‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 133 sur 216 · LIVRE SIXI^.ME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXI^.ME

céen transformé; et, ainsi frappé jusqu'au fond de son être, tout prend aux yeux du chroniqueur de Jésus un air étrange, un aspect bizarre et qui tient du rêve, tout devient miracle. Mais pourtant le naturel subsiste. C'est un homme du peuple exalté qui raconte avec exaltation; c'est de la poésie populaire. La poésie populaire est de la poésie, mais c'est aussi de la réalité, de la vérité. Le vrai poète populaire s'identifie avec son sujet, au point de ne pas distinguer ce qui vient de son imagination et ce que lui fournit son sujet, confondant ainsi la poésie et la vérité. Tel est S. Matthieu. C'est l'homme du peuple, et en ce sens c'est l'homme. Il est à la fois transformé et lui - même. Aussi fait-il entendre autant de paroles de menace et de colère que de paroles de charité. Jésus, chez lui, est bien Ëssénien, en ce sens que Jésus prêche admirablement la charité, la fraternité; mais Jésus néanmoins est toujours menaçant. C'est que Matthieu est l'homme du peuple qui se relève contre ses tyrans. Rois, prêtres, riches, spoliateurs à titres divers des biens que Dieu donne à tous les hommes , sont ses ennemis naturels. Il les accable sans cesse de malédictions. Il a toujours pour eux en réserve le feu de la géhenne^ La géhenne était l'antique nom que les Juifs donnaient à cet horrible baptême de feu dont les adorateurs de Moloch baptisaient leurs enfants. Ce feu est devenu pour S. Mal-

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thieu le feu paliiigéiiésique de la fin du inonde ; et de même qu'il a le Sabbat divin ou le règne de Dùiu pour les pauvres et les inférieurs, il a la Géhenné ou le feu éternel pour les puissants et pour les riches. Comment un tel Évangile , un Evangile si révolutionnaire, si radicalement insui^ rectionnel , où le Messie abolit réellement tout ordre et toute hiérarchie , aurait-il pu convenir de tous points soit à des Pharisiens, soit à des Esséniens, habitués depuis longtemps, les uns au sacerdoce, les autres à une doctrine pacifique qui reposait sur une profonde connaissance de l'essence même de la vie? Comment un tel Évangile, où le Messie était plutôt un miracle qu'ime idée , un phénomène qu'une essence, aurait-il pu satisfaire les penseurs sortis des écoles grecques et orientales? Aussi, après un certain temps, les Esséniens, les Pharisiens, et les Platoniciens, eurent chacuns leur Évangile.

Eusèbe rapporte ce curieux témoignage d'un évêque de Phrygie, contemporain des Apôtres, Papias, qui avait été, dit-on, disciple de S. Jean : <c Matthieu d'abord écrivit en hébreu un Évangile, « que chacun ensuite interpréta suivant ses lu- « mières(i). » Eusèbe n'a pas compris cette tra-

(i) « Matthœum Hebraico scripsisse scrmont- Kvangeliuni , quoJ io- « lerpretatus est unus(|uisque ut poluit : JfpuinvEuaE aùro roçiQ^ûvaTO Ixaa «Toç. » ( H\st. Eccles., lib. III, r. 39.)

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