A MON FILS
C'est à toi. mon enfant, que je dédie ce livre.
T1 n’est qu’une feuille de plus, ajoutée aux milliers de volumes que l'esprit humain a consacrés à l'étude des problème. redoutables de cette vie; et cependant j'ai l'espoir qu'il pourra être utile à ceux qui cherchent de bonne foi le bon chemin, dans le grand voyage de ce monde à l’autre.
Je l'ai conçu chez toi, dans cette solitude pleine de grandeur et de paix que tu habites, au pied des Montagnes Rocheuses, au milieu des monotones rêveries de la vie pastorale, et il te fournira d’inépuisables sujets de méditation, dans ton p:rpétuel tête-à-tête avec la grande Nature. Il me semble que tu le comprendras mieux dans cette vie des champs que tu as choisie, sous le grand ciel que les hautes murailles, les cheminées et la fumée des villes ne t’empéchent jamais de contempler.
Il me semble que c’est la vie la plus heureuse
en ce monde, indépendante des exigences s0ciales, des conventions d'étiquette, et des mille servilités que subissent les habitants des villes, la vie calme du travail libre, rétribué par ce qu'il produit, exempt des fluctuations de la Bourse et des crises commerciales.
Mais, quels que soient les avantages de cette existence, elle a ses ombres comme les autres; et les bonheurs de la terre ne sont pour toi, comme pour les autres, que des passants. des voyageurs pressés de s’en aller, et qui ne font guère en ce monde que des visites de cérémonie.
Et puis, pour toi, comme pour les autres, un
jour viendra où cette vie, mêlée de tristesses et de sourires, touchera à sa fin, et où il faudra te préparer pour le dernier voyage, qui commence à la mort et dont le terme n’est pas sans mystère.
Ce voyage, je l'aurai fait avant toi, et tu sentiras le besoin de m'interroger.
Ce livre, que tu auras lu et médité, j'espère, tu le reliras alors dans la solitude du foyer, le soir, après avoir contemplé les étoiles, et tu te diras : « C’est mon père qui me parle; c'est sa voix que j'entends, et qui revient de l’autre monde m'indiquer la route à suivre pour aller jusqu’à lui! »