CHAPITRE IL
€»raetères corporels.
]I est trop évident que le corps humain , par eela même qu'il emprunte ses formes et son organisation à la première classe du règne animal , ne saurait nous offrir des caractères aussi importants que ceux de Tactivité psychologique. Une fois que la nature de l'homme est hors de cause, il nous importe peu que son organisation, en le rattachant aux mammifères , mette plus ou moins de distance entre cet être et les premiers singes. Ce qui nous intéresse dans les différences que nous rencontrons sous ce rapport entre nous et les animaux , c'est de Voir par quel genre de modifications Torganisme du mammifère devient l'organisme de Fhomme , c'est de constater Tharmonieux rapport de ces mo* difîcations avec leur but , c'est-à-dire avec le rôle du corps humain dans les conditions actuelles de ]a vie humaine. Du reste, il résulte de celte harmonie que, si la vie humaine est supérieure à la vie animale , les caractères corporels de Thomme porteront le cachet de cette supériorité.
De tous ces caractères, les plus importants sont nécessairement ceux que présentent les organes des premières fonctions physiologiques , c'est-à-dire le
cerveau, les appareils des sens , et celui de la locomotion dans son ensemble et dans quelques détails qui se recommandent plus spécialement à notre attention.
Les centres nerveux, renfermés dans la tète, dans le crâne , et qu*on réunit sous la dénomination générale d'encéphale , appartiennent , comme on le sait , les uns aux divers modes de la sensation , les autres à l'incitation et à la régularisation des mouvements , d'autres enfin à ces fonctions à la fois intermédiaires et supérieures à la sensation et au mouvement , sous le nom de fonctions psychologiques. C'est à ces dernières qu'est dévolu le cerveau proprement dit, masse hémisphérique qui devient très-prédominante chez les animaux supérieurs, et surtout chez les mammifères, lesquels sont, à cet égard, bien au-dessus de tous les vertébrés ovipares. Cette masse est partagée, par une profonde scissure médiane, en deux por^ lions, connues sous le nom d'hémisphères céré^ braux. Chacun de ces hémisphères offre , à son tour, l'indice d'une subdivision transversale en trois lobes au plus , et ordinairement toute la surface de l'organe est parcourue par un plus ou moins grand nombre de sillons d'une profondeur variable , si-» nueux , et qui laissent entre eux des parties arrondies et saillantes, nommées circonvolutions. Ajoutons que les hémisphères , étudiés dan^ leur struc*
ture , nous offrent extérieurement une couche de matière nerveuse très-colorée , pulpeuse , et qui suit les sinuosités des circonvolutions , que plus profon* dément se trouve une masse blanche, plus ferme , offrant Taspect d'un ensemble de fibres qui rayonnent vers tous les points de la circonférence des hémisphères et s'arrêtent à Técorce pulpeuse. Celle-ci est considérée comme la partie essentiellement active de Torgane , et la substance fibreuse comme conductrice des incitations qui arrivent à la première ou qui en partent. Enfin chaque hémisphère est creusé d'une cavité ou ventricule à peu près de même forme que lui , et, d'un hémisphère à l'autre , s'étendent des fibres de ralliement qui forment entre autres la grande lame transverse, nommée le corps calleux. Ces détails suffiront pour rintelligence de ce que nous avons à dire sur le développement qu'éprouve le cerveau, d'abord dans la série des mammifères , puis du premier de ceux-ci à l'homme. Avant de caractériser ce développement , je- ferai une dernière remarque générale , c'est que ni l'anatomie comparée , ni l'analyse anatomique du cerveau humain , ne conduisent à considérer cet organe comme réunissant dans sa masse générale un grand nombre d'organes particuliers, ainsi que le prétendaient Gall et^Spurzheim. Le cerveau est un ; les modifications de sa surface, et notamment celles que déterminent les circonvcn
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huions , n'ont rien de commun avec des subdivisions , et la base anatomique de la phrénologie est une hypothèse complètement ruinée aujourd'hui.
