LIVRE SIXIÈME
tivait une forme précise et arrêtée. S'il s'agissait de la palingénésie sous le rapport métaphysique et moral 9 Moïse n'avait -il pas enseigné le Dieu unique , le vrai Dieu ? n'avait-il pas enseigné le dogme de l'unité de l'espèce humaine ? Donc chez les Juifs , revenir à l'unité , comprendre la solida* rite humaine , admettre la fraternité des hommes , c'était tout simplement comprendre Moïse, revenir à Moïse, développer Moïse. Ce dogme, après lequel aspiraient vaguement les sages les plus profonds de l'antiquité payenne, était, dans les livres des Juifs , écrit , et on peut dire sculptp , pour l'éternité. De même que les Juifs , dans leur esclavage d'Egypte, bâtissaient pour leurs maîtres des pyramides qui ont survécu à l'empire des Pharaons , de même ils avaient construit , par Moïse , une pyramide métaphysique et morale que leurs maîtres successifs Babyloniens , Persans , Syriens , Romains ou Grecs, n'avaient pu renverser, et où était à jamais gravée la loi divine de l'humanité. En second lieu , l'unité politique , l'idée d'un monde qui réunirait tous les hommes, était aussi fortement empreinte chez les Juifs , aussi claire pour eux, qu'elle était obscure et nébuleuse pour les peuples guerriers qui avaient continuellement formé leur cité par voie d'asservissement et de conquête. L'espèce humaine pour les Juifs , ce n'était, il est vrai , que le peuple choisi de Dieu et distingué du reste des
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nations. Moïse avait fait dire à Dieu , s'adressant à Abraham : Tu seras l'homme-peuple en attendant que tu sois T homme-humanité. Les Juifs pouvaient ne pas comprendre cette dernière prophétie; mais Funité ne les frappait pas moins : ils ne la voyaient pas moins clairement, pour ne la voir que dans leur nation. Us identifiaient cette nation avec le père de cette nation; ils avaient donc au plus haut degré une conception précise et nette de l'unité. Revenir à l'unité politique, c'était donc encore pour eux revenir à la loi, revenir à Moïse. Que les uns, comme Jésus le fit, étendissent cette unité à toutes les nations, ce n'était encore que développer Moïse en le confirmant. Enfin , quant à l'idée d'une palingénésie de l'univers, Moïse n'avait-il pas tracé toutes ses institutions d'après un certain rapport entre le gouvernement de l'univers par Dieu, et le gouvernement que, suivant lui , Dieu lui-même voulait voir régner parmi les hommes? La Bible n'était-elle pas en parfaite harmonie avec l'antique astrologie qui donnait au monde des âges de fin et de renouvellement? Donc, là où les savants, les physiciens et les philosophes des Gentils n'avaient pour se guider que des inductions et des raisonnements, les Juifs lisaient pour ainsi dire a chaque page de leurs livres sacrés et dans chacun de leurs rits la prophétie claire et certame de cette même rénovation de l'univers.