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LE BRAHMANISME ET LE BOUDDHISME

Ces deux religions sont sœurs. Elles ont des livres sacrés qui se nomment les Védas. Les anciens biahmanes enseignaient au peuple que ces livres sont divins et éternels. Mais les modernes ont abandonné cette prétention insoutenable.

Les études de linguistique ont démontré que les différentes parties. qui composent les Védas sont de différentes époques et doivent être attribuées à différents auteurs, sans trace d'intervention vraiment divine.

Les plus anciens sont des recueils de prières et de chants en l’honneur des dieux primitifs, qui étaient des personnifications des éléments et des forces de la nature.

Le ciel se nommait Varuna et le dieu-soleil Surza Indra était le dieu de l’air et de la guerre. Siva commandait à ses fils, les maruts, qui étaient les orages dévastateurs. Le dieu du feu était Agni.

Nous ne nommons que les principaux des dieux supérieurs; mais il y avait bien d’autres dieux inférieurs, qui étaient préposés à la dispensation des biens tem-

porels, à la famille, à la santé, à la vie, au bétail aux autres biens de la terre.

C'était bien, on le voit, le polythéisme antique qu'on a trouvé chez presque tous les peuples.

Outre les prières, on offrait aux dieux des sacrifices, qui formaient le principal exercice du culte.

Offerts d’abord par les chefs de familles, et d’un caractère privé, ces sacrifices devinrent plus solennels quand il y eut des temples et des prêtres. Les hymnes, les cérémonies liturgiques se multiplièrent, et les brahmanes inventèrent des rites purificateurs.

Les Védas se développèrent en conséquence et devinrent des rituels très volumineux.

Les principaux dogmes du brahmanisme étaient la croyance en un grand nombre de divinités, la vie future et la métempsycose. On croyait au ciel comme récompense finale des justes, et à différentes variétés d’enfers qui n'étaient pas éternels. Mais on croyait en même temps à une série de renaissances pour les défunts qui, après avoir vécu successivement de la vie des plantes et de la vie des animaux, redevenaient des hommes.

Dans ces diverses existences devaient être expiées les fautes commises dans les vies antérieures; et, chose curieuse, un certain nombre de peines et de maladies faisaient connaître les offenses commises. Ainsi la phtisie était la peine du méchant qui avait tué un brahmane. Les maladies de la peau dénonçaient les impudiques. La dyspepsie punissait celui qui avait volé des aliments. Les aveugles, les infirmes, les idiots, les sourds-muets étaient méprisés par les gens vertueux,

parce que leurs infirmités trahissaient des crimes d'une existence antérieure. (Aiken, Bouddhisme et Christianisme, p. 13.)

Tout cela se trouve dans les Lois de Manou, qui font partie des Védas. Mais il y a dans ces Lois quelques pages quasi chrétiennes qui étonnent. Elles pourvoient aux moyens d'effacer les péchés commis, et la plupart de ces moyens semblent empruntés à la morale chrétienne.

Ce sont le repentir, la confession, les bonnes œuvres, l’aumine, le jeûne et les austérités corporelles. Manou prescrit aussi les bains et la récitation de quelques textes védiques. Il y a cependant à ce sujet des restrictions difficiles à concilier avec la doctrine du pardon. Ainsi lisez ce texte : « Ni l'étude des Védas, ni la libéralité, ni les sacrifices, ni aucune contrainte exercée sur soi, ni les austérités ne permettront jamais à un homme, dont le cœur a été contaminé par la sensualité, d'atteindre les récompenses futures. »

Ces lois contiennent d'ailleurs les prescriptions les plus extraordinaires et aussi les pius absurdes. En voici quelques exemples : « Le chef de famille ne devra étudier le Véda qu'avec des cheveux, des ongles et une barbe. parfaitement taillés… Qu'il se garde bien de marcher sur une corde à laquelle est attaché un veau; qu'il ne coure pas quand il pleut; qu'il ne regarde pas son image dans l’eau.

» Quand il passe près d’un tertre, d’une vache, d'une idole, d’un brahmane, près d’un morceau de beurre clarifié, de miel, de chemins qui se croisent et d’arbres bien connus, qu'il tourne sa main droite de leur côté. »

Beaucoup d’autres règles de conduite sont du même genre, surtout en ce qui concerne l'alimentation; et rien ne paraît être plus criminel que de manger la chair des animaux parce que c'est un meurtre de les tuer.

« Celui qui permet le meurtre d’un animal, celui qui le tue et le coupe en morceau, celui qui en achète la chair et la vend, celui qui la fait cuire, celui qui la sert et celui qui la mange doivent tous être considérés comme les meurtriers de l'animal.

» I] n'y a pas de plus grand pécheur que l’homme qui, bien que n’adorant pas les dieux ou les mânes, cherche à accroître le volume de sa propre chair par la chair d’autres êtres. »

Ce respect exagéré pour les animaux est une conséquence de la croyance à la transmigration. Car, si cette doctrine est vraie, ces animaux dont nous mangeons la chair ont peut-être été des hommes dans une existence antérieure.

