LIVRE SIXIÈME
Cette vision est en effet remarquable^ et est si bien adaptée aux caractères distinctifs des quatre Évangélistes, que l'on ne serait pas d'abord éloigné de penser qu'elle a été faite d'après eux. Dans cette hypothèse, il faudrait soutenir que le texte antique d'Ézéchiel a subi des altérations avant de nous arriver. Il n'est pas absolument certain, en effet, que les écrits de ce Prophète aient fait partie de l'ancien canon juif; il se pourrait qu'ils eussent été rangés chez les Juifs parmi les ouvrages qu'on appelait secrets ou apocryphes ^ et qui restaient confiés aux Scribes, comme sources traditionnelles, mais sans avoir l'autorité et la publicité des livres canoniques ( i ). Ce qui est sûr, c'est qu' Ézéchiel n'est jamais cité dans le Nouveau -Testament, et qu'il n'est pas mentionné dans la liste des livres hébreux canoniques donnée par Philon. On le trouve, a la vérité, indiqué dans Josèphe, et il figure dans
« mm Matihaeus fuit pr.'miis , qui et primtis srrips:ss<: ferlur Evangelium « in Judxa, et semioue qiiiJem Hebrœo; seciindus Marciis, qui et se- «< rundiis ferlur scripsisse Evangelium suum , sivo in Ilalia , sive alibi id « factam sil; terlius Lucas, qui tertio loco scripsisse fertur Evangelium « suum in Achaia ; qunrtus Jo;)nne3 , qui et uliimus Evangelium suuni <' scripsisst? creditur in Asiu. Et eo ordine in spirilu monstrati suut •• Ëzechieli. Similitudo aulem , inquit , vullns rorum facics homt- « nis : ccee Matthaeu^. Et facics !conis : ecce Marcu^ Fiicies auteni « bovis : ccce Lucas. El faciès aquiiie : cce Joannes. » (JaCq- Le Fèvre , Commentarii inttiatoni in quatuor Evangelia , p 3 18.)
(i) Je parle dans la supposition admise par beaucoup de savunts que les livres apocryphes ne se distinguaient que de celte façon des livres canoniques.
83i DE l'hcmastité.
c autre roue Et quand les animaux marchaient,
« les roues marchaient aussi ; et quand les animiin « s*élevaient de dessus la terre, les roues aiin « étaient élevées. Partout où Tesprit les portait à « aller, les roues s'élevaient vis-à-vis d'eux; carb « force des animaux était dans les roues..... Et ce tf qui paraissait au-dessus des têtes des animanx « était une étendue semblable à un cristal bril-
a lant Et au-dessus de cette étendue on voyait
a comme un trône qui ressemblait à une pierre « de saphir ; et sur cette ressemblance de troue il <t y avait la ressemblance d'un homme, assis an
a degré le plus haut I^ splendeur qui entou-
« rait cette forme était comme celle de l'arc-ena ciel .... C'est là la forme de la représentation de ce la gloire de T Étemel. Et, Tayant vue, je tombai « à genoux (i). »
Certes la forme de cette vision est poétique, et, si l'on veut, bizarre ; mais dans cette sorte de rêve exalté n'y a-t-il pas une idée apercevable et claire? Je suppose, dis-je, que le texte d'Ézéchiel soit authentique, et que cette page fameuse ait été en effet écrite six ou sept siècles avant le Christianisme. Qu'y vois-je clans cette supposition? Un symbole, en effet, comme dit le Prophète , de la gloire de Dieu. La nature humaine s'élève jusqu'à
(i) Ézécliiel. ch. I.