‹ De l'homme à Dieu [microforme]Chapitre 15 sur 54 · RES · texte numérisé non relu

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D'autre part, s'il peut refuser l’immortalité, et s’il n’est pas tenu d'en accepter les conditions, la vertu n'est pas obligatoire pour lui.

S'il préfère être une brute, et si la vie de la brute, avec ses grossières jouissances, est la seule dont il veuille, vous n’avez pas le droit de lui en imposer une autre. Et dès lors que devient votre morale?

Car vous soutenez que Dieu ne peut forcément soumettre l’homme, en lui faisant le don de la vie, à des obligations qu'il ne veut pas remplir. Il résultera donc de votre système, qu'il y aura une morale pour les bons et qu’il n’y en aura pas pour les méchants. Et de quel droit punirez-vous les criminels qui diront aux tribunaux : Nous avons choisi la vie de la brute?

Et puis, que devient alors la souveraineté de Dieu? Ne fait-on pas de Dieu un humble serviteur de l’homme, qui ne pourrait pas imposer des conditions aux dons qu'il lui fait?

Et que deviennent les degrés dans la justice? Il n’y en a plus dans ce système. Car le néant atteint également le vulgaire criminel et le grand scélérat; celui qui a commis tous les crimes n'est pas plus puni que celui qui n’en a commis qu'un seul, puisque tous les deux rentrent dans le néant.

Cela suffit à montrer sur quel fondement fragile est appuyé le système de l'immortalité facultative.

Un autre système encore moins acceptable est celui de la transmigration des âmes. Plusieurs philosophes de la Grèce antique ont cru à la métempsycose, et ils tenaient probablement cette doctrine des Egyptiens, qui l'avaient reçue des Hindous.

Avec le christianisme, ce système des migrations de l’âme est tombé dans l'oubli, et même dans le mépris. Or, voici que des écrivains brillants reprennent la même théorie et la défendent avec talent. C’est un retour au Bouddhisme.

Les plus illustres sont Jean Reynaud et Louis Figuier; et la thèse de ce dernier est à la fois plus hardie et plus radicale : Reynaud attribue encore à l'opération du Créateur la création des âmes qui vont se développer à travers les mondes dans des êtres infé. rieurs, et se préparer à l'humanité. Mais Louis Figuier les fait naître du soleil qui est le premier agent de la vie. Elles ne sont d'äbord que des germes animés, et elles n'arrivent dans des corps humains qu'après avoir passé par une série de vies végétales et animales. Et l’auteur en conclut qu’en se séparant du corps de l’homme, cette âme passe dans d’autres êtres plus parfaits, soit dans ce monde, soit dans une autre planète. Cela n’est pas neuf. Il y a des milliers d'années qu les brahmanistes et les bouddhistes enseignent cette doctrine aux Indes. Evidemment il n’y a là qu'une hypothèse plus ou moins ingénieuse, mais qui ne repose sur aucun fondement sérieux.

Pour justifier ce système, ces écrivains n’ont d’autres arguments à invoquer que ceux que nous invo- Œuons nous-mêmes pour prouver une autre vie, l'inégalité des conditions d'existence et de bonheur, la sagesse et la justice du Créateur de toutes choses, sa sainteté qui ne doit pas supporter le mal, sa divine providence qui doit tout régir et tout gouverner.

Mais tous ces arguments qui prouvent excellemment

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la nécessité d’une autre vie, ne prouvent pas du tout la préexistence des âmes, ni leurs migrations, ni leur vie successive. dans des êtres plus parfaits.

Pour expliquer tout ce qui, dans cette vie, choque la raison et toutes les notions de justice, il suffit de dire que cette vie est une épreuve pour mériter et une préparation à une autre vie qui recommencera dans des conditions toutes différentes après la mort.

Les inégalités physiques, intellectuelles et morales, d'a: ours, sont, comme dit l'abbé Méric, un des liens les plus étroits des sociétés humaines. C'est ce qui force les hommes à se rendre mutuellement des services constants, à fuir l'isolement et à vivre en société.

Dans son Livre des Esprits, Anatole Barthe, qui est un spirite, comme Louis Figuier, repousse sa théorie d’une façon triomphante, et il démontre que les iné-

galités et les diversités sont innombrables et inévitables dans la nature, mais qu'elles font l’harmonie et la beauté de l'univers.

