SES TÉMOINS
Jésus n’a pas écrit, mais il a parlé et agi.
De nombreux témoins l'ont entendu et vu agir. Ils ont raconté ce qu'ils ont vu. Ils ont répété, propagé, répandu par la parole publique ce qu'ils ont entendu.
Leurs récits sont devenus notoires, umiversellement connus. Mais dira-t-on : verbe volant! Quelques-uns des heureux auditeurs ont-ils noé, écrit, perpétué par le
manuscrit, les faits dont ils avaient été témoins, les discours qu'ils avaient entendus, les récits qu'ils avaient faits eux-mêmes?
Oui, et le besoin de leurs écrits s'est fait sentir, dès que Jésus-Christ eut quitté la terre.
Aussi la tradition universelle de l'Eglise qu'il a fondée fait-elle remonter aux années qui ont suivi sa mort, c'est-à-dire de l'an 33 à l'an 4o le premier de ces récits, écrit dans le dialecte araméen par saint Matthieu, l'un de ses disciples.
Quelques années après vint celui de saint Marc. disciple de saint Pierre, et qui l’accompagna dans rutes ses missions ccmme secrétaire. Son évangile fut en quelque sorte dicté par saint Pierre.
Saint Luc, disciple de saint Paul, vint ensuite compléter les récits évangéliques. Son évangile contient des faits nouvesux, témoignant surtout de la miséri corde de Jésus, et démontrant que le Messie n'est pas venu sur la terre pour la glorification des Juifs, mais pour le salut de tous les peuples. On reconnaît en lui le disciple de celui qu’on a appelé l’apôtre des Gentils.
Saint Matthieu s'adresse surtout aux Juifs, saint Marc écrit principalement pour les Romains saint Luc pour les Grecs et toute la gentilité.
On croit que l’évangile de saint Luc fut écrit avant l'année 64. Mais bientôt surgirent de faux savants. Il en est dans tous les siècles qui prétendent toujours réformer, corriger, en introduisant dans l’enseignement de nouveaux systèmes, qui n'ont de fondement que dans leur orgueil individuel.
C'est ainsi que l’on vit les Ebionites nier la divinité
de Jésus-Christ, et les Docètes contester non pas son existence, mais son humanité réelle. Pour combattre ces erreurs, Jear, le dernier témoin vivant du Christ, celui qui avait vécu dans son intimité et connu à fond sa doctrine, crut devoir écrire le quatrième évangile.'
C'est pourquoi cet évangéliste s'applique spécialement à bien faire connaître la nature vraie de Jésus et sa mission. Nul n’avait mieux connu les pensées du Maître et gravé plus profondément dans son cœur le souvenir de ses actes et de ses enseignements.
Aussi son récit contient-il un exposé doctrinal plus complet. Depuis des siècles tous les penseurs ont admiré ce début majestueux : « In principio erat Verbum... Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu... »
Mais saint Luc n’a pas écrit seulement son Evangile; il est aussi l’auteur des Actes des Apôtres. Il est contemporain des faits qu'il raconte. Il est le compa gnon de saint Paul; et les admirables épîtres de ce dernier forment avec les Actes des Apôtres comme un cinquième évangile qui corrobore les quatre autres.
Dès le premier siècle donc, tout le « Nouveau Testament » fut écrit et répandu parmi les fidèles. Des témoignages l’attestent, ainsi que la tradition et l’enseignement de l'Eglise. La vraie science n’en conteste pius l’authenticité.
Le trait caractéristique de ce livre merveilleux est
- d’être uniquement l’œuvre de témoins, racontant ce qu'ils ont vu et entendu. Ils n’argumentent pas, ils ne s’érigent pas en docteurs, démontrant par une série de raisonnements des thèses philosophiques ou un sys-
tème de religion. Ils ne se donnent pas eux-mêmes comme les auteurs des doctrines qu'ils exposent. Ils racontent des faits et rapportent des paroles, avec un calme qui a lieu de nous étonner.
La diversité à peine sensible de leurs récits s'explique assez par le fait qu'ils s'adressent à des lecteurs différents et vivant dans des milieux divers.
Tous les savants ont leurs systèmes: mais les évangélistes ne sont pas des savants, ils sont des témoins. Ils rendent simplement témoignage, comme Jésus leur a, dit de le faire, des événements auxquels ils ont assisté et de l’enseignement qu'ils ont reçu. La forme a des variantes parce qu’elle est humaine mais le fond est le même parce qu'il est divin. Ils tiennent la plume, mäis c’est l'Esprit de Dieu qui parle en eux.
