‹ De l'homme à Dieu [microforme]Chapitre 9 sur 54 · LA TERRE · texte numérisé non relu

LA TERRE

Si la vue d’un palais, ou d’un château, peut nous donner une idée de la noblesse d'origine et de la grandeur du Personnuge qui l'habite, il ne nous paraît pas inutile, pour mieux connaître l'homme et son auteur, de visiter sa demeure,

Et si nous constatons que l’homme babite un palais plein de magnificence, et qu'il est le roi du plus vaste royaume, nous devrons être plus Convaincu de la grandeur de son origine et de la magnificence de l’Etre tout-puissant qui lui a donné l'existence et la souverai. neté.

Ouvrons donc les Yeux, et étudions l’homme dans son domaine terrestre.

Le premier objet qui frappe nes regards est la Terre, et nous n'avons pas besoin d'en faire le tour pour savoir qu'elle est un ælobe de matière suspendu dans l'espace sans limites.

Voilà le domaine de l’homme dans la Création. C'est une habitation spacieuse, admirablement construite, ornée de tous les embellissements qu'un artiste mer-

veilleux a façonnés et pourvue de toutes les choses nécessaires à l'existence de ses habitants.

Depuis quand l’homme l’habite-t-il?

Il paraît certain, d'après les données les plus incontestables de la science, qu’à une époque difficile à déterminer, mais ne remontant probablement pas à plus de dix mille ans, la terre n'était pas habitée par l'homme.

Il y aurait ainsi une centaine de siècles peut-être, que le premier homme aurait fait son apparition sur notre globe,

Quand on songe que l'individu vit quelquefois un siècle, ce n'est pas assigner un grand âge à l’humanité que de lui en donner une centaine. Il importe peu d'ailleurs que la date de la naissance du premier homme soit plus ou moins reculée. Elle est comparativement récente, mise en regard de la création de la terre elle-même.

Car, s'il faut en croire la science la plus autorisée, l'origine de notre globe remonterait à des millions d'années. 4

La Bible ne fixe aucune date. Elle dit simplement : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. »

On a traduit et expliqué de bien des manières ces deux mots: In principio.

Le sens en paraît aujourd’hui très clair : « Au commencement », Ou en commençant, ou pour commen: cer, Dieu créa le ciel et la terre, c'est-à-dire toute la matière première qui devait composer son grand œuvre.

Le Créateur aurait fait comme l'architecte qui va

bâtir un édifice, et qui entasse et prépare tout d'abord selon le plan qu'il a tracé, tous les matériaux nécessaires à sa construction.

La vraie science n'enseigne rien de contraire à ce texte.

Mais Dieu n'est pas un architecte ordinaire, et il n'a pas été obligé de mettre la main à chaque détail de l'exécution de son œuvre.

La matière, une fois tirée du néant, s'est mise en mouvement sous l'impulsion des forces mystérieuses que Dieu lui a données, et elle s'est développée, transformée, ordonnée, organisée selon les lois qu'il lui avait lui-même tracées. Les mondes visibles se sont ainsi constitués. Et quand la terre, demeure de l’homme, a été toute préparée à recevoir son roi, Dieu a fait l’homme à son image et ressemblance.

Et, d’après les données de la science, l’accomplissement de ce grand œuvre a duré des milliers de siècles.

La science ne peut en préciser le nombre: et ses calculs ne peuvent évidemment s'appliquer qu'aux mondes connus, et surtout à notre globe.

Mais en dehors de cette demeure préparée pour l’homme, il est un nombre incalculable d'autres globes que nous allons contempler.

La cosmologie géocentrique, appuyée sur le système de. Ptolémée, et acceptée par les anciens apologistes du christianisme, était une erreur scientifique; et tout naturellement, en travaillant à l'étayer de textes bibliques, ces vénérables apologistes se sont fourvoyés.

Ils ont donné à certains passages des Livres Saints des interprétations évidemment erronées.

