LIVRE SIXlJtME
être pour cette raison que Théodoret l'appelle l'évangile de S. Pierre (i). Enfin nous voyons par S. Jérôme que tandis que l'opinion vulgaire lui donnait S. Matthieu pour auteur , d'autres le rapportaient aux Apôtres en général et l'appelaient l'Évangile des Apôtres (a).
Il n'y a presque pas lieu de douter que cet Évangile primitif avait en effet S. Matthieu pour auteur, et que notre Évangile actuel de S. Matthieu en est le reflet le plus fidèle; j'entends qu'il en reproduit plus intégralement le caractère que les Évangiles de S. Marc et de S! Luc. Toute la tradition chrétienne est d'accord sur un point : c'est que l'Évangile de S. Matthieu fut d'abord écrit en hébreu, c'est-à-dire en syriaque, dialecte mêlé d'hébreu et de chaldaïque ; les trois autres furent écrits en grec (3). Suivant la tradition orientale, Matthieu
(0 « Nazorœi sunl Judsi qui Ghristuni lanquam justum hoinineni ve- « nerciOtnr» vi Evangelio quod dicitiir secundiim Petiutn ulunlur. » ( Hœret. PabuL, lib. IF.)
(a) «In Evaiigeliu juxia Hebraeos, quod Chaldaicu quidem i!>vroque «T sermone, sed Hebraicis liileris, scriptuin est, qnu utiiolur usqm^ hodie '« Nazaraîni , secinidum Aposlolos, sive, u! pleiique auiumanl, juxta « Matthaeum, quod in Csesariensi habeiur bibliolheca) etc. » {^dvers. Pelagianos , lib. III.)
(3) S. Jérôme, Epist, CXXtlI : « De Novo nunc loquor Testamentu, «■ quod Grsciiin esse non dubium est ; excep^o Apostolo Matthaso , qui « primus in Judœa Evangelium (Ilirisli Hebraicis literis edidit. » S. Augustin, De Cons. Evang.^ lib. I, c. la : ■ Horuoi (Evaugelistariim) sane '< quatuor, solus Mattbieiis Hebra'o scripsi^sc perhibctur eloquio, r?eteri " Orapco. ■
'JCfl DE LUCJMAlflTé.
OU Lévi aurait été Galiléen et de la ville* niéme de Nazareth ( i )• Il fut d'abord publicain, ce qui était un métier infâme chez les Juife. Il raconte luimême comment Jésus, layant rencontré dans un bureau des impôts ^ lui dit : « Suis-moi , » et eo (it un Apôtre (12). Il écrivit l'histoire de lar prédication de Jésus y telle qu il Tavait comprise, et raconta ce qu il savait, ce quil avait vu, où ce qu'il avait entendu dire, dans les première^ années qui suivirent la mort ou la disparition du Maître. Selon les uns , ce fut huit ans seulement après la Passion ; selon d'autres , dix ou douze ; ceux qui mettent le plus d'intervalle rapportent que quinze ans s'étaient écoulés (3). C'est bien de cet Evangile qu'il faut dire ce que Rousseau disait en général de l'Évangile, que si un tel livre était £giux, l'auteur d'un tel livre serait plus inexplicable encore que le héros. La vérité éclate et déborde partout dans le récit de S. Matthieu , malgré le merveilleux et le fantastique qui sont mêlés à cette vérité. Sans doute un sombre fanatisme , produit par une absolue confiance dans la fin prochaine du monde et dans l'avènement prochain du Fils de Dieu, s'est emparé de l'esprit du publicain converti, du Sadu-
(i) Kirstenius, Les quatre Évangélhtes y tirés drun ancien manuscrit arabe.
(a) S. Maithieu, ch. IX , v. 9 et suiv.
{'^) Nicéphore, Chronol. Tripart., Iil>. II, r 45; Chronic, Àlexan^- Hiin.^ fie.