PE L'HOMME À DIEU
cieux. » Et cette autre dans le même évangéliste (X, 31) : « Celui qui me confessera devan' les homrres, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux »
Saint Jean met souvent sur les lèvres de Jésus cette parole : « Mon Père qui est dans les rieux » et cette autre : « Mon Père et moi, nous ne sommes qu'un. »
Enñn, dans la nuit qui précède sa mcert, en réponse à Caïphe, qui lui 1emande s’il est le Fils de Dieu, Jésus répond : « Vous l'avez dit, je le suis » Et il savait
bien alors qu'en répondant ainsi il se condamnait luimême à mort.
Et maintenant, que faut-il penser de ces affirmations de l’homme mystérieux qui les a faites?
Une première réponse à cette question prend la forme d’un dilemme : Ou il a cru qu'il était Dieu, ou il ne l'a pas cru. S'il l’a cru, et s’il ne l'était pas, il était fou; car enfin, il répugne au sens commun qu'un homme qui a toute son intelligence et qui n'est pas Dieu, puisse croire de bonne foi qu'il l’est.
Il n’y a pas en pareil cas d'erreur possible. L'être humain intelligent, ayant toute sa raison, ne peut pas sur Ce point se tromper ou être trompé. Il n'est pas possible qu'il se croie sincèrement Dieu s’il ne l’est pas. S'il y a eu des hoinmes qui l'ont cru, ils étaient des fous.
Or, qui osera soutenir aujourd’hui que Jésus était
fou? Les négateurs les plus forcenés de sa divinité, ceux qui sont possédés d’une véritable haine contre lui, sont forcés de le proclamer un sage parmi les Sages. Ecoutez Renan, parlant à Jésus comme s'il était l’un de ses adorateurs : « Vous êtes notre grand mattre; chacun de nous vous doit ce qu'il a e meilleur en lui... Vous êtes pour l'éternité le vrai créateur de la paix de l’âme, le grand consolateur de la vie... Vous avez donné aux peuples la base du vrai libéralisme et de la vraie civilisation. Vous êtes le créateur de la religion éternelle d2 l'humanité... Vous êtes une grande âme et un étonnant génie... l'homme incomparable auquel la conscience universelle a décerné le titre de Fils de Dieu... le fondateur des droits de la conscience libre... Votre morale s’est trouvée être la morale éternelle, celle qui a sauvé l'humanité... Dieu -était en vous, et vous vous sentiez avec Dieu, vous viviez au sein de Dieu par une communication de tous les instants; vous ne le voyiez pas, mais vous l’entendiez, sans avoir besoin de tonnerre et de buisson ardent comme Moïse... La plus haute conscience de Dieu qui ait existé au sein de l'humanité a été la vôtre. °» Repose maintenant dans ta gloire, noble initiateur. Ton œuvre est achevée. Ta divinité est fondée. Pour des milliers d'années, le monde va relever de toi... mille fois plus vivant, mille fois pius aimé depuis ta mort que durant les jours de ton passage ici-bas; tu deviendras à tel point la pierre angulaire de l’humanité qu’arracher ton nom de ce monde serait l’ébranler jusqu'aux fondements. Entre toi et Dieu, on ne distingue plus. Pleinement vainqueur de la mort, prends possession de ton royaume où te suivront, par
la voie royale que tu as tracée, des siècles d'adorateurs. »
Il semble bien qu'après ces belles jaroles l’habile écrivain a dû tomber à genoux; mais non, il est resté debout, et tous ses éloges onctueux n'étaient que le baiser de Judas.
ils témoignent cependant que notre Jésus ne peut pas être considéré comme un fou ou un halluciné, et nous en concluons que s'il a cru qu'il était Dieu, c'est qu'il l'était vraiment!
