‹ De l'homme à Dieu [microforme]Chapitre 34 sur 54 · LA PAROLE ET L'ENSEIGNEMENT DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

LA PAROLE ET L'ENSEIGNEMENT DE JÉSUS-CHRIST

Le rapport des discours de Jésus dans les Evangiles est sans doute incomplet, tellement incomplet que saint Jean termine son récit en disant que si toutes les choses que fit Jésus étaient rapportées en détail. le roonde pourrait à peine contenir les livres qui les ra conteraient.

Et cependant, quand on lit ces fragments que les Evangélistes ont retenus et nous ont transmis. il est impossible de ne pas être envahi par l'admiration et l’étonnement,et l’on ne peut s'empêcher de s'écrier comme les Juifs : personne n’a jamais parlé comme cet homme.

C'est une éloquence simple et large, qui coule de source, sans aucun effort, qui est intelligible pour le peuple, sublime pour les savants, mystérieuse pour les sceptiques, dure et sarcastique pour les Pharisiens.

Le style est naturel et clair, mais en même temps imagé et poétique dans le goût oriental

Mais ce n’est pas seulement l'orateur q: ? les Juifs admiraient, quand ils disaient que personne n'avait jamais parlé comme lui; c’est le docteur, dont l’ensei-

gnement était sans précédent et se distinguait de tous ceux que le monde avait connus jusque-là.

En effet, le caractère distinctif de sa parole était d'appuyer son autorité sur lui-même, tandis que l'orateur purement humain est toujours forcé d'invoquer une autre autorité que la sienne propre.

Quelque grands qu'ils aient été jamais Démosthène, Cicéron, Bossuet, Berryer, Lacordaire n’ont invoqué leur propre autorité. Ils invoquaient le droit, la justice, la religion, la croyance des peuples, le témoignage des grands hommes, la vérité éternelle dans toutes ses manifestations terrestres.

Hors de là, leur parole n'aurait eu aucune autorité quelconque.

Mais Jésus-Christ parle tout différemment. Il ne dit pas à ses auditeurs : Croyez ce que je vous dis parce que tous les grands hommes, les sages, les génies qui sont venus avant moi ont parlé comme moi. Il ne leur dit pas : le génie humain et la science humaine parlent par ma bouche. Il ne leur dit pas et il ne pouvait pas leur dire : Je suis le dépositaire de l'autorité du peuple, l’héritier de la souveraineté d'Etat; c’est au nom de César que je parle, et conséquemment mes paroles sont pour vous des lois.

Non, ce n’est pas ainsi qu'il enseigne. Il n’invoque ni l’autorité publique, ni la science, ni la philosophie, ni la raison humaine, ni même la croyance universelle des peuples.

Il farle comme jamais homme n'avait parlé avant lui et comme jamais homme ne parlera après lui : II

parle en son nom, Il invoque sa propre autorité. Il

sait de lui-même ce qu'il enseigne, sans l'avoir appris d'aucune école. Il ne se dit pas inspiré, comme les Prophètes. I1 dit : Dieu est mon Père, et mon Père et moi nous ne faisons qu'un.

Il ne se contente même pas de parler en son propre nom, de s'appuyer sur sa propre autorité et de dire à ceux qui vont l'entendre : ceci est vrai, ceci est juste, il prononce des paroles que le monde n'avait jamais entendues. Le monde demandait la lumière, la vérité, la vie! Et Jésus lui répondait : Je suis la Lumière, la Vérité et la Vie! Imaginez le fou rire du monde civilisé d'alors, si Démosthène ou Cicéron avait osé parler ainsi : « Je suis la Vérité, je suis la Justice, je suis la Lumière, je suis la Voie, je suis la Vie! » Les autres bommes parlent de leurs principes, mais Jésus dit : « Je suis le Principe! Je suis le Fils de Dieu, ei moi et mon Fère nous ne faisons qu'un! »

‘Et ces discours, il ne les adresse pas seulement, comme font tous les orateurs humains, à ses amis, à ses partisans, à son peuple, à son pays; il les adresse à l'humanité et à toute la terre! Sa doctrine ne répond pas au besoin dv lieu et de l’époque dans lesquels il vit; elle répond aux besoins de tous les hommes, de tous les temps et de tous les lieux!

