peu

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avoir lieu pour les genres anarnaks , diodons , hyperoodons et ziphius, le premier n'ayant d'existence que dans une description peu circonstanciée, la seconde n étant représentée que par l'espèce dont M. Risso donne la figure générale, la troisième ne consistant qu'en une espèce seule, et la quatrième se faisant connaître uniquement par quelques portions de tètes pétrifiées qui, suivant mon frère, paraissent avoir appartenu à trois espèces différentes. Reste le genre aodon, formé de deux espèces figurées et comparables', car, comme nous l'avons déjà dit, nous écartons de cet examen le genre narwal, qui n'est pas susceptible de critique, dont nous parlerons à part, et qui se trouve à la tète de cette famille des dauphins, hétérodons de M. Lesson. Eh bien I les deux espèces de ce genre aodon n'ont rien de commun : le dauphin de Dale est très-probablement un hyperoodon, et le delphinorhynque microptère constitue une espèce toute différente des hyperoodons, et n'est point privé de dents.

Quand les genres dont se compose une famille ne sont pas naturels, il serait possible, à la rigueur, que la famille le fut : les espèces pourraient avoir été mal associées*, mais, dans ce cas, les caractères de la famille ne seraient pas de meme nature que ceux des genres , ne porteraient pas en eux le vice qui les rend généralement impuissans. En effet, si le nombre , la présence ou l'absence des dents chez les dauphins n'ont rien d’assez certain pour caractériser les genres , ils n'auront rien de ce que la science demande à des organes pour caractériser des familles *, or c'est sur les dents qu'est fondée la famille des hétérodons de M. Lesson.

On a vu plus haut que le genre hyperoodon a été caractérisé, parLacépède,'au moyen de tubercules durs,

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