‹ De l'homme à Dieu [microforme]Chapitre 7 sur 54 · L'autre Vie, vol. II, D · texte numérisé non relu

L'autre Vie, vol. II, D

pendant que leurs corps étaient décuirés, disioqués ou brûlés par les bourreaux.

Etudions maintenant le phénomèns izver.s, c'est-àdire l'influence de l’âme sur le corps.

Une personne qui vous est chère, et qui vit loin de vous, meurt subitement. Vous apprenez par le télégraphe qu’elle s’est noyée ou qu’elle a été tuée dans un accident de chemin de fer. Qu'est-ce que cela peut bien faire à vos organes corporels? Rien. En quoi cela peutil affecter votre santé? En rien, semble-t-il. Il n’y a aucun lien matériel entre le cadavre qui gît au fond de l'océan et vous, entre ce corps qu’une explosion a mis en pièces et vos propres organes.

Mais entre l'âme des disparus et la vôtre, il y avait des liens de tendre amitié ou d'amour, et ces liens sont rompus. Est-ce que ces liens sont matériels? Evidemment non. Comment leur rupture peut-elle affecter votre santé corporelle? Cela ne semble pas possible; et cependant cette rupture a brisé votre âme. Vous avez été atterré par la douleur; et si votre souffrance toute morale, tout immatérielle, se prolonge, vos organes finissent par en être affectés, et votre santé en souffrira, à cause de l’union de votre âme avec votre corps.

Il faut donc conclure à la fois, à la dualité des éléments qui composent l’homme et à leur union intime (qui ne finit qu’à la mort), pour expliquer tous les phénomènes de la vie.

Je ne crois vraiment pas qu'il soit possible de se soustraire à la sensation de cette dualité. Dans mon corps, que je vois, l’âme, que je ne vois pas, affirme

De l'Homme à Dies. 3

sa présence avec un tel empire que la nier est se mentir à soi-même.

Non seulement, je sens en moi la diversité des mouvements du corps et de l’âme, et la différence profonde de nature qui les distingue, maïs je suis témoin de leurs désaccords, et j’assiste à leurs luttes constantes.

J'entends leurs discussions, dans lesquelles chacun affirme son pouvoir et ses droits; et je me rends bien compte que mon âme :st supérieure à mon corss, qu’elle a des goûts plus nobles, plus élevés. Je suis moimême tout fier de moi, quand c’est elle qui l'emporte dans sa lutte contre les appétits grossiers de mon corps.

Quand au contraire c’est la vile matière qui triomphe en moi, mon âme s'attriste, elle souffre; et moi, composé des deux éléments, j'éprouve cette torture qui s'appelte le remords.

YŸ a-t-il un homme qui ignore ce supplice intérieur? Je ne le crois pas, et ce tourment est si terrible qu'il conduit parfois au suicide! Au fond, c’est pour tuer le remords que les matérialistes s'efforcent de tuer l’âme. Or, n'est-il pas évident que cette lutte intérieure n'existerait pas dans l’homme, s’il était composé d'un seul élément tout matière? N'est-il pas évident qu'il accorderait à sa chair tous les plaisirs qu’elle réclame, s’il n’entendait pas au dedans de lui-même une voix : qui lui crie : « Non, ne fais pas cela, c'est mal. »

Un grand homme a dit : « Je sens deux hommes en moi. »

Non, il n’y a pas deux hommes dans l’homme, mais il y a en lui deux forces dont l’une l’entraîne à descendre, et dont l’autre le pousse à remonter. Il subit

une double attraction, celle des sommets et celle des abîmes. Et le sens intime lui dit que l’une de ces forces lui vient de l'âme et que l’autre gît dans son corps, dans ce composé d’atomes que les savants préteudent connaître, mais qui est encore plein de ’nystères pour eux, puisqu'ils ne savent pas même exacteinent en quoi consiste l'atome, point de départ de toutes leurs théories.

Faisons un pas de plus.

Si d’un côté les découvertes de la science n'ont pu conduire à la connaissance de l'atome, elles ont du moins permis de constater qu'il est absurde de n’ajouter foi qu’à ce qui tombe sous les sens. Car, plus la science fait de progrès, et plus elle découvre qu'il y a dans le monde physique un grand nombre de réalités qui échappent aux sens, et de nombreux phénomènes sensibles sur la nature desquels on s'était jusqu'ici trompé.

