LIVRE SIXIEME
étemelle devaient se tourner vers sa venue définitive. Donc, non seulement \ ésotérbme essénien devait cesser, mais l'Essénianisme devait se transformer pour s'accommoder avec la royauté divine de Jésus. La nature même de Jésus, sa qualité de Messie, le sens de sa venue, l'époque de sa venue définitive qu'on attendait, et le genre de royauté divine qui s'établirait alors sur la terre; la question de la résurrection , l'étendue de cette résurrection , sa durée, et une multitude d'autres problèmes, tombèrent au milieu de ces Juifs sortis les ims
Mosheim. Mais n*est-il pas évident que, dans les premiers siècles du Christianisine , les Trénée , les Tertullien , et les autres poursuivants dliérésîes , ne durent pas attaquer les Nazaréens , puisque c'était le nom même que l'on donnait en Judée aux Chrétiens ? Ils purent attaquer nommément lés partisans d'Ebion ou de Cérinthe , mais non pas le gros des Ghrétieus de Judée , qu'on appelait en masse Nazaréens. Plus tard , au contraire, lorsque le Christianisme se fut entièrement séparé du Judaïsme^ ces Chrétiens de Judée, qui continuaient de judaïser, s*étant foit ime doctrine à moitié juive, & moitié chrétienne, et dont le fond me paraît se rapporter de -près ou de loin au Millénarisme , durent être signalés comme des hérétiques ; et c'est ce qui arriva en effet. Mais leur descendance antique du Christianisme n'en est pas moins réelle , comme l'ont reconnu S. Jérôme et S. Épiphane. Quant à leurs opinions du quatrième nède, il n'y a pas à en conclure absolument ce qu'en concluait Toland. Car quand même ils auraient été d'accord au quatrième siècle , s'ensuit-il qu'il n'ait pas régné parmi les premiers Chrétiens , appelés en gros Nazaréens , d'immenses différences d'opinion sur Jésus , et ne le voyons-nous pas en effet par la dispute de Cérinthe et des Apêtres ? Qu'à la fin l'opinion de Cérinthe , ou une opinion approchant celle-là , ait fini par s'établir parmi ces Juifs chrétiens , cela ne prouve pas que les Apôtres et beaucoup de disciples aient d'abord pensé comme Cérinthe ou tout autre penscreut d'abord , et comme Les Nazaréens peu-^ sèvent ensuite.
du Saducéisme, les autres du Phariséismey d'autres de rEssénianisme, et apportant là chacun leun habitudes de croyance et de vie antérieures^ en même temps qu'ils se livraient chacun à ce qu'ils appelaient l'inspiration du souffle divin ou du Saint-Esprit. Cette réunion des premiers disciples ne pouvait durer^ et ne dura point. Des divisions radicales s'établirent. Les principaux Apôtres, suivant la tradition , s'étant décidés , dans la conférence de Jérusalem, à prêcher l'Évangile aux Gentils 9 se répandirent peu à peu chacun de cotés différents. Alors l'Évangile passa réellement aux Gentils ; car les Chrétiens qui restèrent en Judée ne franchirent pas le cercle de l'idée juive. Un grand nombre de sectes diverses prit naissance parmi eux; mais ces sectes restèrent juives, et voulurent allier Moïse, comme ils l'entendaient, à Jésus, comme ils l'expliquaient. « Quand vous c( considérerez bien, dit Origène, quelle est la loi a des Juifs touchant le Seigneur, que les uns le if croient fils de Joseph et de Marie, et que les a autres, qui le croient à la vérité fils de Marie et « du Saint-Esprit, n'ont point de sentiments orthoce doxes sur sa divinité; quand, dis-je, vous ferez tf réflexion là-dessus , vous comprendrez comment <c un aveugle dit à Jésus : Fils de David , ayez pitié « de moi! » Ces aveugles dont parle Origène sont toutes ces sectes judaïco-chrétiennes connues sous