LIVRE SIXIÈME
On voit donc que cette opinion du résurrectlonisme , ou de la venue prochaine de X époque pa-lingénesique, était aussi connue, aussi répandue, aussi vulgaire que possible avant la prédication de Jésus. Jésus n'a rien révélé à cet égard. Il n'a point inventé, par un effort de sa pensée, par une inspiration de son cœur, cette doctrine de la palingénésiey ou de la nouvelle genèse ou création. Il Ta reçue et adoptée ; elle était dans le monde longtemps avant lui. Elle était en germe et virtuellement dans l'humanité depuis un nombre considérable de siècles. Moïse, en écrivant sa Genèse d'après la science antique, ou si' l'on veut en transmettant ce livre aux Hébreux, avait implicitement enseigné la palingénésie. Car dire que le monde fut créé en six jours ou en six époques , et que Dieu rentra, au septième jour, dans son repos, dans sa virtuaKté ( s'étant fait immanent dans ce monde ainsi créé , et ayant par là même supprimé ou rendu invisible la vertu créatrice qu'il avait développée pendant les six premiers jours de la genèse), c'était non seulement faire supposer, mais enseigner positivement, quoique d'une manière implicite, que ce monde ainsi créé, c'est-à-dire ordonné I ne serait pas étemel sous cette forme, de même qu'il n'avait pas toujours existé sous cette forme; qu'après donc une certaine période de durée sous cette forme, il reviendrait à l'état de
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dis-je, est-il étonnant que les Juifs se soient, non ptt jetés, mais précipités dans cette idée! La pente de l'esprit humain allait là; mais les Juifis étaient la tête de colonne dans cette grande marche de Vbxh manité.
Le peuple juif, donc, oublia les solutions provisoires du Saducéisme , du Phariséisme, et de TEfisénianisme. Il les oublia pour croire au Messie, c'est-à-dire pour croire à la palingénésie ou à la résurrection. Il commença à attendre ce Messie et cette résurrection longtemps avant l'époque de Jean-Baptiste et de Jésus , et il les attend encore aujourd'hui.
Ce point de la préexistence de l'opinion résurrectioniste une fois acquis , il me reste à caracté* riser la croyance de Jésus et sa prédication d'après les Évangiles eux-mêmes.
Jésus, avant sa prédication, qu'il commença, suivant l'Évangile, vers l' âge de trente ans ( i ), devai l
(i) s. Luc, cl). III, V. a3 : «Et Jésus était alors ( quand il reçut U » baptême de Jean ) âgé d'environ trente ans , et il était , comme on le •* croyait , ûls de Joseph , etc » Il n*y a guère d'incertitude sur Tépoque de la mort ou de la passion de Jésus, mais il y en a beaucoup sur répoque de sa naissance. Hérode-Antipas était encore tétrarque de U Galilée, et se trouvait par hasard à Jérusalem, quand Jésus fut coudamné. Or ce prince alla mourir à Lyon, exilé par Caligula, vers Tan xl de Tère vulgaire ; et cette date est parfaitement déterminée , puisque Caligula lui - même commença à régner en xxhtii , et fut assassiné en xLi. Donc le crucifiement de Jésus peut avoir eu lieu sous Tibère, l'an XXX (IX de l'ère vulgaire, comme on le dit ordinairement , mais ne peut , dans aucune supposition , excéder de beaucoup cette époque.