L'égalité entre les hommes est, d’après les Védas, une erreur profonde. Car les hommes sont divisés en castes, dont la plus élevée est celle des guerriers ou kchatriyas. Au second rang viennent les prêtres ou brahmanes, au troisième les agriculteurs ou vaisyas et au quatrième les esclaves ou sudras.

Avec le temps, cette hiérarchie a été modifiée, et par suite du développement du brahmanisme, les prétres ont pris la première place et jouissent des plus grands privilèges.

C'est la naissance qui détermine la classe de chacun, et personne ne peut s'élever au-dessus de la caste de ses auteurs.

Pour mesurer la distance qui sépare les quatre classes, il suffit de lire ces lignes des lois de Manou : « Celui qui a tué intentionneilement un kchatriya subira le quart du châtimen: fixé pour le meurtre d'un brahmane; celui qui a tué un vaisya en subira le nuitième; celui qui a tué un sudra vertueux en subira le seizième. »

Les sudras sont tenus dans l'ignorance des Védas, dont la connaissance est réservée aux trois classes supérieures.

L'éducation des enfants dans ces trois classes est faite par les brahmanes et consiste dans l'étude des Védas. On leur enseigne une morale sévère, et quand ils ont l’âge voulu ils doivent contracter mariage dans leurs castes.

C'est un crime, pour un homme d’une classe supérieure, d'épouser une femme sudra, et s’il est brahmane, il mérite l'enfer.

Cependant la polygamie est permise, sujette à certaines règles. Quand un homme d'uus classe supérieure a épousé une femme de sa classe, il peut prendre une autre femme dans chacune des classes inférieures. En conséquence, le brahmane peut avoir quatre femmes, le guerrier trois, le vaisya deux, mais le sudra ne peut épouser qu'une seule femme, de ça classe:

Au reste, les femmes sont tenues dans l'ignorance et méprisées.

A côté de ces erreurs singulières, il y a dans les Lois de Manou des règles de conduite morale qui sont vraiment remarquables et qui ressemblent aux Pro-

verbes de Salomon et au Livre de la Sagesse. Nous voulons en citer quelques-unes : « Celui qui, par sa fermeté, parvient à dominer sa langue, son esprit, son corps tout entier, est justement appelé un triple gouverneur.

» De même qu'un cocher modère ses chevaux rétifs, ainsi, si tu es sage, refrène tes passions; autrement, dans leur course sauvage, elles te précipiteront hors de la voie.

» Ne t’enorgueillis pas de tes œuvres de religion; donne au pauvre, mais ne parle pas de tes dons; l'orgueil éissout le mérite de la piété, et l'ostentation le métite de l’aumône. »

» Personne ne nous voit, disent les pécheurs dans leur cœur. Erreur! Les dieux les voient ainsi que l'esprit vmniscient qui habite dans leur poitrine. Tu penses, Ô mon ami : « Je suis seul »; mais au dedans de toi réside un être qui voit tous tes actes et connaît ta malice et ta bonté...

» Un homme n'est parfait que quand il est triple: lui-même, son épouse et son fils. »

Cette morale était trop élevée nour s’accommoder aisément avec le polythéisme. Les dieux supérieurs se partageaient d'ailleurs les hommages des fidèles, et nul ne pouvait dire lequel devait avoir la suprématie, de Varuna, d’Indra ou d’Agni.

Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait eu alors des

tendances vers le monothéisme, et le culte d'un nouveau dieu qui devait dominer les autres se manifesta Il était une conception du sacerdoce et fut nommé Prajapati ou Brahma.

Cependant les autres dieux, qui étaient des personnifications des éléments, subsistèrent et furent regardés comme des manifestations de Brahma. Le ciel, le soleil, la terre, le feu, et bientôt tous les êtres matériels furent considérés comme des parties de Brahma, qui était l'esprit et qui, pour ainsi dire, spiritualisait tout. Dans ce panthéisme idéal, l'univers matériel n'était qu’une apparence, une illusion. Brahria était la seule réalité et il était tout, éternel et imperissable.

Ces doctrines nouvelles furent consignées dans un nouveau livre sacré, les Upanishads, qui prit place à côté des Védas.

Mais tout cela était bien obscur, si l’un des titres de Brahma fut l’Incompréhsssible.

Que devenait l'homme dans ces conceptions panthéistiques? Il était supprimé. Il perdait son individualité, sa personnalité propre. Il ne pouvait pas dire « je suis quelqu'un; j'ai un moi. » Et l'erreur fatale de l’homme ignorant, selon la doctrine des Upanishads, était d'ignorer son identité avec Brahma et de croire à son existence personnelle.

Ainsi la perfection pour l’homme ne devait pas consister à acquérir des mérites par la prière, le jeûne, le sacrifice et les actes de vertu; elle consistait à bien connaître son identité avec Brahma. Et celui qui pouvait se dire avec conviction : « Je suis Brahma », était

un homme parfait. Le mal ne pouvait plus avoir d’at-

trait pour lui; et quand il mourait il était absorbé dans Brahma comme une goutte de pluie dans l'océan.

