LIVRE SIXIÈME
pales du Mosaïsme qui luttaient ensemble depuis des siècles 9 et que FEssénianisme en était une? L'histoire juive antérieure à Jésus est pleine de faits qui se rapportent au rôle qu'avait joué depuis des siècles la doctrine essénienne, et Ton veut que Jésus ignorât cette secte! En vérité cela est trop absurde.
On m'a demandé de prouver />ar F Évangile que Jésus était Essénien. On convient que dans l'Évangile Jésus poursuit vivement Pharisiens, Saducéensy Hérodiens, toutes les sectes juives, sans jamais attaquer d'un seul mot l'Essénianisme. Mais ce n'est pas suffisant, me dit-on , et la conformité de tout ce qui sort de la bouche de Jésus avec les préceptes de l'Essénianisme , sans qu'il y ait jamais une seule parole de Jésus qui ne soit essénienne de fait ou de tendance, ne suffit pas non plus. Prouvez-nous par tÉi^angile que Jésus était Essénien.
11 paraît que ceux qui m'ont demandé cette preuve par l'Évangile, et qui lisent par devoir et par état ce livre, ne comprennent pas bien ce qu'ils lisent chaque jour. Ils auraient dû voir qu'un des quatre Évangiles, celui de S. Marc, est complètement essénien, quant au dogme , et qu'un autre ^ celui de S. Luc, bien qu'appartenant sous certains rapports à la tradition pharisienne, renferme aussi des marques incontestables d'un dogme par-
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ticulier aux Esséniens. Je vais dire tout de suite quel est ce dogme.
N'est-ii pas vrai que l'Évangile de S. Luc renferme une certaine parabole du mauvais riche et du Lazare, et que, dans cette parabole, « le mao- « vais riche étant en enfer ( év tû a ^ti ) et dans les « tourments, leva les yeux, et vit de bien Ioîd a Abraham et Lazare dans son sein ; » qu'il supplia Abraham de lui envoyer Lsp^re , <c afin que œkii- « ci trempât dans Teau le bout de son doigt pont « lui rafraîchir la langue; car le mauvais riche « était extrêmement tourmenté dans cette flamme ce (ev Tî^ fXoyt TouTY)); » mais qu'Abraham lui répond, entre autres choses : « Il y a un grand abîme (x^^'^ « (xéya ) entre vous et nous , de sorte que ceux qui tf voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent, « non plus que ceux qui voudraient passer de là « ici (i). » A quelle secte juive une telle parabole, qui suppose nécessairement la croyance à un enfer et à un paradis, peut-elle appartenir? Évidemment, pour qui connaît les anciennes sectes juives, cette parabole est essénienne. Jamais Saducéen, jamais Pharisien n'aurait dit ou écrit pareille chose. Le propre des Saducéens était de nier radicalement toute vie future; le propre des Pharisiens était de croire au retour des bons dans la vie,
(i) s. Luc, ch. XVI , V. ig-Sf.