‹ De l'homme à Dieu [microforme]Chapitre 5 sur 54 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

Dar; l'étude des problèmes que je vais aborder, la première question qui se présente à mon espril est celle-ci : Que suis-je ? C'est-à-dire, qu'est-ce que l’homme ?

Je n'ai pas besoin de me démontrer ma propre exis tence; mes sens me la prouvent invinciblement; et l’homme qui refuserait de croire qu'il existe serait un fou.

C’est une des vérités primordiales contre l'évidence desquelles le scepticisme est impuissant. Quelque effort de volonté que puisse faire le sceptique, il prouve son existence en affirmant même qu'il en doute.

Mais quelle est la nature de l'être humain?

Tous mes sens témoignent avec certitude que j'ai un corps matériel, organisé et vivant. Or, quelle est exactement la nature et quels sont les attributs de cette matière qui compose mon corps? Quel est le principe de cette vie qui l’anime?

Je me rends parfaitement compte des «-pacités de cette matière organisée, visible et palpabee, qui est mon corps; mais cet Organisme, qui se développe avec ma vie, se brise également avec elle. Quel est donc le

secret de cette vie, que je sens en moi, qui a ses alternatives de croissance et de décroissance, de force et de faiblesse, de mouvement et d'inertie, qui dure quelques années et qui, en s’éteignant irrévocablement, réduit mon corps à l’état atomique?

Voilà le premier problème que je voudrais résoudre et dont je demande la solution à la science.

Malheureusement, le savant, dans ses patientes recherches sur la nature de l’homme, ressemble trop souvent à l'enfant qui brise son jouet favori, pour découvrir le mécanisme intérieur qui le fait mouvoir.

Ce jouet est un automate quelconque, un bateau, un pantin, un oiseau, qui se meut, qui crie, qui chante. L'enfant admire tout d’abord l'extérieur, mais bientôt cela ne le satisfait plus. Il veut connaître le secret de cette espèce de vie organique qui l’étonne: il ouvre l’automate pour en étudier l'intérieur, il en brise le mécanisme, et le jouet est perdu, sans avoir révélé son secret à son propriétaire trop curieux.

Ainsi fait aujourd’hui le savant matérialiste en étudiant l’homme. Armé de la méthode expérimentale, qu'il croit souveraine, il s’acharne sur la matière pour y trouver le principe des êtres vivants; il la divise à l'infini, il la creuse en ses plus intimes profondeurs, il l'analyse, il la dissout, il la volatilise, il la transforme.

À chaque nouvel effort, il la somme de parler : « Eh! bien, vas-tu enfin me dire ton secret? Vas-tu me révéler la force qui te fait mouvoir, le principe qui te fait vivre, le verbe qui te fait parler, l'esprit qui vense en toi »

Et la matière, bouleversée, transformée, volatilisée, débris, bloc ou atome, reste muette. Tout le travail de la science matérialiste n'a fait que détruire un être merveilleusement organisé, vivant, animé, qui s'était fait sans elle, et qu'elle ne peut plus refaire.

Elle en a compté les pulsations et les souffles, les nerfs et les muscles, les cellules et les atomes; elle en défait pièce à pièce toute l’admirable mécanique, et l'être vivant s’est à jamais brisé sous ses doigts.

Mais le secret de la vie de cet être, l’a-t-elle découvert? Le principe qui l'animait, en a-t-elle trouvé la formule ?

Non, ni le marteau, ni le scalpel, ni la cornue, n'ont pu faire autre chose que des ruines, et le livre de vie est resté scellé.

Qu'est-ce donc que cette vie dont j'observe en moimême tous les phénomènes? Comment commence-telle? Quelle est sa nature? Comment et pourquoi finitelle?

Si je pose ces questions à un simple paysan sans instruction, il me répondra : « Vous vous moquez de moil Je ne puis pas -’ous expliquer en termes propres ce que c'est que l& vie; mais en moi-même, je le sais bien. Et pour un savant, ça ne doit pas être difficile de définir exactement ce qu'est la vie, d’où elle vient, et comment elle finit. »

Et cependant les savants ne sont pas plus capables de répondre à ces questions que l’ignorant. Le principe de vie est pour eux un mystère.

Je me demande alors s'il est bien sûr que mon Corps, organisé et vivant, soit mon être tout entier, et

s’il n’y a pas en moi un élément spirituel, distinct de mon corps, et lui communiquant la vie, que la croyance universelle appelle l'âme.

Le savant matérialiste me répond : « Il n’y a en vous aucun élément spirituel, vous n'êtes comme moi, comme tout le monde, qu'un peu de matière organisée.

— Et comment le savez-vous?

— Je ne crois qu’à ce qui tombe sous les sens; or, en disséquant le corps humain, je n’y ai trouvé aucune trace de l'âme.

— Certes, si l'âme était visible et si vous pouviez me la montrer au bout de votre scalpel, ce ne serait plus une âme, puisque j'appelle ainsi un élément spirituel qui ne saurait avoir une forme visible et palpable.

