‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 146 sur 216 · LIVRE SIXIEME. 8.i · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME. 8.i

Il faut convenir néanmoins (et ceci est une pensée de S. Augustin lui-même, pleine de sens et de justesse) que, de S. Matthieu à S. Jean, de Jésus entendu comme l'entend S. Matthieu à Jésus comme l'entend S. Jean, il y a si loin, que, si les deux autres Évangiles de S. Marc et de S. Luc n'étaient pas entre deux pour combler la distance , cette distance paraîtrait incommensurable et ne pouvoir jamais être reinplie (i). Mais entre le Saducéen et le Platonicien, entre l'homme de la réalité et rhomme de Tidéal, se trouvent l'Essénien d'abord, le Pharisien ensuite; l'un sert à transformer l'idée cosmique du Messie, l'autre l'idée sociale ou politique, et ils forment ainsi une sorte d'échelle par laquelle l'esprit du Chrétien franchit l'abîme entre le premier et le dernier des Évangélistes.

(i) « Istiigiltir quatuor Evaiigclislse, oniverso teirarum orbe utilis-

m s'mi (etob hor foi tasse quainor, quoniam quatuor suut partes orbis

M ftrrse, percujus uiiiversiiateni (Iliristi Ecclesiani dilatari, ipso sui nu-

« ineri Kicramonto quoJainmodu deciararunt ), hoc ordiiie scripsisse prr-

« hibculur. Primum Mattbsus, deinde Marcus, tertio Lucas , nltimo

u Joannes. Tnde alius fut! ordo rognoscenJi atque prœdicaudi , alius

«RUtcm scrib n]i. Ad cuguosci>ndtim quippe et prœdicaudum, primi

m iitique fucruntquiy seculi Doiuinum, in carne praesentcm aadieniDt,

« fat ientt mque \iderunt. Sed in cousciibrndu E^augclio (qnod diviniius

« ordinatum rsse cri'deudum est ), «x numéro eurum qu s au'e passio-

•• lum Dominusdegil, prinjum atquc uliimum locum duo tenerunt : pri*

•< niuDi Matthxus, uliimum Joannts; ut reliqui duo, qa* ex iilorum

<• numéro non erant, sed tameu Clirlstum in iiiis loquentem seruti eiaitl,

« taitquam filii ampleclendi , ac per hoc in niedio luco con!>tituti , uiroqne

« al) eis lalire munircntar. » {De Conscnsii Evai-f^eHst., bb II, c. a.)

8t^6 ■ DE L HUMANITÉ.

Je n'ajouterai plus qu'un seul mot pour confinner les caractères divers que je viens d'assigner aux quatre Ëvangiles. On sait que la tradition avait marqué chacun de ces Évangiles d'une espèce de sceau hiéroglyphique. S. Matthieu était représenté ayant auprès de lui un homme, S. Marc un lion , S. Luc un bœuf, S. Jean un aigle. Ces emblèmes exprimaient, disait -on, le caractère de l'œuvre de chacun. La figure d'homme qui est auprès de S. Matthieu signifie, disent les Pères, que cet Évangéliste a eu surtout en vue l'humanité dans Jésus, tandis que Taigle de S. Jean indique que cet Évangéliste a surtout considéré en Jésus la divinité. Le bœuf qui accompagne S. Luc, disent-ils encore, est l'emblème du nouveau sacerdoce. Je ne vois pas que les Pères aient bien su expliquer le lion de S. Marc. Pour moi, j'aimerais mieux rapporter directement ces quatre emblèmes aux quatre écoles dont j'ai parlé, et dont j'ai fait sortir les quatre Évangiles; et je n'aurais pas besoin pour cela de m'éloigner beaucoup de l'explication ordinaire que les Pères donnent de ces symboles, parce que c'est en effet le sentiment obscur qu'ils ont eu de ces quatre écoles qui les a portés à voir dans les Évangélistes ces divers caractères.

Si S. Matthieu, dirai-je donc, a été marqué, dès la plus haute antiquité chrétienne, du signe hiéroglyphique homme, c'est qu'il est surtout

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