En parcourant la série des mammifères , nous voyons le cerveau s'acheminer vers les caractères qu'il offre dans l'espèce humaine ; malgré les oscillations qui semblent interrompre la continuité de ce progrès , celui-ci s'accomplit d'une manière graduée jusqu'aux premiers singes , aux orangs. Mais, pour passer de ces singes à l'homme , nous franchissons une distance considérable. Chez l'homme le moins favorisé sous ce rapport, les hémisphères cérébraux sont incomparablement plus volumineux que chez l'orang ou le chimpanzé. Non-seulement ils ont plus de longueur, tant absolue que relative, et couvrent entièrement et surabondamment eu arrière une autre masse nerveuse, qu'on nomme le cervelet; mais leur hauteur se montre hors de toute proportion avec celle du cerveau des singes supérieurs , et cette différence est surtout remarquable en avant , où elle produit cette élévation et cette belle courbe de la région frontale , qui sont un des traits caractéristiques de la tète de l'homme. Le développement relatif des trois lobes qui se succèdent d'avant en arrière , le volume des circonvolutions principales, le nombre des autres ^ l'étendue et l'épaisseur du corps cal*
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leux j Fâbondance de récorce pulpeuse , ne mettent pas moins d'intervalle que les proportions générales entre l'organisation cérébrale de Tespècc humaine et celle des premiers mammifères , sans compter les nombreux détails que je ne puis mentionner dans cette esquisse.
Les différences qui caractérisent le cerveau de l'homme , c'est-à-dire le premier de nos organes » .témoignent pour la plupart d'un développement hors de ligne. Ce résultat est important sans doute ; mais il est bien incomplet , par cela seul , qu'ignorant en quoi consiste l'action cérébrale , nous ne pouvons apprécier la portée physiologique et psychologique des grandes différences organiques qui nous frappent ici.
Les organes des sens nous offrent , dans l'espèce humaine , un premier caractère d'une grande importance, ce qu'on me permettra d'appeler leur développement harmonique. Chez les animaux , il y a toujours quelque sens qui prédomine , tandis que d*autres s'effacent plus ou moins , et la supériorité d'un sens se lie constamment à une particularité de mœurs , semble commander l'activité extérieure. Ainsi l'odorat si merveilleux du chien et de quelques autres animaux carnassiers voue en quelque sorte leur vie à la chasse. L*œil de l'oiseau, avec sa puissante rétine , se rattache à la destina* tion d'un animal aérien. Le cheval , le lièvre , la
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chauve-^souris , en général les animaux nocturnes ou timides , sont doués d'une ouïe très-fine. D'un autre côté , si Ton en excepte les chauves-souris , les mammifères , avec leur peau ou très-velue ou très-épaisse , sont peu accessibles aux impressions tactiles générales , et il en est peu qui , par une disposition spéciale d une partie du corps , soient en mesure d'exercer le toucher actif. Le goût luimême ne paraît jamais être très-prononcé, et sou-, vent répiderme de la langue acquiert une consistance cornée, qui met certainement obstacle à l'impression des substances sapides.
Aucun des sens de l'homme ne domine les autres, aucun d'eux ne demeure en arrière. Notre œil n*a pas une rétine aussi surabondante que celle de l'aigle ; notre oreille n'offre ni des cavités aussi sonores , ni une conque acoustique aussi parfaite , que celles du lièvre et de plusieurs autres mammifères ; nos fosses nasales n'ont pas le développement de celles du chien , ni nos narines, l'appareil glanduleux qui humecte continuellement celles de ce même carnassier ; notre peau n'est ni aussi fine ni aussi impressionnable que celle des ailes de la chauve-souris. Mais chez nous tous ces organes atteignent à peu près le même degré de perfectionnement, et leur ensemble rachète ce qui peut manquer à chacun d'eux.