Les travaux les plus récents et les plus certains de la science démontrent que les phénomènes qui semblent des réalités aux yeux de notre corps ne sont souvent pour notre esprit mieux renseigné que des apparences.

Ainsi — prenons les exemples les plus notoires — nos yeux nous font bien voir le soleil tournant autour de la terre qui nous paraît immobile dans l’espace. Et cependant, c’est la terre qui tourne autour du soleil, avec une vitesse qui serait d’après des calculs ma-

thématiques soixante-quinze fois plus rapide que celle d’un boulet lancé par un canon.

Cette illusion de nos sens qui nous montre la terre immobile, une fois dissipée, nous en avons tout naturellement conclu que c’est le soleil qui est immobile.

On l’a cru longtemps; et les impies se sont-ils assez

moqués de la Bible, parce qu'elle parle en plusieurs endroits de la course du soleil, et parce que David nous le représente s’élançant comme un géant, sicut gigas! ‘ Mais aujourd'hui les savants affirment qu'il court avec une vitesse vertigineuse dans l’espace infini, et qu’il nous entraîne avec lui dans la direction de la constellation d’Hercule.

Ainsi encore, les couleurs qui frappent nos yeux paraissent bien des réalités, n’esi-ce pas? — Eh bien! non, affirment certains savants, ce ne sont que des apparences. Il n’y a pas de couleurs réelles. Il n’y a que des ondulations de l’éther qui mettent en vibration le nerf optique (Flammarion).

De même, enfin, s’il faut en croire certains savants, il n'y a pas de sons, il n’y a pas de lumière, il n'ya pas de chaleur, il n’y a que des vibrations et des mouvements.

Quand vous regardez un bloc de pierre, ou de fer, vous êtes bien convaincu que toutes les molécules qui les composent se touchent, et sont pressées les unes contre les autres.

Eh! bien, vous êtes dans l'erreur, les molécules ne se touchent pas; ce qui en fait la solidité, c’est l'attraction moléculaire, c'est-à-dire une force invisible que la langue humaine ne peut pas même définir.

« Notre corps est dans le même cas. Il est fornxé par une circulation perpétuelle de molécules; c’est une flamme incessamment consumée et renouvelée; c'est un fieuve au bord duquel on vient s'asseoir en croyant revoir toujours la même eau, mais où le cours perpétuel des choses ramène une eau toujours nouvelle.

» Chaque globule de notre sang est un monde {et nous en avons cinq millions par milliinètre cube). Successivement, sans arrêt ni trêve, dans nos artères, dans nos veines, dans notre chair, dans notre cerveau. tout circule, tout marche, tout se précipite dans un tourbillon vital proportionnellement aussi rapide que celui des corps célestes. Molécule par molécule, notre cærveau, notre crâne, nos yeux, nos nerfs, notre chair tout entière, se renouvellent sans arrêt et si rapidement, qu'en quelques mois notre corps est entièrement reconstitué. » (Flammarion, Uranie, p. 112.)

Mais si notre corps se renouvelle ainsi; si les molécules qui le composent aujourd’hui ne sont pas celles qui le composaient il y a quelques mois, ou quelques années, qu'est-ce donc qui subsiste en nous?

Car en fin de compte, je suis aujourd’hui le même individu que j'étais il y a quelques mois; et ceux mémes qui ne me voient qu'à de rares intervalles, tous les deux ou trois ans, me reconnaissent très bien, et disent : « Il est bien le même que nous avons connu: il a la même taille, les mêmes traits, la même physionomie, le même caractère. »

Qu'est-ce donc, encore une fois, qui demeure en moi, au milieu de ce perpétuel changement de ia matière? Quel est l'être autour duquel viennent se grouper en

i que vous recon- Peut provenir que de cet élément stable.

Or, cet élément, est-il matériel? Non, Puisque la matière n’est pas stable. C'est la science qui me le prouve.

Elle peut bien me dire qu’elle l’ignore, et même nier

à éliminer ceux qui

« Cette force, nous Pouvons assurément Jui accorder le nom d'âme... Mais cette force est immatérielle, invisible, intangible, impondérable, comme l'attraction qui berce les mondes dans l’universelle mélodie; et le Corps, quelque matériel qu'il nous Paraisse, n'est pas autre chose lui-même qu'un harmonieux groupement formé par l'attraction de cette force intérieure.» (Flammarion, Uranie, PP. 343-344.)

