LIVRE SIXIEME. 8l
Esséniens, quoique leur dogme fut autre primitivement. S. Paul pouvait donc accepter l'idée de son ami Luc le Thérapeute (i). D'un autre côté, S. Luc, étant devenu le fidèle associé de S. Paul , dut prendre beaucoup de ses conceptions et aussi de sa politique , si j'ose ainsi parler. Or la nécessité d'un nouveau sacerdoce occupait sans cesse S. Paul. Il voulait obstinément , comme l'en accusaient les Juifs, détruire le sacerdoce juif, mais poiu* le transformer. Il avait été Pharisien , et sous un certain rapport il conservait l'esprit sacerdotal du Phariséisme, mais pour le régénérer et l'agrandir. S. Luc écrit donc son Évangile dans ce sens. Jésus, dans S. Luc, corrige plutôt les Pharisiens qu'il ne les condamne absolument. Il fait souvent, il est vrai , la censure de leurs vices et de leur hypocrisie; mais rien ne lui échappe à leur égard de comparable à la colère qu'il déploie contre eux dans S. Matthieu; tout est adouci. Vous ne trouverez pas dans S. Luc ces mots de serpents ^ de race de vipères^ de sépulcres blanchis ^ de monstres dignes de la géhenne j que S. Matthieu leur prodigue. L'idée, dans S. Luc, est que les Pharisiens sont devenus des ouvriers inutiles, et
(i) c( Evangelium secundum Lucam prœdicatam esl ab aposlolo Patilo, « coDScriptiim vero et editum à Luca , » dit S. Athanase. S. Irénée n'est pas moitu affirmatif sur Fanion de S. Paul et de S. Luc : « Lucas , sectator « Pauli, Evangelium à Paulo praedicatum literis mandavit. » {Ap, Euseb., Hist. Eccles,, lib. V, c. 8. )
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que le sacerdoce doit s'agrandir : « Malheur à « vous, docteurs de la Loi, parce qu'ayant pris a la clé de la connaissance, vous n'y êtes pœnt « entrés vous-mêmes et avez empêché les autres « d'y entrer (i). » U leur montre leurs divisions intestines, leurs profonds dissentiments, et il coâdut qu'ils périront par là : a Tout royaume divisé « contre lui-même périra (a). » U n'est pas rare qu'il prête à des Pharisiens des intentions généreuses pour Jésus : « Ce même jour, quelques a Pharisiens vinrent lui dire : Retire-toi d'ici et tf t'en va; car Hérode te veut Éûre mourir (3). » Partout enfin ce même esprit de modération à l'égard soit de l'ancien sacerdoce, soit de la tradition pharisienne, se montre dans S. Luc. Mais aussi la nécessité d'un nouveau sacerdoce et la supériorité du Christianisme ressortent encore davantage par cette modération. Il est visible que S. Luc proportionne sa critique du sacerdoce juif au but qu'il se propose , l'établissement du sacerdoce chrétien. Ce caractère de l'Évangile de S. Luc a été, jusqu'à un certain point, saisi par les Pères et les écrivains ecclésiastiques. Us s'accordent à dire que « cet Evangéliste a eu surtout en vue « de traiter de tout ce qui se rapporte au sacer-
(i) s. Luc , cil. XI , V. 52.
(a) s. Luc, ch. XI, V. 17.
(^) s. Luc, ch.XIII, V. 3i.