LIVRE SIXIÈME. 8x
a doce de Jésus-Christ (i). » Une particularité de rÉTangile de S. Luc, c'est que Jésus, outre les douze Apôtres, y établit encore soixante-dix autres Disciples, en disant que la moisson est grande, mais qu'il y a peu d'ouvriers (a). Qui ne reconnaît là l'école de S. Paul? S. Paul n'avait pas reçu sa mission des Apôtres , et se disait Apôtre au même titre qu'eux. Mais S. Paul voulait un sacerdoce , et cherchait la loi de ce sacerdoce. Or dans S. Luc la distinction du sacerdoce et des laïcs est clairement établie (3).
Voilà dans quel sens je soutiens que l'Evangile de S. Luc est d'un Pharisien transformé. C'est l'esprit de S. Paul , imbu d'un certain respect pour le sacerdoce juif dont il était sorti, de S. Paul élevé aux pieds de GamaHel, qui fait le caractère particulier de cet Évangile. Mais l'Ëssénianisme du rédacteur, c'est-à-dire de S. Luc , de Luc le Thérapeute, y paraît souvent aussi. Le dogme caractéristique d'un paradis et d'im enfer, considérés comme existant indépendamment de la venue prochaine du règne de Dieu sur la terre , se mêle dans S. Luc à l'idée du Messie et se combine avec elle , tandis qu'il n'y a pas la moindre trace d'un tel
(i) •• Ea prccipne traclans qus ad Christi sacerdotium pertioent. » ( Guill. Cave , Sciipt, Eccles. Historia literaria , p. 17.) (a) s. Luc, ch. X, (3) Voy. le chap. XII de S. Luc.
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mélange dans S. Matthieu. Sous ce rapport^ S. Luc s'accorde avec S. Marc. Tai déjà cité plus haut, de S. Luc, la parabole du Lazare et du riche, fondée sur cette croyance essénienne d'un paradis et d'un enfer; je citerai encore un antre passage, qui n'est pas seulement une addition à FÉvangile primitif, mais qui est une altération certaine et évidente du récit de S. Matthieu.
On sait que les quatre Évangiles rapportent unanimement que Jésus fut crucifié entre deux larrons. Voici le récit de S. Matthieu : « On crucifia en '< même temps avec lui deux brigands , l'un à sa « droite et l'autre à sa gauche. Et ceux qui passaient « par là lui disaient des outrages.... Les brigands il qui étaient crucifiés avec lui lui faisaient les mêmes « reproches (i). » S. Marc copie fidèlement l'Évangéliste primitif: « Ils crucifièrent aussi avec lui deux « brigands, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche.... c( Et ceux qui passaient par là lui disaient des « outrages.... Et ceux qui étaient crucifiés avec hii « lui disaient aussi des outrages (a). » Voici maintenant ce qu'ajoute S. Luc : « L'un des malfai- 'i teurs qui étaient crucifiés l'outrageait aussi en a disant: Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même et « nous aussi. Mais l'autre, le reprenant, lui dit: «Ne crains-tu point Dieu, puisque tu es con-
(i) s. Matthieu, ch. XXVII, v. 38-44.
(v) S. Marc , ch. XV, v. 27, 29, 3a.