— Soit, me répond le savant, admettons que je n'ai pas le droit de conclure que l’âme n'existe pas, parce qu'en disséquant le corps je ne l'y ai pas trouvée. Mais vous, pourquoi donc Y croyez-vous?

— J'y crois parce que mon sens intime m'’impose Pour ainsi dire cette croyance: parce que j'en ai en quelque sorte la sensation intérieure, comme j'ai la sensation extérieu. de mon existence. Quard je me considère et m'interroge, j'en ai l’idée claire et nette. Je sens que mon corps n’est pas tout mon être, et quand je dis moi, je sais très bien que ce moi n'est pas l'organisme matériel que je vois.

Le moi qui pense, qui veut, qui aime, qui s’envole à travers les mondes, et que rien ne peut enchaîner, qu'est-ce donc, sinon cet élément immatéric!, invisi. ble que je sens en moi et que j'appelle mon âme?

Tout homme sent irrésistiblement dans l'intime profondeur de son être qu'il y a en lui deux éléments, si distincts qu'ils sont Presque toujours en lutte dès qu'il s'agit de conduite morale. L'un est invisible et cependant il dirige et commande; l’autre est visible et agit, mais il est dirigé et commandé.

Je ne puis vous montrer mon âme comme je puis Yous montrer ma langue, mais je n’en ai pas moins la certitude de sa présence; car c’est par elle que je souffre et que je suis heureux; c'est par elle que je triomphe de la douleur physique, de la maladie et

crois immortel.

Que dis-je? Par elle, je sens en moi quelque chose d'infini, et j'en possède, il me semble, quelques-uns des altributs. Ma pensée parcourt les mondes plus rapidement et va plus loin que l'électricité. Nulle barrière, nul obstacle ne peut arrêter son vol, quoique le Corps qu'elle habite reste immobile. Elle fait plus encore : «Île crée des mondes imaginaires, au delà de ceux que je connais. Elle embrasse hier, aujourd’hui et demain les siècles écoulés et les âges à venir. Elle échappe à tout Pouvoir, quelque puissant qu'il soit.

Par le souvenir, elle fait revivre le passé, et elle le voit comme s'il était le présent. Elle ressuscite les morts et les fait repasser sous mes Yeux tels que je les ai connus. Ils me parlent et j'entends leurs discours. Sont-ce réellement mes yeux qui les voient et mes oreilles de chair qui les entendent? Non, évidemment; c'est la partie spirituelle de mon être, c'est mon âme. J'ai la connaissance de milliers de choses qui n'ont

rien de matériel, et que les sens n'ont Pas pu me transmettre.

Bien plus, le témoignage de mes sens semble souvent contredire ces connaissances et ces idées, et je

serais, si j'en croyais mes sens, plutôt porté à les rejeter.

Quelle est donc cette force intérieure qui domine Ja sensation extérieure, et qui reconnaît la certitude absolue d'une vérité que les organes de mon corps ne sauraient atteindre? N'est-ce pas l'âme?

Il est incontestable que les sens donnent lieu à d'in. nombrables erreurs: et que ces erreurs sont constamment corrigées par la puissance mystérieuse qui raisonne et argumente en moi-même.

Les convictions de tout ce qu'il y a en moi de plus intime et de plus impérieux à la fois, les démonstrations de ma raison, la croyance générale des peuples, l'enseignement des plus grands génies et les traditions

des siècles concourent à me convaincre de la présence d'une âme en moi.

Si je n'avais Pas cette conviction, je ne reconnaftrais aucune loi morale. Car si je ne suis qu’un composé d'atomes soumis aux lois de mouvement, de vibration et de transformation qui leur sont inhérentes, je n’ai plus ni liberté, ni responsabilité. Tout ce que je fais

m'est imposé par mon organisme atomique et par les besoins qui sont ses seules lois.

Je ne suis pas plus libre d'éviter le mal et le péché que je ne le suis de me préserver de toute maladie. Le crime a sa cause dans les Propeusicns des atomes dont mon corps est composé.

C'est à cette conclusion qu'en viennent les matérialistes sincères et logiques. Carl Vogt écrit que l'âme

nom collectif qui désigne les différentes fonctions du système nerveux... Que l’homme est une pure machine et que par conséquent la liberté et la responsabilité n'existent pas (1).

« C'est désespérant,

mais nous n'y pouvons rien, disent les négateurs.

Comme on voit, c’est toujours la même réponse. L'âme est niée Parce qu'on ne veut croire qu'à ce qui tombe sous les sens, à la matière visible.

Mais nous disons, en premier lieu, que les savants sont loin de bien connaître cette matière qui, d'après eux, composerait tout l'être humain, que nous sommes souvent trompés

nes visibles et matériels que. nous sens.

et en second lieu, par les phénomètransmettent nos

Il y a des siècles que les physiciens et les chimistes étudient la matière, et ils ont fait des progrès incontestables dans cette étude; mais où en sont-ils arrivés

au sujet de ce qui nous préoccupe?

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