LIVRE SIXIÈME. 8o
eur doctrine de la communion absorbait tout eur être. Un appel à la liberté, à l'indépenlance, et une sorte d'esprit anarchique comme :elui qui inspire parfois les plus belles pages de 'Évangéliste primitif, ne pouvaient être pour eux Lussi séduisants que pour le pauvre peuple en Julée, opprimé par ses rois, ses gouverneurs étrangers et ses pontifes, accablé de tributs, et soumis L mille outrages.
On s'est demandé pourquoi il n'y a pas de géléalogie de Jésus dans S. Marc. L'idée populaire lu Messie , l'idée que ce Messie devait descendre le David pour répondre aux prophéties, pouvait »'allier dans la tête du démocrate S. Matthieu avec »a conception du Messie; tandis qu'une pareille généalogie non seulement n'était pas nécessaire lux Esséniens, mais était même contradictoire à eur doctrine.
La généalogie reparaît dans S. Luc. Mais qu'y i-t-il d'étonnant à cela ? Celui-ci est l'Évangéliste ie la tradition pharisienne.
S. Luc est l'Évangéliste de S. Paul, le compagnon 3t l'interprète de S. Paul. Or S. Paul, quoique son bardi génie l'ait fait rompre le premier avec le Judaïsme, était Pharisien, disciple de Gamaliel , élevé aux pieds de ce rabbin célèbre, comme il le dit luimême dans les Actes. Est- il ^Btonnant que des rapports, vrais ou faux, de Jésus avec le sacerdoce
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juif ouvreiitTÉvangiledeS. Luc?Où trouver ailleanl'''^ que dans S. Luc ce double message que Dieu ià 1* faire par Fange Gabriel pour annoncer la naissance 1^ de Jean-Baptiste et de Jésus? Toute Téconoiniede I' l'Evangile de S. Luc perce dans ce premier cha- 1* pitre , qui non seulement n'a pas d'analogue dam F les autres Évangiles, mais s'éloigne prodigieuse- y nient de ce que raconte l'Évangéliste primitil y Suivant S. Luc, donc, la conception de Jean- y Baptiste et celle de Jésus ont été arrêtées par un ■' même décret dans les conseils de l'Étemel. De la race d'Aaron , par Zacharie le sacrificateur, doit naître miraculeusement Jean-Baptiste; et de Marie, dans la maison de Joseph descendant de David, doit naître le Messie par im autre miracle. Qui ne voit tout d'abord le symbole, et la liaison que l'Évangéliste pharisien veut établir? Le sacerdoce juif va se transformer, et le sacerdoce chrétien va naître. Jean-Baptiste descend d' Aaron , Jésus descend de David. L'un annoncera l'autre dès le ventre de sa mère : « La voix de ta salutation , dit « Elisabeth à sa cousine, n'a pas plus tôt frappé mes « oreilles, que le petit enfant a tressailli de joie dans ce mon sein (i). » Zacharie, le vieux prêtre juif, avait d'abord refusé de croire au prodige qui allait s'accomplir en lui; il avait repoussé comme impos-
(i) s. Luc, ch. I» V. 44.