Et l’astronome, dont les idées antireligieuses sont

connues, en vient à la conclusion, après avoir décomposé et analysé le corps humain, que l’homme est en réalité « une âme vêtue d'air ».

En d'autres termes, le corps n'est que l'élément visible de l'être humain, tandis que l'âme en est l’élément invisible et principal. Comme on le voit, le savant du XIX° siècle, dont les théories sont d’ailleurs vagues et nuageuses, malgré tous les progrès réalisés depuis saint Thomas, s'exprime presque de la même manière que le docteur angélique, lequel disait : « Il n’y a dans l’homme aucune forme substantielle autre que l'âme intelligente. »

Dès avant le christianisme, les vrais philosophes re- Connaissaient ce dualisme de l'être humain; et Cicéron a écrit sur l'âme humaine des pages qui devraient faire rougir les faux savants de notre temps.

41 vivait, comme on sait, à l'époque la plus brillante de la civilisation païenne, et il en était la gloire la plus éclatante.

Il connaissait tous les progrès alors réalisés par l'esprit humain; mais au lieu d’en conclure, comme les savants modernes, que l'esprit n'est qu'une fonction de la matière, il y voyait quelque chose de divin. Il en étudiait les diverses propriétés, et il jugeait qu'elles ne pouvaient pas être des produits de la matière :

« Je ne me fais pas honte, disait-il, comme de certains philosophes, d'avouer Que j'ignore ce qu’en effet

j'ignore absolument. Mais que notre âme soit de feu, ou qu'elle soit d'air, je jurerais qu'elle est divine.

» Eh quoi! vous paraît-il qu’une faculté si admirable puisse n'être qu'un assemblage de parties terrestres, qu’un amas d'air grossier et nébuleux? Si vous ne connaissez point son essence, du moins, par ses opérations, vous jugez de ce qu'elle peut. » ( Tusculanes, liv. I, 25.)

Et le grand orateur, s’extasiant devant les magnifiques découvertes du génie humain, s’écriait : « Quiconque découvrit les diverses révolutions des astres, dut avoir pour cela un esprit semblable à celui qui les a formés dans le ciel. »

Plus loin, après avoir décrit les merveilleuses facultés de l'âme, il ajoute : « Homère donnait aux dieux les faiblesses des hommes. Que ne donnait-il plutôt aux hommes les perfections des dieux! Et quelles sontelles? Immortalité, sagesse, intelligence, mémoire. Puisque notre âme rassemble ces perfections, elle est par conséquent divine, comme je le dis : ou même c'est un dieu, comme Euripide a osé le dire. » (Idem. 26.)

Enfin, le grand homme, résumant en quelque sorte son argumentation pour Prouver l'immortalité de l'âme, disait encore :

« On ne peut absolument trouver sur la terre l'origine des âmes. Car il n'y a rien dans les âmes qui soit mixte et composé; rien qui paraisse venir de la terre, de l’eau, de l'air et du feu. Tous ces éléments n'ont rien qui fasse la mémoire, l'intelligence, la réflexion, qui puisse rappeler le passé, prévoir l'avenir, embrasser le présent. Jamais on ne trouvera d’où l’homme

reçoit ces divines qualités,

à moins qur de remonter

à un Dieu. Et par conséquent l'âme est d'une nature

singulière, qui n’a rien de que nous connaissons... »

commun avec les é'éments (Idem. 3.)

Dans un autre endroit des Tusculanes, Cicéron invo-

quait l'autorité des ancien talité humaine ::

S pour démontrer l'immor-

« Je vous citerai d'abord toute l'antiquité, disait.il. Plus elle touchait de près à l’origine des choses et aux

premières productions des être lui était connue. Or, 1 ciens était que la mort n'é et que l’homme, au sorti anéanti. »

Les vrais savants de la fermes que Cicéron dans 1

dieux, plus la vérité peuta croyance générale des anteignait pas tout sentiment, r de cette vie, n'était pas

Grèce n'étaient pas moins eur croyance à l'âme.