Mais que devenaient les autres, les imparfaits, qui s'étaient contentés d’être vertueux et de faire de bonnes œuvres, des prières et des sacrifices? L'école Upanishad leur ouvrait le ciel, mais pour un temps seulement. Quand la somme de leurs mérites était consumée « comme l'huile d’une lampe », ils renaissaient à la vie terrestre et ils en reprenaient toutes les épreuves et toutes les misères.

Dans les croyances brahmaniques populaires, les méchants renaissaient aussi, mais à une vie simplement végétale ou animale.

Evidemment, la perfection, dans la religion des Upanishads, était bien difficile et rare; et les existences futures avaient bien des variétés.

Voici, par exemple, à quelles pérégrinations extraordinaires étaient condamnés « ceux qui, vivant dans un village, mènent une vie de sacrifice, font des œuvres d'utilité publique et pratiquent l’aumône. Ils s’en vont dans la fumée, de la fumée dans la nuit, de la nuit dans la moitié obscure de la lune...

» Après des mois, ils vont au monde des pères, du monde des pères à l'éther, de l’éther à la lune. Celleci est le roi Soma. Là, ils sont chéris par les dévas : Oui, les dévas les aiment. Après avoir habité là, jusqu'à ce que leurs bonnes œuvres soient détruites, ils reprennent de nouveau le chemin par où ils étaient venus. » (Aiken, Bouddhisme, p. 60.)

Cette vie future était une pauvre récompense pour les honnêtes villageois; mais aussi pourquoi n'avaient-

ils pas fait tous leurs efforts pour s'identifier avec Brahma?

HI

Les Upanishads avaient apporté des modifications radicales au Brahmanisme originaire.

C'était même une reli

» €t comme les formes du monde extérieur ils étaient, devenus Maya, c’est-à-dire illusion.

Le brahmanisme panthéistique avait été très bien accueilli parmi les classes supérieures, toujours atti. rées par les spéculations philosophiques, et toujours ennemies des entraves que le brahmanisme originaire mettait à leur liberté.

Mais le panthéisme ne fut laire; et quand le boudd

Quelle est exactement la vérité historique sur le fondateur du bouddhisme? C'est bien difficile à dire, car les documents font défaut.

légende qui M. Aïken, qui est aussi un érudit et un éminent professeur de l’Université de Washington, dit : « La bio- De l'Homme à Dieu. 8

graphie de Bouddha que nous a transmise la tradition a une si forte teinte de légendaire et de merveilleux, qu'on est tenté de se demander si elle n’est pas tout entière une fiction. »

Un historien anglais qui doit avoir quelque autorité est M. Dutt; car il a vécu aux Indes, il a été ministre des finances du Maharaja de Baroda, et il a publié une histoire des origines de ce pays jusqu’au sixième siècle avant Jésus-Christ.

Nous avons cette histoire devant les yeux, et nous y relevons les dates suivantes :

Bouddha aurait vécu de l’année 557 à l'an 477 avant Jésus-Christ suivant la tradition. Car aucun récit de sa vie ne fut alors écrit.

Un siècle après, vers l’an 377 avant Jésus-Christ, un

conseil de moines bouddhistes aurait discuté les différences d'opinion qui s'étaient produites sur les hymnes sacrées que les fidèles bouddhistes avaient apprises par cœur. Mais il ne paraît pas que ces hymnes aient alors été mises par écrit.

Cent trente-cinq ans après, an 242 avant Jésus-Christ, une nouvelle assemblée de moines fut enue à Patua. convoquée par le roi Asoka, pour décider quelles étaient vraiment les œuvres religieuses du bouddhisme, qu'on appelait Pitakas.

Enfin, cent cinquante ans après, les Pitakas furent consignés par écrit; mais il y a les Pitakas du Sud et les Pitakas du Nord, qui diffèrent notablement les uns des autres. Les plus dignes de confiance, qui sont en même temps les moins exagérés, sont les Pitakas du Sud, au nombre de trois; et celui qu'on appelle Sutta

Pitaka est présumé contenir les paroles et les œuvres de Bouddha lui-même. ;

Les autres contiennent des règles de conduite très minutieuses pour les moines et les nonnes bouddhistes, apyelés Bhikkhus et Bhikkhuvis, et traitent des sujets les plus variés, des causes de l'existence, des éléments et des conditions de vie dans les différents mondes.

Il n’est pas étonnant qu'une histoire écrite près de trois siècles après les événements, appuyée sur la seule tradition, contienne beaucoup de légendes. Parmi les

races orientales surtout, la lés inde est un produit naturel de leur imagination.

tous les dieux (1). »

Rien n'est plus vrai. Toutes les divinités de l'Inde sont des choses, et toutes les choses de l’Inde sont des dieux. Les nuages, les vents, les orages, l'aurore, le soleil, le feu, le tonnerre, la terre, les fleuves, les forêts sont des êtres revêtus de divinité.

Et cela n'est pas dû seulement à la nature du peuple

et du pays, mais aussi aux Pratiques religieuses du Te Re

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