LE MAHOMÉTISME
Nous l’avons dit et démontré : Pour nous faire con naître nos destinées après la mort, il nous faut un Dieu ou des envoyés de Dieu.
Dans l’ancien judaïsme, nous avons trouvé ces envoyés, mais aucun ne s’est déclaré Dieu lui-même; et tous ont annoncé la venue plus ou moins prochaine d'un Dieu.
Est-il venu, ce Dieu prédit par les prophètes? Non, répondent les Juifs; et, en réalité, ils ne croient plus à sa venue. Il y a plus de vingt-trois siècles qu'aucun prophète n’a été” suscité parmi eux, et l’enseignement des anciens prophètes, les vrais envoyés de Dieu, est depuis longtemps noyé dans les légendes et les leçons incohérentes du Talmud.
Mahomet ne se prétend pas Dieu lui non plus; mais il se proclame prophète, envoyé de Dieu. C’est le moins qu'il faille dire quand on veut fonder une religion et. établir un culte.
Quiconque a prétendu établir une religion nouvelle, sans se réclamer de Dieu, n'a toujours abouti qu'à de ridicules essais.
Pour arriver au succès, il faut poser comme point de départ une mission divine; et puis il faut une personnalité qui commande la confiance, un milieu fa-
De l'Homme à Dieu. ur
vorable à l’éclosion des croyances nouvelles, des cir constances de temps et de lieu qui favorisent cette éclosion.
Mahomet a réuni toutes ces conditions de succès.
Et d’abord, faisons connaître l’homme (x).
C'est vers l’an 570 que l'on fait naître Mabomet à la Mecque, la ville sainte des Arabes. Orphelin dès sa première enfance, il fut recueilli par Abou-Taleb, son oncle, intendant de la Kaaba, et grandit à l'ombre de ce sanctuaire fameux dont l'origine se perd dans la nuit des âges.
Qui avait bâti ce temple? La légende le fait remonter jusqu'à Ismaël, fils de la malheureuse Agar et d'Abraham; et dans l'angle sud-est de ses murailles se trouvait encastrée la pierre noire que l’on croyait avoir été apportée du ciel et remise à Abraham par l'ange Gabriel.
Ce sanctuaire était en vénération dans tout l'Orient, et de nombreuses caravanes y venaient chaque année en pèlerinage, non seulement des confins de l'Arabie, mais aussi de la Syrie et de l'Afrique.
Ce fut donc dans une atmosphère éminemment religieuse, tout imprégnée d'exaltation mystique, que l'enfant fut élevé.
II paratt avoir été dès lors d’une sensibilité maladive et sujet à des hallucinations et à des défaillances étranges, dont il a toujours souffert et qui ressemblaient tantôt à l'épilepsie, tantôt à la catalepsie.
Jusqu'à l’âge de quinze ans, SOUS Ce climat oriental Re
1. Voir Mahomet et son Œuvre, par J.-L. Gondal. — Croix et Croissant, par le contre-amiral Réveillère.
où les enfants sont très précoces, il ne connut que les rêveries de la vie pastorale sous la tente, et les contemplations mystiques autour de la Kaaba.
À quinze ans, il est chamelier et se mêle aux caravanes qui font le trafic à travers le Yemen et la Syrie. Il se fait bientôt remarquer par son intelligence, son activité, son courage dans le péril. Il devient conducteur de caravanes et le chef préféré des expéditions qui exigent de l'audace et de l’habileté.
Ses voyages accidentés à travers le désert, ses courses prolongées sous un soleil de plomb, ses marches nocturnes sous le regard des étoiles favorisaient son goût pour les méditations religieuses, pendant que ses relations avec les villes chrétiennes de la Syrie développaient son esprit et augmentaient ses connaissances.
Tout naturellement, le spectacle de la civilisation chrétienne, alors en pleine floraison, le faisait réfléchir; et il se sentait humilié et affligé à la vue des misères de sa race plongée dans le paganisme et l'idolâtrie.
Qui pourra la tirer de cet état de dégradation? Qui saura refaire l'unité dans cette Arabie profondément divisée et soumise en grande partie au joug des rois de Perse et des empereurs de Byzance? Pourquoi ne serait-ce pas sa mission, à lui? Et pourquoi ne seraitil pas l'instrument de Dieu dans l’accomplissement de ce rôle à la fois religieux, patriotique et national?