Socrate croyait que l'âme était une substance qui avait quelque chose de Commun avec la nature divine.

Aristote, tout en l’appela tantiel du corps, lui reco rieure à ce dernier.

Platon se trompait sur

nt l'acte constitutif et subsnnaïssait une nature supé-

Sa nature et la divisait en

trois parties; mais il affirmait que la principale partie était une immortelle émanation de l'âme des dieux.

« L'âme, disait-il encore,

est un être simple, indivi-

sible, inaltérable. Elle ressemble plutôt à la beauté

intelligible, immuable, éter:

qui tombent sous les sens.

nelle, qu’à toutes les choses » (Phédon.)

Après cela, pourquoi m'arrêterais-je aux définitions que les positivistes nous ont données de ce que nous appelons l'âme? Ne sont-elles pas seulement des phrases creuses?

Ce que vous appelez votre âme, disent-ils, c'est « l'ensemble des fonctions de la sensibilité encéphalique » (Littré), « le produit des métamorphoses et d'une composition extraordinaire de la matière » (Buchner), « une résultante de l'organisme comme un concert résulte des tubes des exécutants » (Renan), « un nom collectif pour désigner les différentes fonctions qui s;partiennent au système nerveux... » (Carl Vogt). « Les forces désignées sous les noms de Dieu et d'âme sont des pro priétés de la matière... » (Moleschott).

Eh! bien, non, mille fois non, répondrai-je avec le P. Monsabré. « Exclusive dans ses impressions et modifications, composée, mobile, changeante, divisible, uniforme, passive, esclave, irresponsable, muette, la matière ne peut pas être la force subsistante, immuable, simple, créatrice, libre, responsable, parlante, que nous avons rencontrée au fond du moi humain. L'’immuable

subsistance, la simplicité, l'intelligence, la liberté, la responsabilité, l’admirable musique du langage : tout cela appartient à une force d’un tout autre ordre que la matière, à l'esprit, et l'esprit c'est l’âme humaine.»

Les positivistes repoussent cette doctrine qui élève si haut la dignité humaine, et ils proclament ce qui est une vraie déchéance, en soutenant que l’homme n'est qu’un singe transformé.

. Mais le transformisme n'est qu’une hypothèse qui n'a pas d'autre point de départ que la gradation admirable de l'échelle des êtres et les analogies qui exis. tent entre le corps de l'homme et celui du singe.

Que les êtres soient admirablement gradués, c'est une des beautés de Ja création, et il en résulte tout naturellement des ressemblances frappantes entre les espèces voisines, mais cela ne prouve pas du tout la thèse évolutionniste,

A côté de ces ressemblances, il y a d'ailleurs entre les espèces des différences que les Savants considèrent comme essentielles (Du Chaillu, Quatrefages, Achy, Lecourte, Huxley et Buchner).

Entre l'homme et le si particulières fondamenta &uments sans réplique c

nge, il y a des dissemblances les, qui me paraissent des arontre la théorie évolutionniste.

Je ne fais ici allusion ni aux différences anatomiques et physiologiques que les médecins signalent, ni aux que les philosophes ont simien, surtout la pensée

Je veux parler seulement des dissemblances morales.

Que dis-je» 1] n'y a pas seulement ici dissemblance, Puisque le sentiment moral n'existe pas dans le singe, tandis qu'il est indestructible, ineffaçable dans la conscience de l’homme.

Prenez l'individu le plus sauvage et le plus perverti, et vous constaterez qu'il entend au fond de son être une voix qui lui crie : « Ne fais pas telle action, c'est un crime. » Et la preuve qu'il entend cette voix intérieure, c’est qu'il se cache quand il commet le crime.

D'où s'élève cette voix intime et forte que l'animal ne connaît pas, si ce n’est de cet élément spirituel que nous appelons l'âme?

Mais il y a quelque chose de plus remarquable encore dans l’homme, et qui n'existe pas chez l'animal, c'est la lutte entre l'instinct, ou la nature, et la conscience.

Le corps de la brute a des sensations, des désirs, des besoins qui le commandent, et auxquels elle ne songe pas à résister. Tous les besoins naturels sont pour elle des lois.

Chez l’homme, il n'en va pas de même. La nature l'entraîne dans mille directions mauvaises, mais la conscience l'en détourne.

