‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 125 sur 216 · LIVRE SIXIÈME. 'J'Jl · texte numérisé non relu

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dans la nature, dans la réalité, dans l'humanité, mais de rejeter l'opinion que les âmes, après la mort , allaient habiter des lieux particuliers , des enfers ou des paradis. ILie propre des Esséniens, au contraire , était de croire à des lieux semblables à ceux que les Grecs appelaient Champs-Elysées et Tartare. Les Pharisiens , vers le temps de Jésus , avaient adopté , il est vrai , l'idée de la résurreo lion , c'est-à-dire d'une résurrection générale^ Tidée de* la palingénésie t que les Saducéens s'obstinaient à rejeter, comme ils avaient rejeté antérieurement toute autre hypothèse de vie future. Mais du résutrectionisme à l'opinion qui fait la base de la parabole du Lazare , il y a une immense différence. Un Pharisien résurrectioniste aurait pu dire que les âmes des Juifs étaient reçues dans le sein d^ Abraham jusqu'à ce que vînt la résurrection; mais il n'aurait assurément pas employé ces images d'enfer et de paradis. Donc cette parabole est essénienne; donc, si cette parabole est de Jésus, Jésus était Essénien; et si elle n'est pas de Jésus, mais des Évangiles, du moins faut-il admettre que l'Essénianisme se trouve profondément marqué dans les Évangiles par ce qu'il avait de plus particulier et de plus distinct au regard des autres sectes juives.

Il est si vrai que Jésus était Essénien , que ses disciples furent d'abord connus sous le nom même

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^Jisséniens. Ce n'est que huit ans après la passkm de Jésus que quelques-uns prirent, à Antioche, k nom de Chrétiens, c Ce fut à Antioche, disent ks « Actes des Apôtres, que les disciples commen- « cèrent à prendre le nom de Chrétiens (i). » Or, avant qu'ils ne prissent eux-mêmes, à Autioche, ce nom de Chrétiens, comment les appelait-on? EssérUcns. C'est du moins ce qu'affirme trèspositivement S. Épiphane. Ce Père, parlant de l'hérésie des Nazaréens, s'exprime ainsi : « Leur 0 nom vient de ce que les premiers Chrétiens a étaient, au commencement, désignés par le nom « général de Nazaréens ; ensuite , après peu de t( temps, on leur donna le nom d'Esséniens, avant « que les disciples ne prissent eux-mêmes, à a Antioche , le nom de Chrétiens (a). » Ainsi voilà

(i) Act,f ih. XI, V. 26.

(a) « Atque illi (.Nazarsi) quidem Don à Christo, neque ab Jesu^ nomen « acreperunt , sed se Nazarsos appellaraut ; si quidem Cbristiani tom « omnes Nazarsei vocabantur, quanquam pro exiguo tempore JessfBorom «pênes illos nomen resedit, anlequam (Cbristiani Antiochiœ nominari « cœperini : rÉ-^ovs ^t lie* èXiyiù X9'^'*^ xocXeïa^at aùrcùç teacraiouc, trpU^^ « riiç Àvncxcia; àpx,i^v Xaêouotv ot (xadviTai xoXeToOat Xpiartacvoi.» {ffttrts. XXIX, c. 4.) On sait que dans Josèpbe et dans Pbilon, les Essénieos sont indifféremment appelés Èaaalot ou Êaorivol. Il est évi«!ent que le nom de ïtaacdoi que leur donne ici S. Épipbane est le même que celui d*ÊaaaIct. Pourtant quelques savants , faute d'avoir saisi la relation du Cbristianisme à son origine et de TEssénianisme, ont été fort embarrassés d'eipliquer ce nom de teaaaioi donné, selon S. Épipbane, aux premiers Cbréliens. On a été jusqu'à imaginer que ce nom leur venait peutêtre de Jessé , père de David. Il faut savoir que tous ces noms de Jessé ou Isaïe, ou Ksaïe, de J(»sué ou Jésus, et d*Esséens , ou Jesséens, ou

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qui est certain suivant ce Père , le plus versé peutêtre de tous les Pères du (christianisme dans les origines juives, les premiers Chrétiens portèrent le nom à' Esseniens jusqu'à la conférence d'Antioche. Encore faut-il ajouter que ceux qui prirent part à cette conférence formaient une troupe séparée, étant tous dans le mouvement de S. Paul pour la prédication aux Gentils, et que les disciples directs du Christ n*y assistèrent pas. Ces disciples se contentaient d'approuver de loin ce qu'on faisait pour la conversion des Gentils. Us en vinrent à décider que l'observation de la loi de