Ou bien, il ne l’a pas cru; et alors c’est un fourbe et un menteur. Il a menti à ses parents, à sa mère, à ceux qu'on appelait ses frères, à ses disciples qu'il aimait, à son peuple et à son pays qu'il comblait de ses bienfaits; et il a fondé sur un mensonge non pas sa fortune, non pas la satisfaction de sor ambition, non pas le bonheur de sa vie et le bonheur des siens non pas sa puissance et son bien-être pendant sa vie mortelle; mais il a fondé sur un mensonge un dogme qui devait causer sa mort, celle de ses plus dévoués amis, et celle des millions d’hommes qui l'ent cru! Ce qui serait à la fois criminel et insensé.
Car, remarquonsle bien, si Jésus n’était qu'un homme, et s’il ambitionnait la puissance, les honneurs, la fortune, les richesses, les jouissances de ce monde,
qu’avait-il besoin de se faire passer pour Dieu?
Bien loin de servir ses desseins, cette prétention Île rendait ridicule, lui faisait une foule d'ennemis, brisait sa carrière et le conduisait à une mort bien méritée.
Quand il osa affirmer pour la première fois sa divi-
Jora-
abile resté ue le
peut né, et Dieu,
fourbe ère, À qu'il lait de on pas n, non s non e moTrme qui s amis, Ce qui
qu'un nneurs, monde, ?
ntion le is, briien mé-
sa divi-
nité devant les Nazaréens, les compatrictes de son enfance et de son adolescence, ils le traitèrent de fou, et quand ils constatèrent qu'il était sérieux ils le chassèrent de leur pays et le poursuivirent avec une telle fureur qu'ils l’auraient massacré si, arrivé au sommet d’une colline d’où ils voulaient le précipiter, il n'avait pas soudainement disparu. Donc tous ses intérêts, tout son bonheur, tout l’attachement qu'il devait avoir pour la vie lui interdisaient un tel mensonge.
Quand il répétait cette affirmaticn devant les foules enthousiasmées, par ses disconurs et ses prodiges, un grand nombre l’abandonnaient. Quand il osait répondre «ux questions des Pharisiens, des prêtres et des scribes, qu'il était Dieu, ils prenaient des pierres pour le lapider.
Ab! 5 au lieu de dire : « Je suis le Fils de Dieu », il avait dit comme Mahomet : « Je suis un prophète », il aurait à peine rencontré un incrédule parmi les Juifs. S'il avait dit à Israël : « Ce Messie qua vous attendez, pour être votre roi et pour établir votre royaume, c’est moi, et je vais vous donner l'indépendance et la liberté, je vais briser le joug des Romains! Chassons ces païens du sol de la patrie, et nous aurons la puissance, la prospérité et la liberté äu culte du seul vrai Dieu, Jéhovah! » Quel enthousiasme un pareil discours, accompagné des actes prodigieux qu'il accomplissait, aurait produit parmi les foules!
Tout ce peuple en ébullition que les Romains ne contenaient qu'avec peine, l'aurait proclamé roi, et bien loin de le faire mourir, il serait mort pour lui.
Donc, encore une fois, à quoi bon ce inensonge,
qu'il ne réussissait pas à faire accepter, qui lui alié. nait tous les puissants et les savants + qui induisait ses apôtres eux-mêmes à douter de lui?
Mais il y a plus : cette fourberie n'aurait pau été seulement une rmpardonnable maladresse, une faute de tactique inexplicable chez un homme :ntelligent, mais ele eût été un crime, le plus grand des crimes. Car i prédisait lui-même à ses disciples que la foi en sa divinité les conduirait eux-mêmes à la mort.
O mon J:us, coupons court à ces blasphèmes et ne parlons plus, même hypothétiquement, d'une fourberie qui, par votre faute et pour noyer votre mensonge, aurait inondé le monde d’un fleuve de sang.
Non, mon Jésus, vous n'avez été ni un fourbe. ni un maniaque. Vous avez dit, et vous avez cru que vous étiez le Fils de Dieu, parce que vous l’êtes réoHement, et ce n'est ni pour un fou ni pour ue fourbe que des . Millions de martyrs sont morts!
