LE SEUL INFINI
Les deux extrémités de la Création ont échappé à nos contemplations. Non seulement nos yeux n'ont pu les apercevoir, mais nos instruments les plus perfectionnés n'ont pu les atteindre, et nos analyses les plus subtiles sont restées impuissantes.
Que nous montions ou que nous descendions l'échelle des êtres créés, nous ne pouvons parvenir,
au moins dans l'état actuel de la science, ni au sommet ni à la base, ni à leur commencement ni à leur fin.
Mais si nous sommes obligés de confesser notre impuissance sous ce rapport, nous avons pu au moins découvrir et admirer les grandeurs, les beautés et les harmonies de tous ces êtres innombrables ; et plus nous les étudions, plus nous en scrutons les lois mystérieuses, plus nous sentons en nous-mêmes la conviction irrésistible que la Création indéfinie démontre un Créateur infini.
Toutes ces existences dont la grandeur nous écrase, et dont l'harmonie nous confond, prefhnent des voix pour nous dire qu’elles sont parce qu’Il est!
C'est le cri universel, formidable, qui monte des
petits êtres et qui descend des grands, qui retentit dans les entrailles de la terre et de la mer, et qui se prolonge dans l’immensité des cieux : Il est. Qui, 11? L'Infinil
Quel Infini? L’Infini spirituel dont les infinis matériels sont le pâle reflet. Celui qui a plus de noms qu'il n'y a de langues et que les peuples désignent en balbutiant des mots insuffisants et vagues.
Toutes les créatures sont bornées. Lui seul ne connaît pas de bornes : Il est le seul Infinil
Toutes les créatures ont eu un commencement, toutes ont une fin; Lui seul n’a pas eu de commencement et n'aura pas de fin. Il est éternel.
Avec Lui, tout s'explique. Sans Lui, tout est mystère. Au sommet, à la base, au centre et aux extrémités de la Création, sa présence éclaire tout, dirige tout,
gouverne tout. Mais par sa nature même il échappe à nos sens et reste invisible! S'il était visible il ne serait pas l'Esprit! Supprimez-le, et l'ombre enveloppe toutes choses et la confusion remplace l'ordre et l'harmonie.
1 est l'Etre par excellence, et nulle créature n’a sa raison d'être en dehors de Lui. H est la vie par essence et toute vie émane de Lui.
La vie est partout parce qu'il est présent partout; mais nous ignorons la nature exacte de ses communications avec les autres êtres.
Quelles sont-elles avec les hommes? Voilà du moins un terrain sur lequel nous pouvons entrer, car l'histoire de ces relations existe.
Depuis qu'il a créé l’homme, Dieu a voulu commu niquer avec lui, l'attirer vers lui, se rapprocher le plus possible de lui.
S'il n'a pas réussi comme il l'aurait voulu, c'est la faute de l’homme; c’est l'image qui n’a pas voulu ressembler à son modèle.
Dieu s’est fait l'Educateur de l’homme dès son origine, et quand il n’a pu réussir à l’instruire en le comblant de bienfaits, il l’a châtié rigoureusement. L'amour et la justice ont tour à tour ramené vers lui cette créature ingrate qui veut toujours s'éloigner.
Mais qu'’at-il voulu lui inculquer? Ne l’oublions pas, il ne s’est pas préoccupé de lui ouvrir des voies œux progrès matériels, ni même de lui enseigner les sciences et les arts.
En tout ce qui concerne la vie matérielle, et même la vie intellectuelle de l'ordre naturel, l'homme pouvait se suffire à lui-même.
Mais il en était tout autrement de la vie surnaturelle, à laquelle le Créateur a voulu, par pure bonté, élever sa créature.
Pour apprendre cette vie mystique, l'homme avait besoin de l'enseignement divin, et il ne hui a pas manqué, de l’Eden au Sinat, et du Sinaï au Calvaire
Dans quel but Dieu s’efforcetil ainsi de con muni
quer à l’homme la vie surnaturelle, c'est-à-dir.… -à pro pre vie, la vie divine?
Que lui importe à Lui, l'Immuable, l'Eternel, l'in
fini, que Mi importe la destinée de cette création que sa seule parole a fait sortir du néant.
N'a-t-il pas en lui-même tout ce qui est nécessaire à sa vie et à son bonheur? Ne peut-il pas se suffire à lui-même?
Oui, évidemment, Dieu peut se passer de la Création.
Mais il aime d’un amour infini cette œuvre de ses mains, et il ne saurait se désintéresser de ses destinées.
Il lui a donné le mouvement et l’action, la vie et la fécondité. Mais il veut que tout converge vers lui et vive de sa vie propre.
Il veut que la matière elle-même se pénètre en quelque sorte de son esprit; que cet esprit l'anime et la mette en communication avec lui-même.
C'est pour cela qu’il a formé l’homme d’un corps et d’une âme, afin que cette Ame serve d'intermédiaire entre la matière et lui, qu’elle soit le verbe de la matière, que par elle les êtres matériels rendent leurs hommages au Créateur.
Dieu a fait plus.
Il a revêtu lui-même un corps matériel, Il a associé
des molécules de chair à sa grande œuvre de Rédemption, et ces molécules de matière sont devenues le corps d’un Dieul ;
Dieu a fait plus encore. Il a fait donner à des hommes qu'il s’est choisis le pouvoir extraordinaire de prendre dans leurs mains quelques atomes de matière, un morceau de pain, de prononcer sur ce morceau de pain des paroles qu'il leur a apprises et de le transformer en Dieu, si bien que ce n’est plus du pain mais Dieu.
Voilà jusqu'à quel degré l'Esprit infini est entré en communion avec la matière, sans jamais se confondre avec elle.
Voilà comment la vie divine descend des hauteurs de l'Infini, circule à travers des millions d'êtres spirituels, se communique aux êtres mixtes tels que l’homme, transforme même les êtres matériels les plus infimes, et remonte vers sa source par les mêmes voies mystérieuses.
Quelle merveille! Si les blonds épis de froment qui se balancent joyeusement au soleil pouvaient parler, ils pourraient dire à l’homme : « Nous aussi nous venons de Dieu et nous retournons vers lui. Dans quelques jours, ces grains de froment que nous formons seront du pain; et ce pain sera transformé en Dieu, daus la Sainte Eucharistie. » C’est la merveille des merveilles!
« Seigneur, dirai-je avec saint Augustin, que vos ouvrages vous louent, afin que nous vous aimions, et faites que nous vous aimions afin que vos ouvrages vous louent... » (Confessions.)