Voilà les questions que le chef de caravanes se posa et qu'il médita pendant des années, à mesure qu'il voyait grandir son autorité et son prestige.
Ce qui, à notre avis, démontre la clairvoyance de
son esprit, c'est qu'il comprit que ses facultés naturelles, si brillantes qu'elles fussent, et tous les moyens purement humains ne lui suffiraient pas pour remplir sa difficile mission.
Il lui fallait l’aide du ciel. Aussi, ses amis les plus intimes apprirent-ils discrètement, dans le secret de confidences habilement ménagées et espacées. que Mahomet avait des communications avec les anges et qu'il se croyait envoyé de Dieu.
Peu à peu il s’entoura de mystère. Il fit le silence et la solitude autour de lui. Il se retira dans une caverne du mont Hira pour se livrer plus complètement à la prière et à la méditation.
Voulut-il en cela suivre l'exemple de Moïse, du prophète Elie et de Jésus dont il connaissait parfaitement l'histoire? Rien n'est plus vraisemblable. Et quand il descendit du mont Hira pour revenir à la Mecque, il était résolu à commencer sa mission.
Il fit part à sa femme, à ses plus proches parents, à ses meilleurs amis, de ses extases et de ses révélations. L'ange Gabriel lui était apparu et il avait écrit dans son cœur le livre qui allait enseigner au monde toute la vérité. Une religion nouvelle allait être établie sur ce dogme fondamental : « Il n’y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mohamed est son prophète. »
11 rejetait le dogme chrétien d'un Dieu en trois personnes.
Il niait la divinité de Jésus-Christ, tout en le reconnaissant comme l’un de ses prédécesseurs, et i! se posait comme le plus grand et le dernier des prophètes.
Ses premiers confidents, séduits par la supériorité
d'esprit qu'ils lui reconnaissaient, et attirés sans doute par l'avenir glorieux que leur promettait l'établissement d’un nouveau royaume, devinrent ses disciples et ses prosélytes dévoués.
Mais ses succès, en dehors de son cercle de familiers, furent lenis; et quand il osa s'attaquer ouvertement au culte des idoles, il souleva contre lui-même les Koréischites qui étaient les maîtres à la Mecque.
Ce fut la cause de sa première hégire, ou fuite. Pendant trois ans, il se tint éloigné de la Mecque, mais sans renoncer à ses projets ni à ses prédications, imitant encore en cela Jésus qui, chassé d’une ville. s’en allait dans une autre prêcher la Loi nouvelle.
À Yatreb, il trouva une terre bien préparée à rece-voir la semence de la nouvelle doctrine. Les Yatrébites
étaient jaloux des Koréïschites qui monopolisaient le commerce et accaparaient les caravanes de pèlerins.
Mahomet y reçut une hospitalité généreuse et ses prédications y rencontrèrent un accueil des plus enthousiastes.
A l'endroit même de la ville où s'était arrêtée la chamelle qui le portait à son entrée, il érigea une mosquée. Peu à peu, il organisa le culte d’Islar:, dont les principales pratiques étaient de prier cinq fois le jour, le visage tourné vers la Mecque, de sanctifier le vendredi, de jeûner pendant le mois de ramadan et de payer la dime pour les pauvres.
Il gagna au culte nouveau les poètes arabes qui faisaient alors autorité parmi les peuples d'Orient. Il enrôla sous ses drapeaux les chefs des tribus voisines et groupa les forces dispersées de l'Arabie.
Pour arriver à la conquête de la Mecque et du sanctuaire de la Kaaba, il commença par ruiner le trafic des Koréischites, en faisant attaquer les caravunes par ses partisans et en s’emparant de leurs richesses,
Il ne prêcha pas encore la polygamie, mais il la pratiqua.
Grâce à ses nombreux mariages, qu'il contractait toujours à la suite de quelque prétendue révélation du ciel, il agrandit son influence et accrut sa fortune.
On se groupa autour de lui. On reconnut qu'il était
un chef habile et puissant, l'homme de la destinée favorisé par le ciel et l'on crut à sa mission d’Envoyé de Dieu.
. De temps en temps, après des éclipses mystérieuses et des crises de catalepsie qu'on prenait pour des extases, il publiait des révélations tirées de ce livre que l’ange Gabriel écrivait dans son cœur et qui allait devenir le Coran.