Leur erreur démontre une fois de plus combien il est dangereux de vouloir absolument tout fonder sur la Bible, les sciences ausi bien que la religion.

Non, la Bible n’a pas été donnée à l'homme pour lui apprendre les sciences, mais la religion. Sans doute, nous croyons qu'étant un livre inspiré, elle ne cohtient rien qui ne soit d'accord avec la vraie science, mais il n’en est pas moins vrai que ce n'est pas un livre scientifique, et que ceux qui veulent faire la base de leurs théories plus ou moins hypothétiques s'exposent à faire fausse route.

Car si ces théories sont trouvées fausses, quand la science aura fait de nouveaux progrès, leurs interprétations des textes bibliques seront par là même des erreurs dangereuses..

Car au lieu de voir l'erreur dans l'interprétation, les lecteurs seront tentés de ta voir dans les textes mêmes et ils y puiseront des armes contre la religion.

La Bible n’est nullement en contradiction avec a cosmologie héliocentrique, et ceux des Pères de l'Eglise qui l'ont pensé se sont trompés, voilà tout.

CONTEMPLATION : LES INFINIMENT GRANDS Après une chaude journée d'été, bien’ des fois je me suis abandonné à de longues réveries en contemplant les cieux étoilés.

Tantôt c'était au bord de la mer, dont le chant ne troublait pas ma solitude. Tantôt c'était au fond des

grands bois, ou dans l’immensité des prairies, dont le silence m'enveloppait comme un manteau.

Au premier regard, il semble que les profondeurs du firmament forment une voûte sombre, comme la coupole d'un temple immense, et que les astres en sont les flambeaux qu’une main invisible allume.

Mais bientôt la voûte se soulève, elle s'ouvre, et ce qui semblait être une coupole devient un abime sans fond. C'est l’espace illimité, et mon esprit s’épouvante quand il s'efforce d’en sonder les profondeurs.

À l'horizon sans bornes des perspectives merveilleuses s'étendent et se prolongent dans toutes les directions. Ma vue se perd dans de lungues avenues bordées par des milliers d'étoiles qui sont à des millions de lieues les unes des autres.

À l'œil nu, elles ne semblent être que des points lumineux, semblables à des diamants épinglés sur une immense tenture de velours bleu. Mais la science me dit que les unes sont des soleils, aussi grands, ou plus grands que celui qui nous éclaire, et que les autres sont des planètes, des corps opaques comme la terre, mais plus grands qu'elle, et empruntant comme elle leur lumière au soleil.

À l'œil nu, ces planètes semblent immobiles, mais je sais qu’en réalité elles se meuvent avec une rapidité extraordinaire, et qu'elles accomplissent des révolutions dont les savants calculent difficilement l'étendue.

Plus je contemple, et plus mon étonnement grandit en songeant que ces astres sans nombre, placés à des millions de lieues, viennent se réfléchir sur la rétine de mon œil, aussi petite qu’une goutte d'eau

Et si je regarde dans un télescope, d’autres millions de mondes célestes trouveront encore place dans la prunelle de mon œil.

Ce n’est donc pas seulement dans le ciel que je découvre des abîmes; en moi-même il y a un double abîme, un abîme matériel et un abîme spirituel.

Pourquoi m'extasier devant les merveilles du ciel étoilé, quand mon œil lui-même et mon âme sont aussi des mondes de merveilles?

Non seulement la Création est un tout prodigieux; mais chacun des êtres qui la composent est un prodige qui déconcerte mon entendement.

Si j'en dois croire les savauts, il fut un temps, avant tous les temps, où tout l'univers matériel n’était qu’un chaos, où dans l’espace sans bornes flottaient des nébuleuses mêélées d’ombres et de clartés. Qui donc les avait tirées du néant, et qui les a métamorphosées en des milliers de soleils?