Non, il n'a pu être un fou, ni un imposteur, relui que les plus grands génies ont adoré, celmi que toas les arts ont proclamé Dieu dans des œuvres immortelles, celui qui a changé la face du monde et dont le monde ne peut pas se passer, en dépit de toutes les haïnes, de toutes les trahisons et de toutes les puissances de la terre.
Et cependant il n’y a pas de milieu : si Jésus-Christ n'est pas Dieu, il a été un fou ou un scélérat, et dès lors toute l’histoire depuis dix-neuf siècles est à refaire, et voici comment il faudra l’enseigner aux générations futures. On devra leur dire :
« Savez-vous qui a renveisé cette puissance immense
qui était devenue la maîtresse du monde et qu’on appelait l'empire romain? C’est un fou ou un grand criminel.
» Savez-vous qui a détruit le paganisme, la plus populaire, la plus aimable, la plus commode et la plus répandue de toutes les religions?
» C’est un fou, ou un malfaiteur.
» Savez-vous qui a conduit tous les grands événements de l’histoire depuis des siècles, qui a vaincu la barbarie et civilisé l’ancien monde et le nouveau?
» C'est un fou, ou un grand scélérat, mort en Judée, sur une croix, sous le règne de Tibère.
» Voyez-vous ces grandes cathédrales qui dressent leurs flèches, leurs coupoles et leurs portails majestueux dans presque toutes les villes de l’Europe? Savez-vous en l'honneur de qui l’art a déployé ces impérissables magnificences?
» C’est en l'honneur de Jésus, un malfaiteur ou un insensé| »
Parcourez ces immenses musées des grandes capitales, et admirez toutes les merveilles que l’art y a accumulées depuis des siècles en l'honneur du même Jésus.
Conçoit-on que les grands génies de la peinture et de la sculpture aient accompli ces œuvres immortelles pour glorifier un fou ou un criminel?
Entrez dans les riches bibliothèques des grandes villes et comptez, si vous le pouvez, les millions de volumes que les plus grands savants, les philosopnes, les théologiens, les orateurs et les poètes ont consacrés à la gloire de Jésus-Christ. Est-ce que tous ces écri-
vains étaient eux-mêmes des hallucinés ou des scélé. rats ?
Il serait insensé de le soutenir.
Et cependant, c'est l’enseignement que les libres penseurs devraient propager, s'ils étaient logiques
La conclusion qui s'impose, c’est que Jésus-Christ a enseigné la vérité au monde quand il lui a dit : « Je suis le Fils de Dieu, et mon Père et moi, nous ne sommes qu'un. »
On nous fera peut-être encore cette objection : C’est le témoignage de Jésus-Christ lui-même que vous citez en sa faveur, et conséquemment c'est un témoignage intéressé, préjugé, et qui n'est pas suffisant pour faire : une preuve complète de sa divinité. Cette objection aurait un grand poids, si Jésus-Christ s'était contenté de nous donner sa parole pour toute preuve. Mais ce n'est pas seulement à son témoignage qu'il a voulu que 1ous croyions. N'oublions pas d’abord qu'il était tenu de nous offrir ce témoignage. Vainement il aurait accumulé les miracles pendant sa vie et après sa mort, le monde n'aurait pas cru qu'il est Dieu s'il ne l'avait affirmé lui-même!
Car le monde aurait dit : S'il était Dieu, et s’il voulait que nous croyions à sa divinité, il nous aurait enseigné lui-même ce dogme fondamental de sa religion; il aurait lui-même posé cette base à son Egliss. Puisqu’il ne l’a pas fait, puisqu'il ne s’est jamais proclamé lui-même Dieu, c’est qu'il ne l'est pas.