Naturellement, elles étaient toujours appropriées aux circonstances, tantôt pour le tirer d’embarras et justifier des actes qui prêtaient à la critique, surtout ses mariages, tantôt pour activer le prosélytisme de ses disciples et hâter l'établissement du culte d’Allab le Dieu unique dont il était le prophète.
Pour arriver à ce triomphe, le brigandage, les attaques contre les caravanes, les tueries, la guerre implacable, étaient dignes d’une récompense éternelle dès que les victimes étaient des idolâtres.
« Les portes du paradis sont à l'ombre des épées, proclamait-il.
» Le glaive est la clef du ciel; une nuit sous les armes vaut deux longs mois de prières.
» Celui qui meurt dans la bataille pour la cause de Dieu lave dans son sn toutes les taches de ses péchés.
» Son corps ne #1 14 Invi corime les autres cadavres, parce qu'au jour du jugemen ses blessures répandront un parfum d'ambre et de muse...
Ces paroles, qu'on croyait decendues du ciel, allumaient dans le cœur de ses disciples ce fanatisme religieux et cette soif de con 1ête qui ont fait le triomphe et la puissance d'’Islam. Croi: ou meurs » devint son cri de guerre.
Les hostilités contre la Mecque se prolongèrent pendant quatre années, après lesquelles les Koréischites proposèrent aux Musulmans une trêve de dix ans.
Mahomet l'accepta, et il en profita pour aller à la Mecque faire ses dévotions, et peut-être aussi pour se rendre compte des forces de ses ennemis.
Ce qui est certain, c’est que, dès l’année suivante, en 630, il reparut aux portes de la Mecque à la tête de dix mille hommes.
Pris par surprise, les Koréischites sont massacrés Les principaux citoyens de la ville font de vaines protestations. Les guerriers du prophète meitent à mort tous ceux qui tentent de résister.
Maître de la ville, Mahomet court à la Kaaba, s’en fait livrer les clefs, vénère la pierre noire avec les plus édifiantes cérémonies et fait abattre les trois cent soixante idoles qui remplissaient le temple.
« La vérité paraît, s’écrie-t-il, il faut que le mensonge disparaisse. »
Toujours solennel dans ses attitudes, le prophète se
retire sur la colline de Safa, et la foule est invitée à s’y rendre pour lui jurer foi et hommage.
En moins de quinze jours, toute la population de la .Mecque et des pays environnants avait reconnu l’autorité religieuse et civile du vainqueur.
Pendant les deux années qui suivent, il marche de triomphe en triomphe. Les chefs bédouins des alentours, les villes et les villages de l’Arabie indépendante, les tribus du Midi et du Nord, du Levant et du Couchant, entrent dans le mouvement populaire, et secouant le joug de leurs maîtres respectifs, ils se soumettent à l'autorité du nouveau Prophète-Roi.
Pour célébrer l’accomplissement de ces grands événements, qui semblaient être ia confirmation de sa mission divine, Mahomet orgar:::: un grand pèlerinage national à la Mecque.
Il y vient suivi de cent mille fidèles; et, après toutes les cérémonies d'usage autour de la Kaaba, il prononce une allocution restée célèbre.
Jamais son langage n'avait été plus élevé, plus éloquent et plus pathétique.
Avait-il le pressentiment de sa mort prochaine, et ce discours était-il son testament de prophète et de roi? On l’a pensé, et ses dernières paroles le font croire. Car, après leur avoir recommandé avec instance la justice, l’humanité, la bienveillance et la fraternité entre tous les musulmans, il leur dit : « Je vous laisse une loi qui vous préservera de l'erreur, une loi claire et positive, un livre envoyé d'en haut. » Puis il s'écria: « O mon Dieu! ai-je rempli ma mission? » Et le peuple répondit : « Oui, tu l’as remplie. »
Effectivement, sa mission était finie. Il avait fondé
une religion et un royaume dont les siècles passés ont connu la puissance, et dont nous ne pouvons pas encore mesurer exactement la durée.
Quelques jours après, en mai 632, le prophète fut frappé de la maladie dont il allait mourir. Il reparut encore à la mosquée cependant, et adressa des paroles d'adieu à son peuple : « Dieu, dit-il, a donné à son serviteur le choix entre le monde et le ciel, et le serviteur a choisi le ciel. »
Il mourut le 8 juin 632, dans des sentiments que des historiens arabes nous représentent comme dignes d’un prophète et d’un saint.