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nécessairement appartenir à l'une des trois grandes religions ou sectes entre lesquelles se divisait le
H • Mais quel âge avait alors Jésus ? voilà le point difficile. Ceux qui s'imaginent que Père vulgaire coïncide exactement avec la naissance du Christ , n'hésitent pas à répondre qu'il avait trente-trois ans quand
, il mourut. Malheureusement cette ère, calculée au sixième siècle par Denys4e-Petit, repose sur une erreur bien démontrée. Pour supputer l'âge véritable de Jésus, on est forcé d'avoir recours à une indication que donne l'Évangile de S. Luc, savoir le dénombrement ordonné par Auguste un peu avant l'époque de sa naissance. Mais la difficulté revient ici; car les savants s'accordent à reconnaître qu'Auguste fit faire jusqu'à trois fois de pareils dénombremenis, le premier l'an ixyiix avant l'ère vulgaire , le second l'an viii avant cette même ère, et le troisième l'an xiv de cette ère. On suppose ordinairement que c'est du second qu'il faut partir, et on croit que Jésus naquit trois aus après l'ordre donné par Auguste , et pendant l'exécution de cet ordre. Ainsi Jésus serait né cinq ans avant l'ère vulgaire, et il aurait été crucifié à trente-huit ans. D'autres étendent à cinq ans le délai qui s'écoula entre l'ordre donné par Auguste et la naissance du Christ , et le font ainsi naître trois ans avant l'ère vulgaire , et mourir à trente-six ans. Mais rien n'est plus incertain que ces hypothèses ; et si l'on veut consulter la vraisemblance , et peser les témoignages des Pères, on restera convaincu que ce n'est pas du second dénombrement d'Auguste , mais plutôt du premier qu'il faudrait partir. Il faut bien qu'on sache que tous les anciens Pères n'ont pas donné à Jésus une vie si courte , à beaucoup près , que celle qu'on lui suppose maintenant On voit, par leurs assertions mêmes et leurs hésitations, qu'ils étaient dans une grande incertitude sur ce point. Si Terlullien calcule l'âge total du Christ d'après le second dénombrement ordonné par Auguste, s. Irenée rejette positivement l'opinion que Jésus soit mort si jeune. Il soutient qu'il parcourut toute la carrière humaine dans ses phases diverses , et il s'appuie sur le témoignage de l'école de S. Jean l'Évangéliste : « Omnem œtatem sanctificavit.... Per omnem venit œtatem.... Quia au- « tem triginta annorum œtas primœ indolis est , et juvenis exlenditur « usque ad quadragesimum annum , ut omnis quiUbet coufitetur, quadra- « gesimo aul quinquagesimo auno déclinât jam in œtatem seniorem, quani « babens Dominus noster docebat , sicut Evangeliom et omnes sejiiores « testantur qui in Asia apud Joannem discipulum Domini convenerunt. » {Advers. Ba-res., Ub. II, c. 38.) Il répète en vingt endroits cette asser-
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Mosaïsnie. A laquelle des trois appartenait-il? Tai
tion que la prédication du Christ dura, non paa trois aos, mais vingt aas, et qu'ayant reçu le baptême de Jean à FAge de trente ans^ il <^M*igwât encore à TAge d'environ cinquante ans : « Christus a quadragesimo ad « quinquagesimum annum Evangelium pnedicavit. » (/ftiW.) «Christus non •« ergo multuni aberat a 5o annis , et ideo dieebant ei : QainquagiBta « annorum noudum es , et Abraham vidistil » {Ibidy c. 40.) Ceci fini aSiisiou à ce texte , en effet assez positif de TÉvangile de S. Jean : « Les Juifs « dirent à Jésus : Tu n'as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham t» ( Ch. TIII, V. 57 ). Enfin S. Irenée s'explique comment s'éiait formée Topinionque Jésus avait été crucifié vers t*âge de trente ans : « C'est , dit-il, « qu'on n'a pas fait attention au tem|)S qui s'est écoulé entre le baptême de « Jésus et sa dernière venue à Jérusalem. On a lu superficiellement l'Évao- « gile , et on n*a pas vu combien de Pâques célébrées par Jésus à Jérusalem •' cet Évangile suppose implicitement : Non scrutati sunt in Rvangtliis quo- « ties sectindum tempus paschale Dominas post baptitma ascenderit in M Jérusalem, » (Ibid., c. Sg.) Il montre alors que le texte des Évangiles fait allusion en effet à un très- grand nombre de Pâques célébrées par Jésus , et il conclut ainsi contre les Yalentiniens , qui ne donnaient à la prédication de Jésus qu'un an de durée : « Non ergo anno uno prsdi- « cavit , nec duodecimo mense passus est ; tempus enim a trigesimo » usque ad quinquagesimum nunquam erit unus annus. {Ibid., c. 40.) On ne peut rien dire de plus positif. S. Irenée croyait donc que Jésus avait enseigné pendant l'espace de vingt ans après son baptême, et qu'il avait été crucifié vers l'âge de cinquante ans. Et ce grand docteur n'était pas le seul à penser ainsi : « Plusieurs^ dit S. Augustin, croient que le Sei- « goeur a vécu autant d'années qu'il en fallut autrefois pour bâtir le temple « de Jérusalem , c'est-à-dire quarante six ans ; mais nous n'avons aucune u donnée certaine sur la durée de la vie du Seigneur : Ignorantia con- « sulatus quo nattts est Dominus et quo passus est nonnuUos coeg'tt errare^ « ut putarent 46 annorum astate passum esse Dominum , etc. » ( De Doct. Christ., lib. II, c. 2 8.) En Tabsence de données certaines , on doit consulter la vraisemblance. Or je n^hésitepas à dire que la vraisemblance est tout entière du côté de S. Irenée. Dans le système qui fait mourir Jésus à trente- Irois ou trente-six ans, la prédication de Jean-Baptiste ne dure, comme celle de Jésus, que deux ou trois ans au plus. Comment croire que ce court espace (le temps ait suffi pour produire l'effet que produisit la prédication de Jean- Haptisle.^ Quelle autorité auraient eu d'ailleurs chez les Juifs des hommes