LIVRE SIXIÈME
comme celui que S. Paul avait ouvertement marqué dans rÉpître aux Thessaloniciens que je viens de mentionner (i). Ceux qui eurent cette idée de Néron croyaient être au terme du sixième millénaire. Ensuite on annonça la fin des temps pour une époque qui répond aux dernières années de Marc-Aurèle. Des vers attribués aux sibylles , ouvrage de Juifs ou de Chrétiens , servirent à répandre cette prédiction. Plus tard encore, on crut, au troisième siècle, toucher à la consommation finale : Tertullien et S. Cyprien sont dans ce cas. D'autres enfin s'avisèrent que la fin du monde n'arriverait qu'environ cinq cents ans après Jésus- Christ, parce qu'ils croyaient, avec Jules Afi'icain, que Jésus s'était manifesté au milieu du sixième millénaire ; et Lactance a été de ce sentiment.
11 ne régnait donc, parmi les Chrétiens de ces premiers siècles , d'autre incertitude que de savoir à quelle époque précise du sixième millénaire Jésus avait paru , ou à quelle époque précise ce sixième millénaire se terminerait. Mais, chez tous, l'idée de la venue du Messie et des suites que cette apparition du Messie devait avoir était indissolublement liée à l'idée astrologique d'un renouvel" lement périodique du monde. Je pourrais citer cent passages des Pères qui prouvent que leur foi
(i) s. August.) De Cii'it. Dei , lib. XX, c. 19 ; Lactant., De Mort, ptrseeutorum.
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au Christiauisiue , leur foi au Messie, se fondait sur la supputation du sixième millénaire. Cela, certes , est trop évident des Pères que l'on regarde comme entachés de T hérésie particulière desChiliastes, tels que S. Justin et S. Irénée; mais toiis les autres, sans exception, rapportent la venue de Jésus à la grande année de six mille ans, après laquelle devait s'ouvrir le Sabbat ou règne di\în, la palingénésie, la résurrection.
Origène , dans son Dialogue contre les Marcionites, dit que Dieu s'est manifesté aux hommes six mille ans après avoir formé le premier homme. Il demandé à son Marcionite : « Quand est-ce que a Dieu est descendu pour sauver les hommes?» Cet hérétique répond : « Sous le règne de Tibère « et sous le gouvernement de Ponce-Pilate, comme « porte l'Évangile. » Origène réplique : « Vous « voyez bien qu'il est descendu six mille ans après « avoir créé l'homme (i). »
Tertullien parle, dans son Apologétique (2), de deux avènements du Fils de Dieu : « Le premier, « dit-il , est celui où il a paru dans la faiblesse de « la nature humaine et dans l'état d'une bassesse a extrême ; mais le second est celui qui doit bien- M tôt amener la fin des siècles, et où il se montrera
(i) « Itaque sex>es millesimo anno descendit postquam ille Condilor " homiiiein finxerat : Mgrà tô TcXàaai rov Ariaic'jfyov tôv àvôpwTrov Éçooaffy;.- « XtoexTw Itsi xarifiXôiv. •>
(a) Apoioget , c. XXI.