Parler ainsi, et être cru. moins par ses contemporains que par les siècles futurs, moins par ses compatriotes que par les autres peuples les plus civilisés, c’est donner la preuve la plus éclatante de la divinité de sa parole.

Le monde avait tous les motifs possibles de ne pas croire, et cependant il a cru. j

Il a cru contre son intérêt, contre son plaisir, contre sa nature. Il a cru sans entendre et sans voir Il a cru parce qu'il a été subjugué par une puissance divine, dont il ne s’est guère rendu compte, mais dont il a senti le caractère surnaturel.

La parole de Jésus-Christ est donc absolument différente de celle de l’homme. Elle a son caractère propre, original, personnel et transcendant. Elle n'appartient pas à son pays, ni à son peuple. Elle est l'héritage e l'humanité tout entière à laquelle elle s'adresse.

Mais qu’enseigne-t-elle cette parole? Est-ce enfin la vérité qu’elle apporte au monde, cette vérité dont Pilate eut le malheur de douter? Que va-t-elle dire de sa propre valeur? Quel témoignage Jésus-Christ va-til rendre de lui-même, et quel poids aura ce témoignage? Va-t-il lui-même se proclamer Dieu? Et, s’il le fait faudra-t-il le croire?

Faisons une ; *mière hypothèse et supposons qu'il n'était qu'un homme. Quel intérêt aurait-il eu à se proclamer Dieu?

Aucun, il me semble. Au contraire, son intérêt personnel était de dire aux Juifs : Je suis un prophète, fils de David et roi comme lui. C’est votre Dieu, Jéhovah, qui m'envoie vers vous; et les prodiges que j'accomplis en sont la preuve. Ma mission est de vous délivrer de la domination étrangère et de régner sur vous.

S'il eût parlé ainsi, tout le monde l'aurait proclamé roi. Sans doute, il eût risqué sa vie. Mais de quelle puissance et de quels honneurs n'eût-il pas été entouré pendant sa lutte contre Rome? Et comment ne pas croire qu’un homme qui avait reçu le pouvoir de commander à la nature, qui calmait la mer, qui multipliait les pains, qui guérissait toutes les maladies et qui ressuscitait les morts n'aurait pas été vainqueur dans cette lutte?

Ou bien encore il eût préféré se donner uniquement comme prophète et se faire vénérer, aimer, entourer, combler de biens et de faveurs.

Mais en disant qu'il était Dieu, s’il ne l'était pas, il encuurait le mépris et la haine de tous ses concitoyens; ses meilleurs amis qui l’avaient connu dès l'enfance, ses cou:ins, ses oncles se tournaient contre lui. Ils le déclaraient fou, perdu par l’orgueil et impie. Il commettait le blasphème qui, selon la loi de Moïse, était punissabls Ue mort. ;

Comment croire qu’un homme intelligent (et il faut bien reconnaître au moins qu'il était un génie), ayant l'ambition d'arriver à la considération, à la popularité, . à la gloire et aux biens de ce monde, eût ainsi tout sacrifié, et risqué même sa vie, pour la sotte vanité de se proclamer lui-même un Dieu? Ce serait une aberration étrange

Admettons qu'il risquait sa vie dans les deux hypothèses, soit en se proclamant Dieu, soit en aspirant au trône, Mais le trône lui aurait donné la puissance, les. honneurs, la fortune, tandis que le titre de Dieu re pouvait lui apporter eucun de ces biens tant re-

cherchés par les ambitieux. Nous savons par les Evangiles, et il le savait encore mieux que nous que ses prétentions à la divinité étaient très mal accueillies Ses plus proches parents l’abandonnaient et se por- ‘taient témoins contre lui en disant qu'il était le fils de Marie et de Joseph, qu'ils avaient connus dès l’enfance La classe instruite, le sacerdoce, la classe gouvernementale et administrative, c'est-à-dire toutes les classes dirigeantes et riches se tournaient contre lui parce qu'elles ne pouvaient pas se persuader que le fils d’un charpentier qui, pendant trente ans, avait vécu à Nazareth, ville ignorée du monde civilisé, exerçant lui-même le métier de charpentier, pût être le Fils de Dieu! Ce n'était pas possible. Le peuple, élément mobile et inconstant, devait naturellement suivre les classes dirigeantes, et même aller plus loin, suivant l'expérience des siècles. On sait jusqu'où l’a entraîné sa haine. Il a exprimé son opinion dans ce cri presque unanime : Crucifiez-lel

Voilà le sort qui attendait inévitablement Jésus, dès qu'il se proclamait Dieu.