Remarquons^ en second lieu, que l'avantage
naturel qui résulte pour l'animal de la perfection d*un de ses sens se réduit à rendre celui-ci plus impressionnable ; que le chien recueille ainsi les moindres émanations odorantes ; le lièvre, les bruits les plus légers ; que la chauve-souris sent les moindres différences de densité de Tatmosphère. Mais le chien ne cherche dans les odeurs , le lièvre dans les bruits , la chauve-souris dans le milieu qu'elle traverse, que des sensations propres à les renseigner, Tun sur la proie qu'il poursuit , l'autre sur les périls qui le menacent , le troisième sur le voisinage des corps que ses yeux ne lui permettent pas d'apercevoir à la nuit tombante. Éclaireurs d'une intelligence bornée , qui ne préside qu'à la satisfaction d'un petit nombre de besoins de l'ordre le moins élevé, les sens de l'animal sont affectés d'une manière simple. L'œil voit bien ce que l'animal a besoin de voir, une proie , un obstacle , une place à occuper, un ennemi à fuir. L'oreille entend et distingue bien ce que Fanimal à besoin de discerner, un bruit, ou même des sons simples ou modulés, mais significatifs ; Todorat donne un avertissement utile et sûr à l'égard d'un objet cherché , ou d'une nourriture dont l'animal veut savoir si elle lui convient ; le goût interroge aussi les seules qualités essentielles des aliments. Mais il n'est donné qu'à l'homme de demander à tous ses sens des services qui aillent au delà des besoins les plus
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immëdiatsL Lea organes dont nous parions , et dont il ne faut jamais séparer leurs eentres de percep^ tion y servent chez nous d'autres besoins encore ^ ceux de nos facultés les plus éminentes , et même déjà une capacité de jouissance bien supérieure à celle de Tanimal. Le goût nous est moins utile pour discerner les bonnes ou mauvaises qualités d'un aliment , que pour trouver un plaisir dans la satis* faction d'un besoin , ce qui nous coudait à ajouter par notre industrie aux dons de la nature. S'il y a là une tentation de sensualité , il y a aussi un bien* fait de Dieu » et l'analyse des saveurs par un sens exercé est une sorte de chimie physiologique, qui contribue i^nos connaissances sur la diversité de la matière ; on sait tout le parti que la clîimie et Tart de guérir tirent de cette analyse. L*odorat s'associe souvent au goût, et ces deux sens nous donnent des impressions combinées, qui se complètent et se for* tifient récipro(}uement. Il est probable que Thomme seul parait rechercher ou fuir les odeurs pour le seul fait de la jouissance qu'elles lui procurent ou de la répugnance qu'elles lui inspirent , et tout le monde a fait l'expérience de leur influence sur notre imagination ; ce sont là des effets d'un autre ordre que ceux que nous observons chez les ani* maux.
Quant à la vue , l'homme a un premier avantage, dont il ne jouit cependant pas seul , c*est que
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ses yeux , au lieu d'élre rejetés sur les côtes de la tête , d'avmr par conséquent deux directions opposées et de donner des images différentes , se dirigent en avant , regardent les nuémes objets , et reçoivent une même image , ce qui donne nécessairement plus d'unité i la sensation* Nous saisissons , dans un tableau d'ensemble , Tharmonie des formes et des couleurs ; de là encore des jouissances inconnues de TanimaL La vue n'est-elle pas d'ailleurs un des sens par lesquels nous acquérons le plus de notions sur le monde extérieur, lorsqu'employé avec la force d'attention dont nous sommes capables , il est dirigé dans ses investigations par une intelligence aussi infatigable que féconde ?
Chez rhomme, la vue trouve dans le toucher un précieux contrôle et au besoin un suppléant , grâce à la finesse que ce dernier sens acquiert à l'extrémité de nos doigts , et grâce surtout à la souplesse qui permet à ces organes de s'appliquer aux surfaces de formes diverses dont nous voulons connaître et l'étendue, et la configuration, et les autres caractères. L'importance du toucher actif se lie plus directement encore au rôle de la main humaine comme agent de notre industrie , et cette importance est telle , qu'un philosophe a été tenté d'attribuer à cette partie de notre corps toute notre supériorité ioteUectuelie I doctrine qui ne sup-
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porte pas d'ailleurs TexameD le plus superficiel.
