LIVRE SIXIÈME
rÉvangile, les trois nuances que nous avons marquées plus haut. Les uns concevaient plutôt le Messie comme une sorte de dieu transformateur des corps et en général de la nature; ceux-là étaient plus frappés de la palingénésie cosmique. D'autres le concevaient plutôt comme le roi annoncé au peuple hébreu , le roi national qui serait pour les Juifs 7 et à un bien plus haut degré, ce qu'avaient été , à des titres différents, Moïse et David ; ceux-là étaient plus impressionnés de la rénovation ou palingénésie politique. Enfin d'autres se faisaient du Messie une idée moins physique poiu* ainsi dire que les premiers, moins politique que les seconds; ils appelaient ce Messie du fond de leurs cœurs, et le voulaient aimer , pour se sauver par lui , se renouveler par lui , ressusciter avec lui. Combien de fois , dans l'Évangile, ne voit-on pas des hommes venir à Jésus, pour lui demander la vie, la vie éternelle î Ceux-là voyaient plutôt dans le Messie le sauveur des âmes, que le résurrecteur des corps, ou le roi juif promis par les Prophètes. Voici deux ou trois exemples des autres nuances que l'idée du Messie prenait parmi le peuple. Quand Jésus s'apprête à ressusciter Lazare : « Jésus « dit à Marthe: Ton frère ressuscitera. Marthe « lui répondit : Je sais bien qu'il ressuscitera en la a résurrection , au dernier jour (i ). » Cette femme
(i) s. Jean, ch. XI, y. a4.
attendait donc la consommation finale ; elle croyait qu'un dernier jour viendrait pour le monde, et qu'alors les morts ressusciteraient. Quand Jésus prédit sa propre mort , et annonce qu'il doit être élevé de la terre ^ marquant par là j suivant l'ÉvaDgile y de quelle mort il devait mourir : « I^ peuple a lui répondit : Nous avons appris par la Loi que « le Christ doit demeurer éternellement ; comment « donc dis-tu qu'il faut que le Fils de l'homme soit « élevé ( 0 ? » Ceux qui répondent ainsi à Jésus montrent qu'ils ne croyaient pas au Sabbat de mille ans , mais au Sabbat éternel^ après la fin du sixième millénaire du monde. Quand Jésus j parlant à la Samaritaine, lui dit: «c Femme, crois- « moi , le temps vient que vous n'adorerez plus le « Père ni sur cette montagne ni à Jérusalem. Le « temps vient que les vrais adorateurs adoreront « le Père en esprit et en vérité, car le Père de- « mande de tels adorateurs; » la Samaritaine répond: «Je sais que le Messie, celui que l'on « appelle le Christ, doit venir ; quand il sera venu, <c il nous annoncera toutes choses (2). » Et ensuite, surprise de ce que Jésus lui avait dit d'elle-même et de particularités qu'elle croyait secrètes, elle va l'annoncer dans la ville comme étant le Christ: « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que
(i) s. Jean, cil. XII, V. 34.
(ï) S. Jean, cli, IV, v. ui-a5.