Voilà ce qui explique la beauté, le charme, l'attrait irrésistible et l’éternelle jeunesse de cette histoire merveilleuse, racontée par des hommes simples et sans culture intellectuelle. Voilà ce qui explique comment cette histoire est encore vivante, plus vivante que jamais; et l’on peut dire même que ses auteurs vivent encore; car ils ont toujours eu des successeurs chargés de les interpréter.
Dans nos tribunaux, un seul témoin fait preuve; mais quand plusieurs témoins affirment les mêmes faits, la preuve est plus forte. Ici, ils sont plusieurs. Ils s'accordent parfaitement sur le fond. Mais leurs témoignages ont des variétés caractéristiques qui les empêchent de se confondre en un seul. Les critiques font de vains efforts pour établir des contradictions entre saint Jean et les trois autres évangélistes. On appelle les trois premiers synoptiques, à cause de leur
De l'Homme à Dieu. u
grande similitude, tandis que saint Jean en diffère sans les contredire. Mais, en réalité, il y a, entre les quatre, harmonie et unité. Saint Jean complète les autres, comble certaines lacunes, précise certains détails chronologiques et topographiques ; et surtout il nous révèle davantage la conscience intime de Jésus, qu'il semble avoir mieux connue que les autres apôtres.
Ces témoins ont une autorité incontestable. Car ils ont attesté la vérité de leurs récits par leur vie et par leur mort. Et de nombreux écrits sont venus successivement corroborer leur témoignage.
Enfin, à côté de ceux qui ont écrit, des centaines et des milliers de témoins. qui n'ont pas écrit, sont morts pour aftester la vérité de ce qu'ils avaient appris.
La tradition la plus inébranlable — parce qu’elle n’était pas appuyée sur des intérêts humains ni sur des passions — s’est ainsi transmise d'âge en âge, de milliers de témoins oculaires à des milliers de témoins auriculaires, et de ces milliers à d’autres. Il n’y a. pas un fait historique qui soit revêtu d’un pareil témoignage. Car les témoins sont innombrables; ils appartiennent à toutes les nations, à toutes les classes; ils sacrifient les biens de ce monde pour soutenir leur témoignage et ils le signent enfin de leur sang. Ce n'est pas tout encore.
Les enremis mêmes de Jésus ont pris soin de prouver sa vie, en le combattant, en persécutant ses dis-
ciples, en faisant une guerre à mort à l'établissement de son culte, qui grandissait malgré eux, avec une rapidité qui est le plus grand des miracles!
Juifs et païens se sont coalisés dans cette lutte terrible. Hérétiques et incrédules ont répandu des flots d'encre et des flots de sang pour détourner les hommes du culte de ce Nazaréen dont ils niaient la divinité, mais dont ils ne pouvaient nier l'existence, ni la vie, ui les œuvres.
Le Talmud fut commencé dès les premières années du deuxième siècle dans le but d’altérer, de défigurér les prophéties, afin que les Juifs n'acceptassent pas Jésus-Christ pour le Messie. Et c’est vers la même époque, ou à peu près, que Celse combattait la divinité de Jésus, en attestant qu'il était né dans un village de
Judée, d’une pauvre femme qui gagnait sa vie en filant, et mariée à un ouvrier.
Dès le deuxième siècle encore, selon saint Justin et saint Epiphane, et Eusèbe, et Origène, Bethléem était devenu un lieu de pèlerinage qui attirait de grandes multitudes désireuses de contempler le lieu natal de Jésus, à tel point que l’empereur Adrien y fit dresser des statues en l'honneur de Vénus et d’Adonis pour en détourner les chrétiens.
Après tout cela, on ne peut pas plus douter de la vie terrestre de Jésus-Christ et de ses œuvres, qu'on ne - peut douter de l'existence du soleil. Aussi, n'est-ce pas à la qualité ni au poids des témoignages que la plupart des incrédules font objection.
C'est au caractère miraculeux des faits, Les témoins sont véridiques, disent-ils, mais les faits qu'ils attes-
tent étant des miracles, nous ne pouvons pas les admettre. Singulière conclusion. Il est absurde de rejeter un fait parce qu'on ne peut l'expliquer. Si donc le fait est prouvé, il faut en conclure qu'il est surnaturel, voilà tout; et alors il prouve l'intervention divine.