C'est un grand homme, le plus grand des hommus, mais ce n’est pas un Dieu. Voilà c1mment le monde aurait raisonné, et le monde n'aurait pas eu tort. C'est pourquoi nous disons que Jésus-Christ, étant vraiment Dieu, était tenu de dire lui-même qu'ii l'était L
Sans doute, il ne suffisait pas de le dire, il fallait le prouver. Comment? Quelles preuves pouvait il offrir?
Certes, en proposant un pareil dogme à l’humanité, il entreprenait une tâche tellement surhumaine que le seul fait d'avoir réussi à le faire accepter par tous les peuples civilisés prouve sa divinité.
Nul autre homme, en effet, quelque puissant qu'il
- ait été, n’a jamais pu tenter une pareille entreprise sans être immédiatement taxé de démence par ses contemporains, et à fortiori, par la postérité.
Jésus-Christ seul a réussi à ce point que depuis des siècles, sur toutes les terres du globe, le nombre de ceux qui croient à sa divinité va toujours s’accroissant, sans “distinction de races ou de langues.
Quelles preuves a-t-il donc données de la véracité de son témoignage? Elles sont aussi nombreuses qu'irrésistibles, et tout homme d'une intelligence ordinaire et de bonne foi les trouve dans sa préexistence, dans sa vie, dans ses miracles, dans son œuvre, dans se mort, dans sa post-existence et dans l'établissement de son royaume sur cette terre.
Ajoutons encore cependant, pour mieux montrer le caractère divin de sa parole, qu'il a possédé le don de prophétie au plus haut degré.
L'esprit humain est certainement doué de facultés étonnantes. Il n’aperçoit pas seulement, comme l'œil,
les mondes visibles: il perçoit de plus les choses invisibles et il étend ses connaissances aux siècles. passés comme au temps présent. Mais il est une limite infranchissable à sa puissance; il ne neut pas connaître l'avenir. Dieu s'est réservé ce domaine.
Connaître avenir est un attribut essentiellement divin. L'homme qui prophétise ne peut être qu'un Dieu, ou un envoyé de Dieu.
Or, Jésus-Christ a été le plus grand des prophètes, Ses prédications ont embrassé sa propre destinée, celle de ses disciples, l'avenir de son Pa\5, le triomphe de sa doctrine et l'établissement de son ioyaume par toute la terre.
En ce qui le concernait lui-même, il a annoncé d'avance qu'il allait être livré aux princes des prêtres et condamné à mort; qu'il serait outragé, flagellé et crucifié; qu'il ressusciterait le troisième jour et qu'il s’en irait ensuite vers son Père, d'où il enverrait son Esprit à ses disciples.
Il a prédit que Judas allait le trahir, que Pierre allait: le renier, que tous ses apôtres allaient l’abandonner: mais que plus tard ils lui rendraient témoignage jusqu'aux extrémités de la terre et confesseraient son aom au prix de leur sang et de leur vie
Il a prédit la ruine de Jérusalem, et il en a fixe l'époque en disant : « Cette génération ne passera point que tout cela n'arrive. »
« Quand je serai élevé de terre, a-t-il dit un jour, j'attirerai tout à moi... En vérité, en vérité, je vous le
dis, l'Evangile que j'annonce sera prêché dans l’univers entier. »
Or, toutes ces prophéties se sont réalisées à la lettre, en dépit de leur invraisemblance au moment où elles furent faites. :
Donc, Jésus-Christ était un envoyé de Dieu ou Dieu lui-même.
Et pour conclure qu'il est bien Dieu lui-même, il suffit de répéter ce que nous avons dit au sujet de ses miracles : c’est qu'il n'a pas, comme les autres prophètes, parlé au nom de Jéhovah, mais en son propre nom; c'est que, dans le même temps nù il prédisait ainsi l'avenir, il proclamait lui-même sa divinité.
Or, il n'est pas raisonnable de croire que Dieu aurait donné le don de prophétie et réalisé les événements prédits, pour sanctionner une imposture.