Enfin Touie établit entre nous et la nature, entre nous et nos semblables , des relations nombreuses et variées, proportionnées à notre supériorité psychologique. Ce ne sont pas seulement quelques différences d'intensité et de timbre , quelques tons principaux, que discerne notre oreille ; ce sont les moindres nuances d'intonation et de rhythme » «t ces rapports des sons simultanés ou successifs d'où naissent les jouissances combinées de Thar* monie et de la mélodie ; de là ces sensations supé^rieures, tour à tour vives ou profondes , gaies ou sérieuses, qu'éveille en nous le premier 4es arts î celui que j'appellerais Fart social par excellence ^ si la parole n'avait pas aussi ses enchantements^ si , comme la musique, elle ne savait pas aussi ravir à leurs préoccupations personnelles les mem*^ bres d'une grande assemblée, pour confondre leurs âmes dans une commune émotion.
Ainsi les sens de l'homme, mieux équilibrés entre eux que ceux de l'animal , plus propres à donner des impressions ^nuancées , plus sensibles aux harmonies et aux discordances , moins exclusivement voués au service de la vie physiologique» plus modifiables par l'éducation, et enfin plus per-^ fectibles par cela seul qu'ils £ont les instruments d'une intelligence supérieure , réunissent dans leur apparente médiocrité organique les conditions les
plus heureuses pour proportionner leurs fonctions aux exigences de nos facultés.
Les deux régions qui se partagent la tête, savoir le crâne et la face , se proportionnent au développement relatif des organes qui s'y trouvent placés. Dans les animaux, c'est la face qui prédomine. Les mâchoires , et souvent aussi les fosses nasales , se projettent chez eux au-devant du crâne dans une direction oblique ; ce dernier est rejeté en arrière, et sa ligne frontale n'est guère plus redressée que celle du museau, à laquelle elle fait suite. H est rare d'ailleurs que la surface externe du crâne donne chez les mammifères une idée exacte du volume proportionnel du cerveau , cette surface offrant ordinairement des saillies osseuses auxquelles s'attachent quelques muscles , et qui relèvent plus ou moins ou le front ou le sommet de la tête. Chez Thomme , le crâne l'emporte beaucoup sur la face, sans offrir ni crêtes, ni saillies, ni masses musculaires , qui dissimulent sa forme réelle et les proportions, vraies du cerveau, renfermé dans cette boîte osseuse. Très -élevée et arrondie de toutes parts , celle-ci nous offre d'avant en arriéré une ligne de faîte presque horizontale, qui se termine partout en se convertissant en courbes rapidement descendantes ; l'une d'elles , la courbe antérieure , dessine un front plus ou moins vertical , ^t le profil de la face la continue dans la même
direclion. Ainsi la face , réduite ici à des dimensions proportionnelles médiocres , vient s'abriter au-dessous de la moitié antérieure du crâne, qui la domine tout entière. C'est en quelque sorte exceptionnellement, par d^radatîan du type normal , et d'ailleurs dans une très - faible mesure , que, chez certaines races humdnes, les mâchoires et les dents antérieures prennent une diret^ion un peu oblique ; cette projection , ce prognatisme, pour me servir de l'expression reçue , ne rappelle que de bien loin la saillie faciale des singes, déjà bien moindre que celle de la plupart des autres mammifères.
Qu'est-ce que la face ? La partie de la tête dévo* lue aux organes des sens, et plus spécialement encore à ceux de ces organes placés en sentinelle a l'entrée des appareils de l'alimentation et de la respiration ? Qu'est-ce que le crâne ? La région cérébrale , la véritable tête de lorganisme^ Ainsi, chez ranimai, c'est la face, l'élément inférieur, qui l'emporte et qui se place en avant ; tandis que, chei rhomme , l'élément supérieur domine l'autre par son étendue et sa position.
