LIVRE SIXIÈME. Stiy
occupé des choses humaines , et particulièrement de la misérable condition des inférieurs dans Je inonde; c'est qu'il est, comme je l'ai dit, homme du peuple et révolutionnaire. S. Matthieu est l'expression vraie, naïve, et jusqu'à un certain point complète, de l'humanité qui attend un Sauveur. Il n'a pas la science métaphysique de la secte essénienne , d'où sortit S. Marc; ni la profonde politique de la secte pharisienne , d'où sortit S. Paul, représenté ici par S. Luc; ni enfin le sentiment artiste et tourné vers l'infini de la secte platonicienne, que représente S. Jean. Mais il a en lui le germe de ces qualités; et, sans être ni le savant, ni le politique, ni l'artiste, à un haut degré de développement, il comprend en lui ces trois natures; il est le représentant de la nature humaine en général. Et, étant ainsi, les Pères ont raison de dire qu'il a plutôt considéré en Jésus l'humanité que la divinité. I.e lion de S. Marc, que les Pères n'expliquent pas, ou expliquent fort mal , me paraît facile à comprendre, si l'on veut considérer que S. Marc, c'est l'école essénienne se ralliant au Messie. Le lion , qui vit au désert et qui passe pour le roi du désert, convenait bien à cette secte , qui en effet pratiquait la vie hors du monde, qui prétendait, par la seule élévation de ses pensées, vivre indépendante, d'une vie pieuse et solitaire, loin du gros de l'humanité, et dont les
contemplatifs habitaient réellement au désert avec les lions. Le lion n a-t-il pas toujours été considéré comme l'emblème de la force; et, dans le passage de la formule trinaire de Thomme à la formule trinaire de Dieu, la connaissance n'a-t-elle pas souvent été appelée laforcCy \apuissanc€y j>arce qu'il y a en effet identité en Dieu entre sa connaissance et sa puissance? Le bœuf, à son tour, était un emblème dès longtemps consacré dans les anciens cultes, pour figurer les travaux de la société civile, et le sacerdoce qui institue cette société. Or la nécessité de l'établissement d'un nouveau sacerdoce est, comme nous l'avons vu, le caractère de l'Évangile de S. Luc. Enfin l'aigle a certainement le sens que les écrivains ecclésiastiques lui donnent, et se rapporte de cette façon au sublime Evangile des Platoniciens qui se rallièrent à S. Jean et par lui au Christ. Ces emblèmes vont donc au fond des choses, et il me semble qu'on ne trouvera pas étrange que j'allègue encore une fois ces antiques hiéroglyphes pour confirmer les rapports et les différences que j'ai établis.
Tout le monde sait que les anciens Pères et les écrivains ecclésiastiques croyaient que ces emblèmes avaient été divinement révélés. On prétendait qu'ils étaient tirés d'une vision d'Ézéchiel (i).
(i) « Ex sarra Ezechii'lis visione, quatuor iliiolax^il (Evangelisla?) oranl *< ordiiiatuii , non liu.nanu «luidoin, si'il divlna soile tl elerlione Quo-