D& L'HOMME A DIEU
vie. Nous voulons savoir quelle est cette autre vie, et quand nous interrogeons les savants et les philosophes, que nous répondent-ils? Les uns doutent même de la vie future, et les autres qui y croient sont impuissants à nous la faire connaître. Ils admettent qu'ils n'en savent rien.
Quelques-uns cependant ont bâti des systèmes qui ne sont que des hypothèses et des utopies plus ou moins absurdes.
Ils ont imaginé l'immortalité facultative, c'est-àdire l'anéantissement pour les méchants et la vie éternelle pour les bons seulement.
Tout récemment, M. Charles Lambert a repris cette thèse qui avait déjà été soutenue par M. Renouvier et M. Pétavel-Oleff, et voici comment il s'efforce de l'établir. Nous ne citons pas, nous analysons :
« L'homme est infiniment supérieur à la brute par ga nature, et cependant il est plus malheureux qu'elle. La vie est une succession de plaisirs pour la brute, dont la loi fondamentale est l'égoïsme; et quand son existence heureuse est tout à coup terminée par une mort qu'elle n'a pas prévue, et dont la crainte n'a pu troubler ses plaisirs, elle entre dans la paix du néant.
» L'homme est dans des conditions différentes. Il y a en lui deux forces qui se combatwent, la force animale et la force morale, et cette lutte (que la brute ignore) fait son tourment. Plus il obéit à la force morale, et plus il a à combattre et à souffrir en ce monde. Il est juste alors qu'il trouve dans une autre vie la récompeñse de ses luttes glorieuses.
» Mais s’il n’obéit qu’à la force animale, si, comme
la brute, il s'abandonne entièrement à ses instincts de plaisirs, sans lutte, au sein du plus complet égoisme; s’il devient enfin complètement semblable à la brute, et ne veut aucune autre vie que celle du corps qu'il soigne, qu'il flatte, dans lequel son âme finit pour ainsi dire par s’anéantir, il doit comme la brute, à l'heure de la mort, rentrer dans le néant.
» Dieu lui donne la vie sans le consulter, et si l’homme ne veut pas en faire un bon usage, il peut la lui reprendre, et non lui imposer des conditions auxquelles il ne veut pas souscrire. Il lui avait promis l'immortalité, en récompense de divers devoirs à reniplir, mais il n’a pas voulu les remplir : l'immortalité lui est refusée; il meurt tout entier comme la brute.
» La justice de Dieu est satisfaite. Sa bonté s'appli- : que aux bons. Et la morale a sa raison d'être et son fondement. » :
Cette thèse a son côté spécieux, mais ce qu’elle a de vrai, elle l'a emprunté au christianisme.
Au fond elle ne fait guère que substituer le néant à l'enfer, et il va sans dire qu'elle ne repose sur aucun fondement et ne peut invoquer aucune autorité.
Mais si elle pouvait être acceptée, elle entraînerait des conséquences redoutables. Tout d’abord elle autoriserait le suicide, et je ne vois pas comment elle pourrait encore former un fondement pour la morale.
Si l’homme est libre de refuser le don de la vie, il est évident qu'il a le droit d'en sortir quand il veut. C’est bien ainsi que l’a compris un des plus illustres adeptes de cette école philosophique, le malheureux Prévost-Paradol.
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)