Mais , dans cet état de subordination , la figure liumaine s'anoblit, ses formes gagnent à la rédue- Uon des traits qui étaient en saillie. Si le système osseux subit une diminution , il est aussi moins 8U|perficid ; entre lui et la peau, s'inteiyosent des
CARàCTÈHES COKPORELS. W
parties molles qui arrondissent les traits, des muscles qui les mobilisent , et qui donnent au visage tantôt l'énergie de la passion , tantôt toutes les nuances du sentiment. Aucun animal ne possède un appareil musculaire facial qui approche de ce* lui de rhomme, parce que ranimal.n'en a que faire.
Parmi les traits de détail caractéristiques de la figure humaine, les plus remarquables sont la di* reclion antérieure des yeux, que j'ai déjà mentionnée, la saillie du nez avec la position inférieure des narines, la médiocre ouverture de la bouche, et la forme de l'oreille externe. Celle-ci présente sans doute beaucoup d'analogie avec celle des singes ; mais chez tous ces animaux, en même temps que le lobule inférieur s'efface, la partie supérieure du pavillon, toujours déroulée, s'allonge plus ou moins. L'oreille humaine se caractérise au con* traire par un lobule inférieur très-prononcé , et supérieurement par le rebord arrondi qu'on appelle rhélix. Il est remarquable que celui-ci tend à se dérouler et que le lobule se raccourcit chez les races humaines les plus dégradées.
Tandis qu'en avant le crâne abrite la face, qu'il semble imposer à celle-ci la direction de la ligne frontale , et qu'il donne ainsi à l'angle facial ces belles proportions auxquelles la statuaire grecque a rendu hommage, même en les exagérant, la
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courbe occipitale ramène l'articulation de la té(e avec la colonne vertébrale à une position tellement avancée, que, cette colonne étant placée verticalement , la tête se trouve posée en équilibre sur elle. Ainsi déjà les formes de celle-ci, et j'ajouterai la direction de la face, la position des yeux , l'ouverture des narines , l'articulation du crâne , nous annoncent la station/erticale et bipède. Supposons, en effet, notre corps placé horizontalement , tout est contre-sens dans la direction des lignes céphaliques : le sommet du crâne devient la partie avancécf, le front et la face sont en dessous, les yeux, regardent directement le sol, les narines s'ouvrent en arrière. Nous allons voir d'ailleurs que toutes les. dispositions du tronc et des membres concourent à nous donner cette attitude caractéristique qu'aucun animal ne partage réellement avec nous, car la position naturelle des premiers singes est toujours inclinée. Chez nous les courbures de la colonne vertébrale, la largeur de la poitrine» Tévasement du bassin^, le grand ecartement , les^ disproportions , et les formes des membres, les différences qui distinguent leurs extrémités , tout s'harmonise , comme nous allons le voir, pour redresser le corps, pour l'appuyer exclusivement sur les membres postérieurs, et dégager les antérieurs de la locomotion générale.
Et d'abord la colonne vertébrale décrit dans sa longueur une suite de courbes alternantes, parfaitement calculées pour maintenir vertical un axe auquel , se rattachent en avant des masses organiques considérables, qui l'entraîneraient, sanscela, en dehors de son centre de gravité ; à la flexion antérieure du cou , qui complète Téquilibre de la télé, succède la courbure postérieure du dos , qui modère la saillie de la poitrine ; puis la colonne revient un peu en avant , pour soutenir plus directement les grandes masses viscérales, à Tendroit où elle s'articule elle-même avec la ceinture du membre qui porte le tronc.
Chez les quadrupèdes , la poitrine est étroite , mais elle gagne en saillie ce qu'elle perd en étalement ; car il importe à l'agilité de la course horizontale que les membres ne soient pas trop écartés d'un côté à l'autre. Chez l'homme, la poitrine s'élargit et s'avance médiocrement au«devant de la colonne vertébrale , ce qui est tout à la fois favorable à l'équilibre dont je parlais tout à l'heure , et aux fonctions spéciales des membres antérieurs, comme nous le verrons bientôt. Fortement attaché à une base de colonne qui s'est successivement élargie et qui s'atténuera depuis ce moment, le bassin offre, comme la poitrine, un diamètre transversal prédominant et une longueur médiocre,
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ce qui est encore l'inverse de ce que' nous voyons chez les quadrupèdes et chez les singes. Ce bassin termine ainsi le tronc par deux hanches jetées en dehors, qui portent dans la station verticale la niasse des organes abdominaux les plus mobiles. En même temps , les membres qui s'articulent ici , et qui doivent seuls porter le poids du corps , se trouvent assez écartés pour mettre entre eux tout Teffort de ce poids.