Telle fut, en résumé, la vie de cet homme. Sans doute, elle n'offre rien de merveilleux. Elle est même moins extraordinaire que celle de plusieurs grands hommes. Mais elle suffit tout de même à prouver que Mahomet fut un homme de génie, un législateur et un fondateur de religion et d’empire. En même temps, il s’en dégage un grave problème historique et religieux qui s’impose à nos méditations.
Faut-il voir quelques éléments surnaturels dans l'établissement, les développements et la durée de l’Islamisme? Mahomet a-t-il été seulement un grand homme? Ou bien a-t-il été, comme il l’a prétendu, le prophète d’Allah, un Envoyé de Dieu? En d’autres termes, faut-il voir dans l'établissement de son empire une assistance spéciale du ciel, dans le Coran un livre inspiré et dans son culte une institution divine?
Voilà le problème que nous allons étudier.
Et, tout d’abord, je pose ce principe qui me semble incontestable : Quand un homme vient dire à ses semblables : « Je suis envoyé par Dieu; j'ai une mission divine à remplir; Dieu m'inspire et me parle; ses anges conversent avec moi et me révèlent ce que je vous enseigne ; croyez À ma parole, elle est la parole de Dieu », ses semblables ont le droit de lui répondre : Prouvez-nous cela par des miracles. Ajouter foi aux paroles de cet iomme, sans autre preuve que son ipse dixit, serait insensé.
Je comprends très bien qu'une parole éloquente puisse prouver le génie, et qu'une série de victoires révèle un homme de guerre. Mais si vous prétendez avoir des dons surnaturels, j'ai le droit d'exiger, avant d'y croire, que vous me les manifestiez par des actes surnaturels.
Toutes les œuvres humaines, quelque grandes et étonnantes qu’elles soient, ne prouvent que l’homme Pour prouver Dieu, il faut des œuvres divines.
C'est pour cela que Jésus-Christ, dont la sublimité de parole a surpassé toute l'éloquence humaine, disait lui-même aux Juifs : « Si Yous ne croyez pas à ma parole, croyez à mes œuvres. » Et certes, c'est bien vraiment à ses œuvies, plutôt qu'à sa parole, que le monde civilisé a cru s
Quand donc Mahomet se présente à nous comme un intermédiaire autorisé entre l'homme et Dieu, comme un verbe divin chargé de nous enseigner, nous avons le droit de lui dire : « Où sont vos miracles? Où sont, parmi vos œuvres, celles que les hommes ne
peuvent pas faire? Quels actes avez-vous accomplis, que les lois de la nature physique ne puissent pas expliquer? »
A cet interrogatoire, le prophète d’Islam répond lui-même avec franchise qu'il ne fait pas de miracles; mais pour que cet aveu n'empêche pas ses partisans de croire à la divinité de sa mission, il leur dit : « Moïse et Jésus ont fait des miracles, mais comme leurs miracles n'ont pas convaincu le monde, moi, le dernier des prophètes, j'ai été envoyé avec l'épée. » Et il leur recommande de n’entrer dans aucune discussion, mais de tuer tous ceux qui refusent obéissance à la loi.
Donc Mahomet n'a pas été ni prétendu être un thaumaturge; et la démonstration par le surnaturel, de sa divine mission lui fait complètement défaut.
On dira peut-être : mais ses révélations, ses extases, ses conversations avec l'ange Gabriel, ne sont-elles pas miraculeuses? Evidemment, si elles sont vraies. Mais voilà précisément ce qu'il faudrait démontrer, autrement que par l’ipse dixit de l’homme. Où sont ses témoins? Il n’en a pas.
La seule preuve admissible serait des faits miraculeux bien constatés Or, on n’en rapporte aucun. Et Mahomet lui-même ne cite personne de son entourage qui ait vu ou entendu son ange Gabriel.
La foi mulsumane est donc sans fondement sous ce rapport. Peut-elle au moins s'appuyer sur la sainteté du personnage? Mahomet est-il un témoin d’une vie tellement irréprochable qu'on ne puisse aucunement suspecter sa véracité, surtout quand son avenir et sa
puissance dépendent de son témoignage? Voyons quelles ont été ses mœurs.
