LIVRE SIXIEME. 8a
partout ailleurs. La philosophie grecque, sans doute, a servi à donner un dernier trait, un trait suprême, à cette doctrine; mais aussi la philosophie grecque a pris , par cette union avec le Mosaïsme, un sens, une clarté, une précision qu'elle n'avait pas eus jusque-là. En même temps les aspects secondaires (je dis secondaires, bien qu'ils eussent frappé d'autres esprits d'abord et en première ligne) de l'idée à^ palingénésie viennent se grouper autour de l'idée métaphysique achevée ainsi par S. Jean à la grecque, si j'ose parler ainsi. J'entends que, pour avoir combiné l'idée du Démiourgos, ou du Verbe, ou du principe créateur et viviBcateur en Dieu, avec la doctrine essénienne de la vie, S. Jean n'infirme pas et ne détruit pas la palingénésie. Et c'est ainsi qu'il n'y a pas rupture complète entre lui et l'Évangéliste primitif. Détruitil, je le demande, l'aspect politique ou social de la palingénésie? Non; loin de là, il pousse fortement les âmes à cette palingénésie sociale. Il met le Verbe en nous : mais la société est un aspect de nous; et si le Verbe est en nous, le Verbe par nous transformera la société humaine. S. Jean ne détruit pas davantage l'aspect cosmique de la palingénésie, aspect si cher à S. Matthieu. Il s'en occupe peu, il est vrai ; Jésus pour lui est le créateur, le vivificateur éternel. Un miracle, comme celui que comprenait S. Matthieu , n'est pas nécessaire à ce Mes-
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sie pour manifester son essence; car étemellemait la vie du monde manifeste cette essence. Mais enfin, puisque S. Jean part de cet axiome que le Yerbei la Parole, la Lumière s'est faite homme et a été vue dans le monde sous le nom de Jésus y il ne repousse |)as et n'exclut pas absolument l'idée que ce même Messie reviendra juger les vivants et les morts, et qu'il y aura une fin et un renouvellement du monde. Certes, je comprends que, dans le cours des siècles, beaucoup d'esprits, frappés de cet Evangile métaphysicien de S. Jean , aient suivi l'essor qu'il ouvrait, jusqu'au point de rejeter, comme des figures assez grossières, les idées de palingénésie de S. Alatthieu , et qu'ils soient arrivés ainsi à se faille du Christianisme une idée nouvelle, et qui parut à l'Église aussi étrange que coupable. C'est S. Jean qui a produit ce qu'on appela au moyenâge Y évangile éternel. Quant à nous, loin de repousser cette conclusion du Christianisme, nous croyons profondément que la véritable transformation du Christianisme s'accomplira par cette issue que S. Jean lui a ouverte. Mais, en fait, on peut affirmer que son inspiration n'alla pas jusque là, et que TÉvangile qui lui est attribué reste dans la tradition de la palingénésie cosmique, c'est-à-dire de la fin prochaine et de la résurrection du monde, comme l'entendaient S. Matthieu, S. Marc, et S. Luc.