Ces mêmes membres complètent par leurs caractères particuliers les conditions de la station verticale. Us débutent par un os fémoral assez long, dont la tète articulaire est portée sur un col qui descend obliquement en dehors avant de se réunir au corps de Tos , ajoutant encore à Técartement des deux membres. A son autre extrémité , le fémur s'articule avec Tos principal de la jambe , le tibia , par une large surface , et de manière que la cuisse et la jambe aient au repos une même direction , et non cette demi-flexion imposée aux mêmes parties chez les quadrupèdes. Enfin les pieds , sur lesquels s'appuient verticalement et lé corps et les membres qui lui font suite, se distinguent par un talon prononcé , un tarse ou coude-pied haut et cambré en dedans , un métatarse ou une plante large , et une série oblique ou décroissante d'orteils très-courts , tous placés sur le
GARACTRRES CORPORELS. 103
même plan ; ce sont là des extrémités à la fois flexibles et biea posées sur le sol, appropriées exclusivement à la station et à la marche , et bien différentes par conséquent des extrémités postérieures des singes, qui sont des mains longues, étroites , fléchies ; celles des prangs , en particulier , sont déjetées en dehors , de manière i ne toucher la terre que par leur bord externe. Les muscles les plus remarquables de nos membres inférieurs sont ceux qui , des parties postérieures du bassin, vont s'attacher au fémur comme extenseurs de la cuisse , puis ceux du mollet, qui s'attachent au talon par le tendon d'Achille, et agissent comme extenseurs du pied.
Quant au membre antérieur ou supérieur , la position naturelle de l'homme lui a fait quitter le sol et l'affranchit de ses fonctions locomotrices , pour le consacrer tout entier au service de F intelligence. Nous avons déjà vu que la main qui termine ce membre est un organe de toucher actif ; elle est en même temps , et déjà par cette raisonlà, un habile serviteur de la plus ingénieuse activité. Portée par un membre à la fois très-libre et appuyé à son origine sur une forte clavicule, ajoutant à la mobilité du bras celle d'un avantbras non-seulement flexible sur le premier, mais qui tourne sur lui même , flexible à son tour sur
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l*avant-brâs , assouplie elle-même par le grand nombre des os qui la composent à sa naissance, large à la paume , divisée en cinq doigts qui ont à la fois des mouvements d'ensemble et des mouvements isolés, et dont le premier, le pouce, opposable aux quatre autres, est assez avancé et assez long pour se porter très-loin au devant d'eux, la main se meut en totalité dans des directions variées , et se prête par ses mouvements partiels à tous les actes d'exploration du toucher, au ma* niement des plus petits objets.
Les singes ont aussi des mains , et les orang&, les chimpanzés , les ont , comme nous, divisées en doigts assez longs, couvertes d'une peau souple, nerveuse , soutenue par une couche de tissus mous et un peu élastiques ; ils ont l'extrémité des doigts protégée par des ongles plats , qui n'en couvrent que la face dorsale. Mais, chez ces singes comme chez les autres quadrumanes , ce sont les deux membres qui se terminent par des mains , et déjà ceci nous indique une autre destination de ces extrémités. Puis leurs mains antérieures , les seules que nous devions comparer aux nôtres, sont avant tout des organes de préhension conformés pour saisir des branches. La paume en est étroite , longue et un peu fléchie; la pouce est reculé; les doigts médiocres, incapables de se mouvoir se-
CARAGT&RES CORPORELS. 105
parement ; en un mot, la maia du singe est encore à une grande distance de celle de l'homme.