Es^éuiens, ont tous la méaie racine hébraïque, et se confondent réellement quant au sens. La racine commune de tons ces noms est le \erbe éircy c'est-i dire le radical /'#, qui est le verbe substantif en hébreu. \jR père de David est appelé indifféremment dans l'Écriture Isrï ou Jessé. Tous les lexiques traduisent ce double nom par ens^ existent. « Jesse , « pater Davidis , dit S. Jérâme, derivatur a radiée esse. » Ce radical a\ait donné lieu au mot iseho ou ielioscho^ qui exprime l'action de rendre la vie , de sauver. De là le nom de Josué, en hébreu Jehoschua^ qui veut dire sauveur, (S. Jérôme, et Eusèbe, Demonstr, Evangel, , c. ult.) C'est ce nom même de Josué qne Tangf , dans S. Matthieu, donnée Jésus : • Et elle <« ( Marie ) enfantera un fils , et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est •< lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. » (Gh. I, v. a i .) Les Septante avaient traduit le nom de Josué, fils de Nun, par tviaouç; les Évangé» listes firent de même pour le fils de Marie. L'identité de ces deux noms ft leur signification est donc certaine. Leur rapport avec le nom de Jessé ou d'JSsttie résulte de leur signification même ; car le nom de Jésus uu de Joaiié ne signifie sauveur que parce que le radical qui se trouve dans Isaïe.etdàns Jessé signifie Vétre^ la lAe. Enfin le nom A'Esséens a la même origine. J'ai prouvé ailleurs que les Esséens s'appelaient ainsi parce que leur doctrine était la doctrine de la vie^ la doctrine métaphysique de Xétre , parce que Dieu était iMur eux Vétre , l'auteur de la vie et la vie même. C'étaient , comme dit Philon , des sectateurs de la vie. Ils cher*

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Moïse n'était pas indispensable pour les Grentikoonvertis; mais eux-mêmes continuèrent de judauer. Vingt ans après la conférence d'Ântioche, vos Fan 64 de notre ère, nous voyons S. Paul, de retour à Jérusalem de ses voyages , obligé par les Apôtres à judaïser. U est évident , par ce qui se passa alors (i), que les Chrétiens de Jérusalem se considéraient et étaient considérés comme une secte juive. Comment eux qui tremblent des dangers que leur apporte S. Paul, et qui l'obligent à réfuter les bruits répandus contre lui qu'il

ckaient la vraie vie $ ils cherchaient le salut. En Egypte leurs cmAtm- 4>latifs s'appelaient thérapeutes ^ et ce nom même de thénip<sutes n'est, comme je Tai montré , que la traduction da nom hébreu iTEssécns. Cultiver la médecine d^ l'âme et du corps, vivre réellement, se guérir, se sauver de tous les maux , tel était l'aspect extérieur de leor doctrine. Ik étaient donc pour eux-mêmes, et, dans le sens ^néral de leur religîoB, pour tous , des sauveurs , des guérisseurs , des médecins. Or qu*élait Jésus autre chose? Ce rapport du nom de Jésus et du nom d'Essénieo , ou en grec Thérapeute , n'a pas échappé ahsolumeut à tout le monde. • En • hébreu , dit S. Épiphane , le nom de Jésus signifie thérapeute, celui qui «^tt^r/V, c'està-dire un médecin, un sauveur: ifi^oûç '^p icArà w » ÈêpoiXTiv ^loXixTOv 6epa7rtUTT)ç xocXiIrat , tjtoi {flcrpoç xou fftt-rnp. » ( Hœres, XXIX , c. 4* ) C'est en vain que Scaliger repousse cette analogie, sous prétexte que les Hébreux avaient un autre mot pour désigner un médecin , et que le nom de Jésus vient certainement du mot hébreu qui signifie sauver et salut. S« Épiphane ne dit rien de contraire à la vraie élymologie du nom de Jésus. Seulement il explique l'analogie de ces idées de sauver^ de rendre la vie , de conduire au salut , de guérir ; et le savant P. Petau réfute bien Scaliger quand il dit : « Epiphanius hœc ou- « vMvufMdç, et quidem haud absurde usurpavit ; eUmm hehrtùce iso, a « quo IxHOSGBO vel Ischo , idem est ac oéX^vt^ quod in eorporis ani-^ « mique morbis idem est ac OepaTreuetv et taoao^at •> (i) Act., cb. XXI.

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