LIVRE SIXIKMF
« damné au même supplice? Et pour nous, nous a le sommes avec justice, car nous souffrons ce m que nos crimes méritent; mais celui-ci n'a fait ce aucun mal. Puis il disait à Jésus : Seigneur, « souviens-toi de moi quand tu seras entré dans « ton règne. Et Jésus lui dit : Je te dis, en vérité, « que tu seras aujourd'hui avec moi dans le para- « dis (f). w Cette clémence de Jésus sur la croix, et ce pardon donné, en ce moment solennel, au pécheur qui se repent, sont sans doute d'admirables choses. Seulement, comment se fait-il que dans S. Matthieu et dans S. Marc il n'y ait rien de semblable , et que dans ces Évangélistes les deux larrons insultent également Jésus, et meurent également sans le connaître? Mais il y a quelque chose de plus étrange et qui s'éloigne encore davantage de l'Évangile original ; c'est la mention, dans S. Luc, d\\n paradis différent du règne. S'il y avait dans S. Matthieu, dans un endroit quelconque de S. Matthieu, une trace quelconque de ce paradis où Jésus, dans S. Luc, promet au bon larron qu'il sera ce jour même avec lui, on pourrait soutenir que cette addition de S. Luc au récit de TÉvangéliste primitif n'est pas d'une inspiration toute particulière à S. l^uc. Mais comme, d'un bout à l'autre, l'Évangile de S. Matthieu non seulement ne parle
(i) s. Luc, ch. XXÎU, V. 39-^3.
8i8 DE l'humanité.
jamais de ce paradis, mais le nie partout implicitement, il fimt bien convenir que le dogme essénien se fait jour ici dans S. Luc, comme il apparaît aussi, en d'autres endroits , dans S. Marc.
J'ai prouvé suffisamment, je crois, mon asse^ tion, que les trois Evangiles de S. Matthieu, de S. Marc , et de S. Luc , appartiennent d'une ce^ taine façon aux trois deutéroses du Mosaisme. Quant au quatrième Évangile , celui de S. Jean, son caractère particulier est bien connu. Ce dernier des Évangiles, qui , suivant toute la tradition chrétienne, ne parut qu'un demi-siècle après l'Évangile primitif, est d'une inspiration aussi originale sans doute, mais assurément très différente. Tandis que S. Marc et S. Luc copient S. Matthieu, et, tout en le modifiant assez profondément, suivent pourtant son récit avec plus ou moins de timidité, S. Jean, ou plutôt l'école de S. Jean, compose un Evangile véritablement nouveau. Et cependant il n'y a pas rupture, incompatibilité absolue entre l'Évangile de l'Apôtre Matthieu et celui de l'Apôtre Jean. L'un, il est vrai , est d'un Juif pur, et qui avait été Saducéen avant d'être Chrétien; l'autre est d'un Juif hellénique, et presque d'un Grec. L'un est d'un homme du peuple, l'autre est d'un philosophe; celui qui a écrit le premier ne connaît que Moïse et les Prophètes, l'auteur du second semble avoir lu Platon plus que la Bible; l'un de