‹ De l'Huile d'Olives: Traitement de la Colique SaturnineChapitre 8 sur 14 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Prise dans le service de M. Weill)-

Victor O..., quarante-huit ans. Peintre en bâtiments. Entré le 5 novembre 1892. Salle Saint-Jean, n° 6. — Sortile 14 novembre 1892.

Antécédents héréditaires. — Père mort à trente-sept ans d’une affection thoracique aiguë. Mère morte à cinquante -sept ans, de catarrhe pulmonaire.

Cinq frères ou sœursqui ont tous succombé à des maladies aiguës.

Antécédents personnels. — Vers cinq ans, convulsions à Ja suite d’une frayeur. Pneumonie à trente-cinq ans. Quelques excès alcooliques. Pas de syphilis.

Le malade a débuté dans sa profession à l’âge de quinze ans. Quatre ans après il a présenté une première attaque de coliques saturnines ayant duré environ un mois, soignée à l'hôpital de Grenoble, par les purgatifs et les lavements.

Depuis, tous les trois ou quatre ans, survenait un accès durant en moyenne trois ou quatre semaines.

Les derniers ont été soignés à l’Hôtel-Dieu, par la belladone et l’iodure de potassium, les purgatifs, les Jlavements et les bains sulfureux.

Il y a un mois et demi à la suite d’un travail appelé « ponçage » qui détache de nombreuses particules de peinture, il est pris de coliques. L’avant-veille il avait fait, à ce qu’il raconte, quelques excès alcooliques.

Ji se soigne lui-même, par des purgations à l’eau-de-vie allemande, et, au bout de quinze jours, se sentant mieux, il reprend son travail. Mais les coliques reparaissent aussitôt, Anorexie

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complète. Vomissements bilieux. Constipation. Soif vive. Courbature. Il entre à l'hôpital.

Etat actuel. — Le malade est maigre, pâle, anémié, d’un teint terreux.

Anorexie. — Soif continue. Langue saburrale. Dents mauvaises, presque toutes cariées.

Léseré de Burton très net. Les vomissemeets ont cessé, mais le malade se force à manger, les digestions sont très douloureuses.

Le ventre est légèrement en bateau, dur, douloureux dans toute son étendue à la pression et au frôlement. Douleurs spontanées naissant au creux épigastrique et à l’ombilie, s’irradiant dans les lombes. Très violentes, elles empêchent tout sommeil et offrent toutes les dix minutes des exacerbations durant une minute environ, Elles se calment en partie par une pression large et énergique.

Constipation absolue depuis cinq jours.

Foie normal, jamais d'ictère.

Rien aux poumons.

Quelques palpitations de cœur.

Pas de paralysies musculaires, pas de tremblements. Réflexes normaux. Crampes dans les mollets.

Pas de myalgies. Quelques douleurs arthralgiques aux épaules. Céphalalgie frontale cette nuit.

Pas d’étourdissements, de vertiges, de bourdonnements d'oreilles comme le malade en a présenté dans quelques attaques antérieures. Sens normaux, Pas d’anaphrodisie.

Mictions fréquentes, deux ou trois la nuit. Urines claires, sans albumine. Pas de ténesme vésical.

Le malade prend un verre d'huile. Pas de selle, Très léger amendement des douleurs.

Le 6 novembre, un verre d'huile. Pas de selles. Amélioration très notable, au point de vue des douleurs.

Le 7 novembre, huile. Pas de selles à la suite de son ingestion. Les douleurs sont peu intenses.

Un lavement administré dans la soirée amène une selle peu copieuse. Matières dures, noirâtres.

Le 8 novembre, huile, deux selles assez abondantes, molles jau-

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nâtres. Douleurs à peu près disparues, même à la pression. Le 9 et le 10 novembre, deux selles, pas d’huile. Le 11 novembre, trois. Le malade ne souffre plus du tout. Le malade sort le 14 novembre, complètement guéri. Les crampes et les arthralgies ont également disparu.

OBSERVATION III Prise dans le service de M. Well.

Etienne V..., trente-sept ans, peintre en bâtiments.

Entré le 8 novembre 1892. —— Salle Saint-Jean n° 8. — Sorti le 17 novembre 1892.

Antécédents héréditaires. — Deux sœurs mortes l’une en bas

âge de maladie indéterminée, l’autre à vingt-quatre ans de tuberculose pulmonaire. Son frère peintre-décorateur a succombé à quarante-quatre ans à une intoxication saturnine compliquée peut-être d'hydrargyrisme. Il est mort dans un asile d’aliénés après avoir présenté plusieurs fois des attaques de colique de plomb.

Antécédents personnels. — Rougeole dans l’enfance. Il y a trois ans, sciatique de la jambe droite très douloureuse ayant duré trois mois et traitée par la teinture d’iode, les pointes de feu et les bains de vapeur. Pas de syphilis. Deux blennorragies, Quelques excès alcooliques autrefois. Le malade prétend s’être amendé sur ce point depuis six ou sept ans.