Remarquons bien qu'Alexandre le Grand et les empereurs de Rome, en se proclamant dieux, étaient dans des conditions toutes différentes

1° Îls ne risquaient rien puisqu'ils étaient les mattres souverains.

2° Non seulement ils ne risquaient rien, mais ils possédaient même le pouvoir et la force nécessaires pour imposer la croyance en leur à. sinité.

3° Le titre de Dieu était le seul qui manquât à leur haute fortune; car ils avaient la richesse, la puissance,

les hunneurs, les plaisirs, le tout dans une mesure presque illimitée. Rien d'étonnant dès lors à ce que leur ambition, arrivée au sommet des grandeurs humaines, ait tenté d'escalader le ciel.

Mais Jésus n'en était pas là; et si vous interrogez la nature humaine et son histoire, si vous scrutez votre propre nature, elles vous répondront que l'homme pauvre, faible, petit, malheureux, veut posséder avant tout la richesse, la puissance, les honneurs, les jouissances.

Voila les premiers objets de ses ambitions, et s'il s’est rencontré des individus qui, au lieu d'aspirer à ces biens qui leur manquaient, ont voulu se faire passer pour des dieux, ils étaient des fous!

Quelle compensation pouvait-il espérer? Rien autre chose que la foi en sa divinité par quelques pauvres

ignorants, guéris. soulagés, assistés par lui. Et encore devait il s'attendre à rencontrer nombre d'’ingrats par mi ceux qu'il avait comblés de ses bienfaits

Comme résultat final, la satisfaction d'un orgueil insensé et la mort!

Dans l’autre hypothèse, s'il aspirait seulement au trône, il trouvait sous sa main tout un peuple frémissant, impatient du joug, ennemi des Romains au double point de vue national et religieux, qui se serait levé comme un seul homme pour reconstruire le trône d'Israël et y placer le fils de David. Car il l'était, et il prouvait qu'il était le fils de David!

Et pour arriver au trône, il avait sa puissance merveilleuse, son prestige, sa vie irréprochable, ses bienfaits er ses prodiges.

Et supposez qu'il n'eût pr: réussi; il n'aurait eu

qu’à fuir en pays étranger, avec les trésors amassés pour soutenir la lutte. Il serait devenu comme les prétendants aux trônes que nous connaissuns, un grand personnage titré et fortuné, vivant en dehors de son pays! | ‘

Voilà ce qu'il eût fait s'il n’eût été qu'un hommel

Mais s'il était Dieu, devait-il le proclamer, même au risque de sa vie? Oui, certes. Il ne pouvait pas faire autrement. Sa divinité étant le dogme fondamental de la 1eligion qu'il venait établir, il était tenu de l’af firmer bien haut. Il aurait été coupable, il me semble, de laisser ignorer aux hommes cette vérité nécessaire à leur salut.

Et quelle arme puissante il aurait laissée entre les mains de ses ennemis, s’il avait agi autrement!

Ave: quelle force les incrédules nous diraient au jourd'hui : « Comment pouvez-vous soutenir que cet ‘ homms est Dieu quand il n’a pas osé l’affirmer luimême? Comment pouvez-vous asseoir votre religion sur un dogme que lui-même ne vous a pas enseigné? Cela révolte la raison. »

Non, il fallait que Jésus-Christ lui-méme proclamäât sa divinité, et il l’a fait. Non seulement il le devait, mais quelle autorité il ajoutait à sa parole en scellant cette offirmation de son sang!

Si “ous venez proposer à ma croyance une vérite fondamentale, et si vous n'êtes pas prêt à l’affirmer au prix de votre vie, j'ai le droit de vous dire : passez votre chemin, je ne vous connais pas!

Sortons maintenant du champ des hypothèses et rentrons dans le domaine des faits. Quel a été le témoignage de Jésus-Christ sur sa propre nature?

Intérrogeons-le, ou plutôt demandons à ceux qui l'ont connu, qui ont vécu avec lui, qui ont entendu et recueilli les parties essentielles de ses discours ce qu'il a dit de lui-même.