Sans doute, la conduite morale des grands hommes peut être déplorable sans nous autoriser à nier leur génie ou leurs actions d'éclat. Les brillantes facultés de l'artiste et les grandes découvertes du savant ne sont pas des garanties de vertu et n’empêchent pas leur vie privée d’être parfois scandaleuse. Mais cela ne nous empêche pas de reconnaître ce qu'il y a de beau dans leurs œuvres.
Il n’en est pas ainsi du fondateur de religion, de celui qui se dix envoyé de Dieu pour enseigner aux hommes la vérité et la vertu.
Pour que nous croyions que Dieu l’inspire et lui révèle ses desseins par le ministère des anges, il faut que sa vie soit pure et sainte. S
Voyons donc quelle fut la moralité du prophète d'Islam.
La sensualité paraît avoir été sa passion dominante, et comme il l’avouait lui-même, deux choses le ravissaient : les femmes et les parfums. Or, il ne paraît pas avoir jamais combattu cette passion. Au contraire, il y cédait avec un sans-gêne qui trahit l'absence de pudeur; et quand ses mariages multipliés scandalisaient ses partisans, il les faisait approuver par l'ange Gabriel
Un jour il s’enflamma soudainement pour la femme de son esclave Zeid; et celui-ci se dévoua au bonheur de son maîtie en divorçant, afin de lui permettre d'épouser sa femme. Mais il continua de vivre près de lui et de le servir fidèlement.
Mahomet l’adopta même comme son fils et, pour
” calmer les scrupules de ses amis, il leur déclara qu'il avañt agi ainsi sur l’ordre spécial de Dieu.
De temps en temps, il savait choisir ses femmes parmi celles qui pouvaient lui donner de la fortune et de l'influence. C’est ainsi qu'il épousa Kadisha, une veuve riche, qui avait de grands troupeaux et-un commerce étendu. Ce mariage lui donna tout de suite une position considérable et de puissants moyens d'action.
Les historiens se nomment pas toutes les femmes de Mahomet et n'en mentionnent pas même le nombre.
Les plus connues sont : Aïescha, fille d’Abou-Bekre; Hend, d’une beauté remarquable et dont la famille avait une grande influence; Réhana, la plus belle femme de la tribu juive des Beni-Korafda, que Mahomet épousa après avoir massacré tous les hommes de cette tribu, confisqué ses biens et réduit les ‘emmes en esclavage; Hafsa, fille d'Omar, très belle aussi, et qui apportait au service du prophète la vailiante épée àc son père; Safiza, reine de Kaïbar, dont #ahomet avait fait mettre l'époux à mort après avoir pris et pillé sa ville; Maïmuna, qui ralliait à sa cause deux chefs habiles, le poète Amrou et le terrible Khaled, qui allaient devenir les plus puissants apôtres de l’Islamisme; Marizah, jeune esclave copte qui occasionna bien des scènes de jalousie dans le harem parmi les femmes dites légitimes du prophète, et qui ne prit rang parmi celles-ci qu'après plusieurs prétendues révélations du ciel autorisant le mariage.
C'est cette dernière qui fut la mère d’Ibrahim, le fils unique du prophète,
Enfin, on calcule que Mahomet avait environ quinze ‘ femmes dites légitimes, dont plusieurs le devinrent dans des circonstances plus ou moins scandaleuses, sans compter :°s femmes esclaves.
Mais le livre tombé du ciel, le Coran, justifiait ces mœurs du grand homme dans les termes suivants :
« © prophète! il t'est permis d’épouser les femmes que tu auras dotées, les captives que Dieu a fait tomber entre tes mains, les filles de tes oncles et de tes tantes qui ont pris la fuite avec toi, et toute femme fidèle qui aurait donné son âme au prophète, si le prophète veut l’épcuser. C’est une prérogative que nous t’accordons sur les autres croyants.
» Nous savons ce que nous vous avons prescrit au sujet de vos épouses et de vos esclaves, afin qu'il n’y ait là aucun péché de ta part. Dieu est indulgent et miséricordieux.
» Tu peux donner de l'espoir à celle que tu voudras, et recevoir dans ta couche celle que tu désires de nouveau, après l'avoir négligée. Tu ne seras pas coupable en agissant ainsi. Il sera ainsi plus facile de les consoler. » C'est le Coran qui parle ainsi.
Evidemment, pour prêter un pareil langage à Dieu, Mahomet a dû compter que la crédulité de ses parti sans était sans bornes. Furent-ils vraiment assez naïfs et ignorants, ou assez fanatisés pour croire à ces révélations du ciel? C'est difficile à croire.