A dix sept -ans, il entre en apprentissage et à peine a-t-il débuté dans le métier de peintre qu’il est pris de coliques.

Depuis il a eu de très nombreuses attaques survenant à intervalles plus ou moins éloignés, selon qu’il travaille comme peintre ou comme plâtrier et durant chacune de huit à quinze jours.

Dans l'intervalle le malade a toujours de l’anorexie,| une faiblesse générale, de l’anorexie des digestions lentes et pénibles.

Tous ces accès ont été soignés par les purgatifs et les bains de

vapeur.

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Le dernier remonte à un mois et demi et depuis le malade ne s’est jamais bien rétabli. Les douleurs ont persisté, très sourdes, espacées.

Il reprend son travail et au bout de huit jours il est pris d’une nouvelle attaque. Coliques. Courbature générale. Anorexie absolue. Vomissements, constipation. Il entre à l'hôpital.

Etat actuel, — Il est maigre, affaibli. La peau est pâle, blafarde, les muqueuses décolorées, le sang pâle.

L'appétit est complètement disparu. Deux à trois fois par jour, vomissements bilieux, verdâtres. Le matin, comme par le passé, pituite, rejet de matières glaireuses.

Langue saburrale, humide. Liseré de Burton. Dents noires, quelques-unes cariées. L'haleine est mauvaise, Pas de pigmentation de la muqueuse des joues.

Le ventre est légèrement rétracté, dur. Les muscles abdominaux en contracture, douloureux au pincement. Douleurs spontanées, continues siégeant au creux épigastrique et à l'ombilie, s'irradiant dans les cuisses, dans les bourses. Très intenses elles empêchent le sommeil et offrent des exacerbations de longue durée revenant une dizaine de fois par jour.

Constipation depuis cinq jours.

Le foie est rétracté. La matité est de trois travers de doigt et demi. Jamais d’ictère.

Palpitation de cœur fréquente. Essoufflement à la moindre fatigue. Pas de bruits anormaux au cœur. Rien aux poumons.

Température 38°,2 le soir, 37°,5 le matin.

Pouls petit, dur. L’artère roule sous le doigt, 84 pulsations à la minute.

La force musculaire est diminuée. Pas de paralysies, pas de tremblement. Les réflexes normaux. -

La sensibilité sensorielle est normale.

Anaphrodisie qui toutefois ne va pas jusqu’à l'impuissance.

La sensibilité au toucher et à la température est intacte.

La sensibilité à la douleur est diminuée surtout pour le pincement aux membres supérieurs et seulement du côté de l’extension.

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Douleurs lombaires. Douleurs articulaires surtout aux pieds et aux coudes. Fourmillements dans les extrémités inférieures.

Douleurs spontanées dans les mollets. Le pincement des muscles est douloureux, surtout aux jambes et à l’abdomen.

Sensation de brisement général, comme si le malade « avait été roué de coups de bâton », suivant son expression.

Céphalalgie frontale fréquente, douleurs orbitaires.

Quelquefois vertiges, bourdonnements d’oreille, jamais d’étourdissements, de perte de connaissance, de convulsions. Pas de troubles de la mémoire, des facultés intellectuelles ou affectives.

Mictions fréquentes. Le malade d’habitude se lève de deux à trois fois la nuit. Les urines très claires ne contiennent pas d’albumine. |

Le 10 novembre, un verre d'huile à 6 heures du matin. Il est vomi trois heures après. Pas de selles, pas de modifications dans les douleurs.

Le 11 novembre, un verre d'huile, vomi deux heures après Pas de selles. Les douleurs ont été plus fortes dans la nuit du 11 au 12, pas de fièvre.

Le 12 novembre, le malade ne prend pas d'huile, une selle à 8 heures de la grosseur d’une noisette, dure, difficile, jaunâtre. À 8 heures et demie une selle plus abondante.

Le 13 novembre, un verre d'huile, le malade va sept fois du ventre. Les douleurs disparaissent en grande partie. L’appétit est un peu revenu.

Les myalgies et arthralgies ont disparu. Le ventre est souple, non douloureux.

Le foie a repris son volume normal. Le pouls est plus large,

Le 14 novembre, un verre d'huile. Deux selles.

Plus de coliques du tout. Le malade accuse trois ou quatre heures après l’ingestion de l’huile, pendant une heure, environ une sensation de pesanteur à l’estomac, des envies de vomir, mais après survient un calme complet.

La sensibilité est revenue aux avant-bras.

La céphalée, les vertiges ont disparu.

Le 15 novembre, huile. Appétit complètement revenu. La diges-

tion de l'huile est maintenant très facile. La langue est bonne. Trois selles.

Le 17 novembre, huile. Deux selles.

Le 17 novembre, le malade sort guéri, déclarant que jamais il ne s’est senti aussi complètement soulagé.

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