Quel semeur miraculeux a donc jeté à poignées dans les champs ténébreux de la nuit ces myriades de diamants dont le rayonnement nous éblouit?

Le décorateur prestigieux qui orne ainsi la voûte céleste de pierreries étincelantes est-il le même qui décore les champs de floraisons printanières?

Comment ne pas reconnaître partout la même main toute-puissante et le même art infini?

Comme il doit surpasser tous les génies humains le mécanicien qui a construit cette machine immense, si compliquée et si parfaite, dont les ressorts et les rouages ne se briscnt et ne se dérangent jamais!

On dirait même que tous ces grands corps lumineux

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qui se meuvent au-dessus de nos têtes ont la vie et l'intelligence, qu'ils connaissent parfaitement les chemins qu'ils doivent suivre, la quantité de clarté qu'ils doivent répandre, les heures précises auxquelles ils doivent s’allumer ct s’éteindrel

Mais au delà de leurs orbites illimités, que d'autres systèmes stellaires dont la science ignore encore la composition! Que de nébuleuses semblent attendre encore

‘la transformation définitive qui en fera des soleils et

des planètes! A l’œil nu, on les prendrait pour des archipels d'îles flamboyantes flottant sur l'océan sans rivages du firmament.

Quand le génie humain pourra-t-il se rendre compte

de leurs mouvements, de leur composition et de leurs lois?

- Nous n’en savons rien. Mais il y a une chose qu'’aucun homme intelligent ne devrait plus nier : c’est que la création prouve un Créateur et qu'il a fallu une intelligence infinie pour en concevoir le plan gigantesque et pour l’exécuter.

Sans doute, la gravitation universelle explique bien

‘des phénomènes dans les sphères éthérées. Mais,

d’abord, elle ne suffit pas à expliquer, comme le reconnaît Newton, les orbites elliptiques des astres; et supposé qu'elle eût pu tout expliquer, il faudrait toujours l'expliquer elle-même; car elle n’a pu se produire sans une impulsion première.

Quel a donc été le grand moteur de cette première impulsion ?

Et si l’on dit que cette force motrice existait dans la nébuleuse primitive, il faudra toujours nous dire qui a créé cette nébuleuse.

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Et si l’on soutient que: cette mébuleuse a existé de toute éternité, il faudra expliquer comment ses transformations ne se sont pas produites de toute éternité, comment il y a encore des nébuleuses en travail qui devront former d'autres systèmes planétaires et comment notre soleil, après une éternité de refroidissement, n'est pas encore éteint.

Le problème grandit, à mesure qu'on veut le- simplifier, et plus on veut l'expliquer sans Dieu, plus it devient insoluble, tandis que la croyance en l'Infini, un Infini personnel, étant l’Intelligence et la Puissance infinies, nous donne la solution de tout.

N'est-ce pas ce que voulait exprimer un vrai savant, M. Pasteur, quand il disait dans son discours de réception à l’Académie : .

« Au delà de cette voûte étoilée, qu'y a-t-il? De nouveaux cieux étoilés, soit! Et au delà?

» L'esprit humain, poussé par une force invincible, ne cessera jamais de se demander : qu'y at-il au delà?

» Veut-il s'arrêter, sait dans le temps, soit dans l’espace? Comme le point où il s'arrête n’est qu’une grandeur finie, à peine commence-t-il à l’envisager que revient l’implacable question.

» Il ne sert rien de répondre : Au delà sont des espaces, des temps et des grandeurs sans limites. Nul ne comprend ces paroles.

