LIVRE SIXIÈME. 8l I
'KexàTTt^ , on aurait peut-être soupçonné le sens véritable de cette phrase : « Luc le thérapeute, notre « cher Luc , vous salue. » Mais S. Épiphane assurément aurait fait comme S. Paul ; il aurait pu fort bien employer le mot d'iarpèç pour désigner dans Luc la qualité de thérapeute , lui qui, donnant l'étymologie du nom de Jésus , analogue, comme nous l'avons vu , au nom d'Esséniens ou d'Esséens, le traduit par guérisseury sauveurj médecin : Îtictouç xarà TJjv ÈêpaucrjV Âia>ixTOv OepaTceuT^jç xccXeirai, viTOi larpoç, x.ai acoryjp ( i). Malheureusement, au cinquième siècle , S. Jérôme , trompé par ce mot, se persuada que S. Luc était médecin comme l'entendaient les Grecs; et, trouvant son style plus véritablement hellénique que celui des autres Évangélistes, il se confirma dans cette erreur que S. Luc était un Païen converti, un savant, un médecin de profession; et cette singulière idée est ainsi venue jusqu'à nous (2).
(x) Voy. plus haut y page 774.
(a) Je ne crois pas qu'on poisse citer aucun Père , avant S. Jérôme , qui ait dit que S. Luc était un Païen converti et un médecin grec. S. Iréliée et s. Athanase parlent de S. Luc, mais n'en disent rien de semblable. Combien cependant un pareU fait, l'Évangile écrit par un homme sorti du Paganisme et veuo au Christianisme par la science, n'aurait-il pas été notable ! S. Jér6m« montre clairement luinnème la source de son erreur daus cette phrase : «Lucas, qui inter omnes EvangeKstas Grasci « sermon is eruditissimus fuit, quippe medicus^ei qoi Evangelium Gnecis « scripserit , etc. • {De Script., c. VIL ) Je sais que , dans un autre endroit de ses écrits, il allègue uue ancienne tradition de l*Ég!i«e : « Evan- « golistam Lucam traduni veteres Ecclesiac tractatorcs roedicinae artis
Sia DE L*HUX4H1TJË.
Il me parait bien plus naturel de croire que S. Luc, avant de suivre S. Paul, était un Juif hellénique attaché à la secte esséniauie , non pas un médecin dans le sens ordinaire du mot, mais un Essénien, un Thérapeute. S. Luc, précisément à cause de ces diverses conditions , se trouva admirablement propre à devenir le compagnon fidèle , l'interprète et Thistorien de S. Paul. IIest certain en effet que la doctrine de S. Paul fut une sorte de synthèse au moyen de laquelle le Mosaïsme transformé fut porté parmi les Gentils. Le dogme essénien d'un paradis et d'un enfer, combiné avec l'idée de la palingénésie messiaque, entrait parfaitement dans la voie de cette synthèse. Les Grecs auraient-ils compris le dogme de la vie future comme le Mosaïsme pur le donnait, et comme il est posé dans S. Matthieu. J'ajoute que les écrits de Philon nous montrent qu'à cette époque il s'était fait entre les deux sectes pharisienne et essénienne im tel échange, que certains Pharisiens ne rejetaient pas absolument le paradis des
«fuisse scientissimum , et magis Graecas literas scisse quam Hebrasas. « Unde sermo ejas tam in Evangelio quam io Actibus Apostolorum comp- «• tior est , et saecularium redolet eloquentiam. » ( Comment, in cap, VI Esaiœ, ) Mais , outre qu'il oe cite aucuue autorité , rette ancienoe tradition qu'il allègue pouvait se borner à ceci, que S. Luc, l'auteur de l'Évangile et des jictes était bien réellement le même Luc dont parle S. Paul en trois ou quatre passages de ses Épitres, et qu'il appelle dans un de «res passages Ictr^oç. C'est en effet à cette identité que se réduisent les lémoiguages de S. Irénée et de S. Athanase.