Quelle est cette force supérieure à la nature, qui lui résiste et qui souffre quand elle est vaincue?

D'où vient cette lutte si ce n'est d’un élément spirituel, tout différent de l'instinct auquel la bête obéit aveuglément, et qui a des aspirations plus élevées et plus idéales?

On aura beau dire, la brute appartient tout entière à la terre.

Mais l’homme est sur les confins de deux mondes, et des deux parts de son être, l’une appartient au monde visible, et l’autre au monde invisible.

Supposons pourtant que la thèse évolutionniste soit démontrée, ce qui n’est pas. Supposons que l'on pût atribuer à l'évolution du singe ce corps perfectionné qui appartient à l’homme, ce ne serait pas encore une raison pour nier l'âme.

Car c'est elle alors qui aurait été, par une intervention nécessaire du Créateur, le couronnement de l'œu-

vre évolutionniste, le complément nécessaire, et le perfectionnement définitif de la transformation. C'est par elle qu'aurait été comblé à un moment donné l'abime qui sépare le gorille de l’homme.

Maintenant, comment l'âme, qui est esprit, peutelle être unie à la matière, et quelle est exactement la nature de cette union?

C'est un problème dont la solution exerce depuis longtemps l'esprit des philosophes; et il reste encore, même après les profondes analyses des docteurs du moyen âge, bien des points à décider.

Ce qui est certain, c'est que l'union des deux éléments est substantielle, étroite, intime, de sorte que les lésions au cerveau, par exemple, affectent les facultés de l'âme; mais il est absurde d'en conclure que c'est le cerveau qui engendre la pensée.

Ecoutez ces paroles de Claude Bernard : « La matière organisée du cerveau, qui manifeste des phénomènes de sensibilité et d'intelligence propres à l'être vivant, n’a pas plus conscience de la pensée et des phénomènes qu’elle manifeste que la matière brute d’une machine inerte, qu’une horloge, par exemple, n’a conscience des mouvements qu'elle manifeste ou de l'heure qu'elle indique; pas plus que les caractères d’imprimerie et le papier n'ont connaissance des idées qu'ils retracent.

» Dire que le cerveau sécrète (ou produit) la pensée, cela équivaudrait à dire que l'horloge sécrète (ou produit) l’heure ou l’idée du temps.

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Eh! s'il faut voir pour croire, je demande quels. savants ont vu le cerveau produisant la pensée, et par quelles expériences leur science a constaté ce phénomène.

Quand l'union s'opère-t-elle? A quel moment précis l'âme prend-elle possession des molécules qui forment les premiers éléments du corps humain?

Sur ce point encore les esprits sont divisés.

Quand et comment se produit la séparation des deux éléments d’où résulte la mort de L'être humain? Nouvelles incertitudes et nouvelles controverses.

Nous savons bien que les égarements de la raison, la folie, le sommeil, la paralysie ne sont pas la séparation.

Nous savons encore qu’il y a dans l'homme trois espèces de vie : une vie végétative, ressemblant à celle des végétaux; une vie animale, presque semblable à ‘celle de tous les animaux; une vie raisonnable, domt l'acte principal est la pensée.

Ce sont probablement ces trois vies qui ont fait croire à Platon que l’âme se composait de trois parties, ayant leurs sièges respectifs dans la tête, dans la poitrine et dans le ventre.

Le docteur Frédault affirme que ce n’est pas l'âme qui quitte le corps, mais que c'est le corps qui quitte l'âme. I} cesse. de se nourrir, et quand la nutrition qui est l'acte essentiel de la vie prend fin, la mort arrive.

Quoi qu'il en soit, le corps se dissout lui-même: aussitôt que l'association des deux éléments est dissoute. Les éléments qui le composent entrent en fermentation, se divisent, se volhtilisent, salon les lois chimi

ques.

Les gaz, les acides, les sels qui s’en dégagent rentrent dans le tourbillon vital et vont former d’autres corps, les uns bruts, les autres organisés et vivants. Car partout de la mort on voit naître la vie.

Et l'âme, que devient-elle alors? Voilà la question essentielle que la science et la philosophie sont impuissantes à résoudre avec certitude, et au sujet de laquelle elles ont imaginé des utopies plus ou moins ingénieuses dont nous démontrerons plus loin l'invraisem blance.

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