» Celui qui proclame l'existence de l'infini, et personne ne peut y échapper, accumule dans cette affrmation plus de surnaturel qu’if n’y en a dans tous les miracles de toufss les religions. La notion de l'infini dans le monde, j'en vois partout l'inévitable expres-

sion. Par elle, le surnaturel est au fond de tous les cœurs. L'idée de Dieu est une forme de l’idée de l'infini. » :

L'éminent astronome, M. Faye, et M. Blanchard ont défendu les mêmes doctrines devant l’Académie des sciences ; et tout récemment, lord Salisbury disait, dans un discours contre le darwinisme : « Il y a quelque chose qui est à jamais fermé à l'esprit de l’homme, c'est le mystère du commencement. »

Là est en effet le problème insoluble pour l’athéisme, l’abîme dans lequel il doit inévitablement sombrer. C’est pourquoi tous les vrais savants, Leverrier, Ampère, Claude Bernard, Flourens, J.-B. Dumas, Quatrefages, et bien d’autres, en France et dans les autres pays d'Europe, repoussent tous les systèmes cosmogonitues qui prétendent expliquer la création sans Dieu.

Mais reprenons notre contemplation, ou plutôt notre voyage imaginaire dans les espaces célestes.

Sur ma tête, sous mes pieds, tout autour de mon. esprit, qui m'emporte sur ses ailes avec plus de rapidité qu'un rayon de lumière, j'essaie de sonder les profondeurs inconnues du firmament.

Aux milliards de lieues parcourues j'ajoute des millions de milliards et je ne rencontre jamais ni le vide, ni la limite de l’espace; et les soleils succèdent aux soleils, et les mondes succèdent aux mondes, et je n'arrive jamais à un système planétaire qui soit le dernier. |

Et, las de sa course, mon esprit s'arrête écrasé par l'infini. Non seulement je n'ai pas atteint l'extrémité

De l'Homme à Dieu. s

des mondes créés, mais je ne suis encore qu'au commencement; ou plutôt je suis toujours au centre, car comme l’a dit le sublime Pascal : le centre est partout et la circonférence n'est nulle part.

Dieu est esprit, mais cet esprit remplit la création et lui donne vie.

Sans lui, les mondes énormes sont le chaos et le vide, vu écroulement de Babels, des squelettes automatiques s’entre-croisant dans une danse macabre, des spectres vagabonds voltigeant dans le vide, un problème sans solution, une énigme sans. réponse.

O flottes de soleils, de quelles terres inconnues venezvous donc, et dans quels ports inexplorés jetterez-vous l'ancre un jour?

Où donc sont les rivages de cet insondable Océan sur lequel vous voguez sans boussole ni pilote visibles?

Quels abîmes avez-vous traversés et dans quelles profondeurs mystérieuses allez-vous répandre vos clartés?

Y aura-t-il jamais un terme à ce voyage que vous poursuivez depuis des millions d'années peut-être, sans ‘jamais vous arrêter? :

Et les astres flamboyants ne me répondent rien; mais sur les sabords de ces grands navires de feu nous pouvons lire ces noms : L'Infini! L’Eternel! Le Dieu Créateur! Et d'innombrables voix de la terre et des cieux chantent en chœur ces louanges : Pleni sunt cœli et terra. Majestatis gloriæ tuæl!

Cette incommensurable grandeur de la création confond toutes les facultés de mon esprit, et je me demande de quel nom il faut appeler l’homme qui ne peut pas mesurer l'univers et qui prétend mesurer Dieu!

Mais mon admiration et ma stupéfaction grandissent encore, quand j'’étudie l’ordre et l'harmonie de tous. ces mondes illimités et de leurs mouvements sans fin.

Je me représente un mécanicien, qui aurait imaginé une machine ayant les dimensions de notre système planétaire et composée de milliards de pièces de toutes formes, et je me dis : quel génie serait cet homme s'il réussissait à faire mouvoir harmonieusement un porcil mécanisme!

Mais ce grand œuvre, ne serait-il pas un jouet d’enfant, comparé à celui de l'Univers?

Est-il possible que ces milliards de mondes, si merveilleusement et si harmonieusement lancés dans des courses sans limites, se soient créés eux-mêmes ?

Est-il possible que ces infiniment grands aient été créés par un être fini?

À ces deux questions le simple bon sens répond : Non.

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