M. Figuier se plaît à nous représenter Dieu constamment occupé à créer des âmes pour obéir aux libertins, dont les crimes créent des embryons humains, et il pousse des cris indignés.

Mais il n’y a là que pure déclamation et fausse représentation de la doctrine catholique qui se réduit à ceci :

Dieu & fait une loi, en vertu de laquelle toutes les fois qu’un germe aura les conditions voulues, une âme tirée du néant viendra l’animer, et, depuis le berceau de la famille humaine jusqu’à son dernier jour, cette loi recevra son application rigoureuse, sans ap-

peler une intervention mobile et particulière de Celui qui l’a décrétée. » (1, Méric, p. 322.)

Pour un Dieu tout-puissant, la création successive des âmes ne peut pas être difficile.

Une autre théorie qui veut expliquer comment les hommes subissent la peine d'Adam, soutient qu'une seule âme a été créée pour toute l'humanité.

D'après ce système, l’âme qui vit en chacun de nous n’est autre que l’âme d'Adam, se multipliant avec les générations et se répandant à l’infini comme les corps, qui ont le premier homme comme créateur commun.

Cette thèse du baron de Lambert est renouvelée des Averroïstes et a été condamnée par le cinquième concile de Latran. Elle augmente les “‘fficultés et les multiplie, au lieu de les expliquer, «: elle fait de la faute d’Adam une faute personnelle de chacun de nous, ce qui n’est pas exact.

Selon l’enseignement de l'Eglise, « le péché originel n'est pas en nous un acle, mais un état »; et ce n’est pas seulemer. “dividu, c’est la nature humaine qui a été souillée . ; Adam, qui n'était pas seulement un homme, mais l'Homme, le père de tous les humains. Le péché entraîne la privation de la justice et de la sainteté originelle qu’Adam possédait avant sa chute. Mais il ne provient pas d’un acte positif, d’une action personnelle de notre part, et il n’entraîne pas les châtiments dus au crime personnel,

En un mot, si Adam n'avait pas péché, il nous aurait transmis la justice avec la vie ; ayant péché il nous à transmis la vie sans la justice. Et si l’on soutient que nous devons porter la faute d'Adam, parce que

80 DE L'HOMME À DIEU notre âme était individuellement dans celle d'Adam, nous devrons également être chargés des crimes de toutes les âmes des ancêtres par lesquelles notre âme a passé.

Cela répugne à la raison et à la justice. La vérité, c'est que nos premiers parents ne nous ont pas transmis leur péché actuel, ou leur acte coupable, mais ils nous ont transmis l’éiat de déchéance auquel leur volonté rebelle les a réduits, et auquel, par solidarité de nature, nous participons.

Nous avons exposé plus haut la thèse de M. Figuier sur la préexistence des âmes et leur développement dans les êtres successifs qu’elles ont animés. Pour la compléter, il faut y ajouter le voyage éternel des âmes après leur mort.

Celles des bons revêtiront un corps subtil plus léger que l’éther même, exempt de besoïis et de maladies, et voyageront dans l’espace d’un monde à l’autre.

Celles des méchants recommenceront de nouvelles existences malheureuses, sujettes à des douleurs proportionnées à leurs crimes. En quel lieu? Dans quelque autre planète, analogue à la terre ou pire.

Fourier soutient la même thèse, avec cette seule différence que pour lui notre terre est le véritable enfer, grâce à notre civilisation qui en fait un repaire de monstres et de démons.

Tous ces systèmes ne sont en réalité que des romans philosophiques, qui dénétent chez leurs auteurs une imagination fertile. Mais ce n'est pas de la science.

Nous avons exposé tous ces systèmes philosophiques pour dé:nontrer deux choses :

LA première est la croyance générale à la vie future. Ls conde est l'impuissance de la raison humaine à Con. tre exactement cette vie future. Par les seules lumities de la raison, nous arrivons à nous con’ ain.e que l'âme est immortelle, Mais quelle sera sa vie après la mort? Où vivra-t-elle quand elle aura quitté Je corps? Et ce corps ressuscitera-t.il un jour? Et se rejoindrontils alors, ces deux Compagnons de vie terrestre? Et quelle vie nouvelle récommenceront-ils ensemble?

Devant toutes ces questions vitales, ma raison hésite, ne peut répondre; et, comme nous l'avons montré, les philosophes les mieux doués, les savants les plus éminents, ne répondent que par des hypothèses et des utopies sans fondements.

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