Les appareils des fonctions nutritives présentent chez nous peu de particularités d'une certaine im-> portance ; ils sont à plus grande distance de Tacti* vité psychologique que ceux de la locomotion , et par conséquent moins directement harmonisés avec elle. Nous avons vu la nutrition s'animaiiser; mais il serait difficile de dire qu'elle s'élève à une nou« velle puissance , et qu'elle prenne le signe d'une nouvelle dignité en entrant au service de l'homme. Cependant il ne faut pas méconnaître ici quelques faits assez caractéristiques. Ainsi , quant à l'ail* mentation, le système dentaire, l'estomac » les intestins , nous offrent chez l'homme , avec les con« ditions générales qui distinguent les mammifères supérieurs, des conditions plus particulières, qui indiquent la faculté d'user de diverses sortes d'aliments, faculté qui, toutes choses égales d'ailleurs» est un indice de supériorité , puisqu'elle annonce plus de liberté. L'homme a trois sortes de dents, comme les quadrumanes et les carnassiers, et il a de plus le même nombre de dents que les singes de l'ancien continent. Ses molaires sont, comme celles de ces mêmes singes, assez larges pour se rencontrer d'une mâchoire à l'autre, surface à surface ; en même temps , elles sont surmontées
iW l'hommis.
de tubercules mousses. Avec de pareilles dents ,
on coupe difficilement des chairs résistantes , et
on broie encore plus malaisément les herbes et les
parties dures des plantes; on écrase des fruits
succulents ou charnus, ou même des noyaux et
les amandes que ceux-ci renferment ; on semble
réduit, en un mot, à se nourrir, comme font les
singes, sur les grands arbres des régions équi-
noxiales. 11 semble donc que, par son système
dentaire, Thomme ne soit, comme le singe, que
fnigivore ; que son régime , par conséquent , soit
déterminé et renfermé dans d'étroites limites , et
qu'à moins d*habiter des pays où la fructification
ne connaît pas de repos, nous devions mourir
de faim {>endant les longs hivers des pays qu'on
nomme tempérés, à plus forte raison dans les
hautes latitudes.
Mais ce qui nous rend, avec des ressources alimentaires plus nombreuses, la faculté de vivre partout, c'est le feu, dont l'homme seul connaît r usage ; les peuples les plus sauvages savent pro* duire et entretenir le feu, l'animal ne sait qu'en jouir quand il ne le redoute pas. Avec cet agent, tout homme supplée, dans les climats rigoureux, à la chaleur que lui refuse le soleil , pendant la nuit, à la lumière de cet astre , en tout temps et partout , à rinsuffisance de son régime naturel ; sans
CARACTERES CORPORELS* idfl
compter les services qu'A retire de ce puissant modificateur de la matière, pour mettre en œuvre et façonner celle-ci.
La respiration de l'homme est active, abon-* dante , favorisée par le développement de la poi-^ trine en largeur et en hauteur ; une différence re* marquable existe sous ce rapport entre nous et les singes, qui nous avoisinent le plus.
Quant à la circulation, nous ne trouvons de digne d'être signalé que le calibre des artères qui se rendent au cerveau; il est proportionné au vo* lume de cet organe important. Ces vaisseaux, après avoir décrit quelques sinuosités , se distri-^ buenl au centre nerveux, sans subir de subdivision préalable propre à ralentir l'impulsion donnée au sang par le cœur. Or cette double circonstance d'une artère volumineuse et tardivement subdivisée ne pouvait s'accorder qu'avec une position verticale du tronc , position qui neutralise par la pe* santeur le danger qui résulterait, pour un organe délicat, d'un jet de liquide lancé à courte distance^
Nous venons d'étudier l'homme dans l'ensemble de ses caractères essentiels, dans les traits qui, appartenant à la nature humaine , à toute l'humanité, séparent celle-ci' de Tanimalilé. Nous avons vu que la mesure des différences est telle ^ que le
genre humain forme à lui seul un règne; que , s'il se rapproche des premiers animaux par son organisalion , son activité a un tout autre but et une autre portée que la leur ; qu'enfin il imprime le cachet de sa supériorité à l'organisme qu'il emprunte.
Ce règne a , comme les autres , sa diversité ^ et le moment est venu de nous en enquérir.