‹ De l'homme à Dieu [microforme]Chapitre 6 sur 54 · Méric. L'autre Vie, vol. Lp92e«s · texte numérisé non relu

Méric. L'autre Vie, vol. Lp92e«s

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A l'inconnu.

Toutes leurs analyses établissent, ils le disent du moins, que les corps sont des assemblages d'atomes:; mais qu'est-ce qu'un atome? Aucun savant ne peut le dire. L'atome est invisible, impalpable; il échappe à la méthod, expérimentale, On n'en connaît ni la nature, ni la forme, ni les lois.

Y a-t-il différentes espèces d'atomes? Ont-ils des qualités diverses ou bien sont-ils tous identiques? Leurs groupements, leurs mouvements, leurs vibrations sontils les seules causes efficientes des formes variées des corps? Autant de mystères que de mots.

Chaque école a là-dessus ses hypothèses et ses systèmes; mais aucun de ces systèmes n'a pu prévaloir jusqu’à ce jour. Les savants les plus autorisés et les plus sincères confessent leur impuissance, quand ils sont arrivés à l'atome; et M. J..B. Dumas, l’un des plus illustres, s’écrie : « Si j'en étais le maître, j'ef. facerais le mct atome de la science, persuadé qu'il va plus loin que :’expérience. »

Quand donc les positivistes me disent que tout est matière en moi, j'ai le droit de leur répondre qu'ils n'en savent rien, puisqu'ils ne savent pas même exactement ce qu'est la matière.

Que mon corps soit un composé d’atomes, c’est possible. Mais quelle est la force qui a rassemblé ces atomes? Possédaient-ils cette force en eux-mêmes, ou leur est-elle venue d’ailleurs? Impossible pour eux de me répondre, puisque l'atome leur est inconnu. Dès lors, je dois logiquement rejeter leur théorie et en croire plutôt mon sens intime dont la logique est irré-

sistible, et qui me crie : « Tu es un être double; et si la matière qui compose ton corps est vivante, c'est parce qu'elle est unie à ce principe immatériel que tu appelles l'âme. Crois-en cette voix de la nature intime qui affirme son dualisme, » D'ailleurs, ce que me dit cette voix intérieure, est aussi ce qu'ont pensé les plus grands génies et les vrais savants.

« Ce qui fait que notre corps est vivant, dit saint Thomas d'Aquin, c'est l'âme. L'âme est en nous ja première cause de toute opération vitale. Elle est l'être ou la forme du corps... sa forme actuelle. Nous sentons très bien que nous sommes cet être même qui connaît.

» L'âme humaine communique à la matière corporelle l'être par lequel elle subsiste, en sorte que de la matière et de l'âme il résulte un tout complet.

» Il n’y a dans l’homme aucune force substantielle autre que l'âme intelligente (1). »

Le plus grand poète lyrique du siècle dernier, Victor Hugo, a exprimé, quoique de façon moins précise et moins sûre, cette doctrine dr grand docteur dans les lignes suivantes : « Le corps humain pourrait bien n'être qu’une apparence. Il cache notre réalité. Il s'épaissit sur notre lumière ou sur notre ombre. La réalité, c’est l'âme. À parler absolument, notre visage est un masque. Le vrai homme, c'est ce qui est sous l'homme. Si l'on apercevait cet homme-là, tapi et abrité derrière cette illusion qu'on nomme la chair, on aurait plus d’une surprise. L'erreur commune, c'est de prendre l'être extérieur pour l'être réel. »

1. L'abbé Lebreton. Petite Somme de saint Thomas d'Aquin, vol. I, p. 390-331.

Embrassant la doctrine de saint Thomas, l'abbé Méric la développe en disant que « l'âme est le principe formateur du corps, c’est-à-dire qu'elle est douée d'une puissance formative () »

S'il en est ainsi, c’est à elle qu’il faudrait donc attribuer ce degré de perfection que la matière atteint dans l’homme.

Quoique distincts et absolument différents l’un de l’autre, les deux éléments sont étroitement unis, et cette étroite union explique les phénomènes que nous observons et qui sont les résultats de l'influence énorme qu'ils exercent réciproquement l’un sur l’autre.

Quand l’un des deux souffre, l’autre souffre également. Mais cela ne prouve que leur union très intime, et le matérialisme a tort d'en conclure que les deux éléments sont matériels. Quand le corps est brisé par la maladie, dit-on, l'âme subit dans ses facultés un affaiblissement corespondant : donc elle est matière comme lui. Cette conclusion n’est pas rigoureuse, puisque l’étroite union des deux éléments suffit à expliquer l'influence de la maladie corporelle sur l'âme.

Elle n’est pas rigoureuse non plus pour cette autre raison : c'est qu’il y a des âmes fortes, stoïques, que la maladie n'affaiblit pas. Il y a des génies qui, pendant de longues années, poursuivent au milieu des souffrances les plus cruelles, les travaux les plus ardus et les plus épuisants.

Il y a eu et il y a encore des martyrs dont les âmes débordaient de joie et surabondaient de force morale

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