Il n’y a pas de doute possible sur celte question : il a dit, répété, enseigné qu'il est Dieu Il l'a affirmé dans l'intimité et en public, devant ses amis et devant les foules, devant les représentants de l'autorité civile et devant les princes des prêtres Il a maintenu cette

affirmation contre ceux qui le traitaient de fou, contre ceux aui l’accusaient de blasphème, contre ceux qui lui en faisaient un crime digne de mort.

Oui, Jésus a prononcé, en face même de la mort, et sachant qu’elle motiverait sa vondamnation, cette parole e:traordinaire : « Je suis le Fils de Dieu et mon Père et moi nous ne sommes qu'un! »

Et que de fois auparavant il avait affirmé ou laissé voir sa divinité! Quand il n'avait encore que douze ans, il se sépara un jour de ses parents, et ce n’est qu'après trois jours qu'ils le retrouvèrent dans le temple, enseignant les docteurs. Encore sous le poids de son angoisse, sa mère lui fait ce doux reproche : « Votre père et moi, fort affligés, nous vous cherchions. »

Et Jésus lui fait cette extraordinsire réponse :

« Pourquoi me cherchiez-vous ? I

faut que je fasse les affaires de mon Père? »

Il est bien évident la Sainte Vierge désig sus lui rappelle sa y paraisse l’ignorer.

« Vous, ma

Pas ignorer que Jose

lité mon père, volonté de mon

C’est la première listes nous rapportent nité. C’est à ses par parole de sa divine r sans doute les seuls

comprendre. Et

mère, semble-t-il

Père qui est dans les cieux. »

eux ne comprirent point ce qu'il leur disait. »

Ah! c’est

fait homme, et je ne suis n'aieni pu à l'instant

fondeur.

Après ce premier ensei l'obscurité de Nazaréth, et tendre. Il est arrivé à l'âg

paraît avoir rien

charpentier qui travaille

mère.

Mais il est un l’homme, et qui

Jésus. Satan visite la terre et il s’a

gnnrez-vous qu'il

qu'en lui disant « votre père », nait son époux Joseph. Mais Jé raie filiation, et s'étonne qu'elle

dire, vous ne devez ph votre époux n'est pas en réaet que je suis sur terre pour faire la

parole de Jésus que les évangé- , et c’est l'affirmation de sa divients qu'il adresse cette première nission sur terre, parce qu'ils sont au monde qui soient en état de la cependant, saint Luc ajoute :

« Mais

qu'il est bien grand, le mystère d’un Dieu Pas étonné que ses parents même en mesurer toute la pro-

&nement, Jésus rentre dans Sa parole ne se fait plus ene de 30 ans, et personne ne

vu d’extraordinaire dans cet humble

obscurément à faire vivre sa

esprit plus clairvoyant que celui de croit deviner la filiation divine de

me-Dieu qui s’est retiré dans le désert et jeûne

pproche de l’Hom- : « Si

vous êtes le Fils de Dieu, lui dit-il, commandez que ces pierres deviennent des pains »

Jésus ne répond rien tout d'abord à ja question de son origine. Il se contente de dire : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Mais Satan tient à connaître le mystére qui entoure . cet homme né d’une femme; il le transporte sur le pinacle du temple et il renouvelle sa question : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi du haut en bas. Il est écrit: Dieu a ordonné à ses anges de te prendre en leurs mains, afin que ton pied ne heurte point contre la pierre. » Alors Jésus ne veut pas cacher plus longtemps, même à Satan, qui n’en pourra pas profiter, sa vraie nature, qui est divine, et il lui répond ce mot : \ Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu. »

Nous ne citerons pas toutes les parcles rapportées par saint Jean et par les synoçtiques, dans lesquelles Jésus affirme sa filiation divine: elles sont trop nombreuses Quelques-unes suffiront tirées des synoptiques.

Voici une affirmation très nette que nous lisons dans saint Matthieu (XI, 27) et dans saint Luc (X, 22) : « Toutes choses m'ont été données par mon Père; et personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » En voici une autre très claire dans saint Matthieu (VII, 21) : « Ce ne sont pas ceux qui me crient : Seigneur, Seigneur, qui ent:sront dans le royaume des cieux, mais ceux là seuls qui funt la volonté de mon Père qui est dans les

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