Mais s’il se rencontrait aujourd’hui un libertin quelconque qui oserait ainsi faire approuver ses débauches par la Divinit$. tout le monde dirait : c’est un scélérat doublé d’un fou
Nous avons droit d'en conclure que Mahomet manque aussi bien de sainteté que du don des miracles.
Donc la preuve de sa mission divine consiste dans sa seule affirmation, c'est-à-dire qu'elle n'a aucun fondement quelconque.
Mais on peut encore se demander si les succès immenses et séculaires de l’Islamisme n'en démontrent pas le caractère surnaturel.
C'est en effet la seule démonstration qu'il puisse encore tenter. Mais, en posant la question sur ce terrain, ii ne faut pas oublier d’abord que l’Islamisme n'est pas seulement une religion, mais un empire. Il n'y a pas là deux sociétés distinctes, mais une seule; et la religion musulmane ne s’est établie et maintenue que par l'Etat, qui a été sa force d'expansion et de conservation.
Les deux sociétés, civile et religieuse, sont nées ensemble; elles ont grandi et se sont perpétuées ensemble; mais il n’est pas douteux que c'est la puissance des Sultans qui a maintenu la religion du prophète.
C'est la Kaaba, c’est-à-dire la citadelle. qui a préservé la mosquée. C’est le sabre qui a sauvé le Coran
L'établissement et la durée de l’Islamisme ne sont donc pas un +igument d’un grand poids pour établir qu'il est une œuvre divine. D'ailleurs, où sait qu'aujourd’hui l'empire de Mahomet tombe en ruine, qu'il se disloque et qu'il disparaîtra, quand les peuples civi-
lisés pourront s'entendre sur le partage à faire des territoires qui lui restent.
Ceperdant ces observations ne sont que préliminaires, et ncu" voulons étudier de plus près le problème de l'éto:s:ement et des développements de l’Islamisme
Serait-ce à l'excellence de la religion nouvelle établie par le prophète, qu'il faudrait attribuer ses succès ?
Mais d'abord, elle n'était guère nouvelle; et tout ce qu'il y a de vrai et de beau dans le Coran était déjà contenu dans nos Saintes Ecritures.
Mahomet enseignait un Dieu unique, vivant et éternel, créateur, conservateur et maître de toutes choses. Tout le monde civilisé y croyait depuis des siècles. Il croyait à l'existence des anges, messagers de Dieu et gardiens des hummes, et à celle des Esprits mauvais, dont Satan est le chef. C'était la croyance chrétienne. Il enseignait que Dieu s'était révélé aux hommes bien des fois, et leur avait donné, par l'intermédiaire des prophètes, un grand nombre de Livres sacrés contenant sa divine loi. Il admirait tout particulièrement le Pentateuque, les Psaumes de David et l'Evangile.
Il connaissait et racontait l’histoire des patriarches et des prophètes, et il prétendait se mettre à leur suite pour perfectionner et développer leur œuvre.
Il admettait l'enseignement chrétien sur la vie future, c'est-à-dire l’immortalité de l'âme, la résurrection de la chair, le paradis, le purgatoire et l'enfer. Comme on le voit, les dogmes principaux du symbole musulman étaient une reproduction presque fidèle du symbole chrétien.
Aussi n'était-ce Pas aux Juifs ni aux chrétiens qu'il déclarait la guerre, mais aux païens et aux idolâtres. Le sat religieux de sa Campagne contre la Mecque était la suppression de l'idolâtrie et la destruction des trois cent soixante idoles qui remplissaient le temple de la Kaaba.
Le monothéisme était le dogme fondamental, et Pour ainsi dire unique, sur lequel était basée la religion; mais cette religion selon: Mahomet était perfectible; et son Perfectionnement était l'œuvre du temps et des Envoyés extraordinaires de Dieu. L'Evangile était un progrès sur la loi de Moïse, et le Coran devait être un progrès sur l'Evangile.
Moïse dominait Abraham. Jésus éclipsait Moïse et
Mahomet était Hlus grand qu'eux tous. Mais Allah était seul Dieu.
Quant au culte, il était tout extérieur et il ne génait guère la conduite morale. Les Pratiques religieuses étaient simples et faciles : la prière, le jeûne pendant