LIVRE SIXIÈME. 5o I
furent pas trompés. Le secret de réiiignie, cest que le peuple israélite d alors et le peuple Israélite futur ^ c'est au fond le même peuple^ la même humanité qui croît et se développe, enfant avec Moïse , plus avancée avec Jésus-Christ , parce que l'homme et chaque homme est immortel dans l'humanité , et n'est immortel que par l'humanité et en elle.
C'est-à-dire qu'il se trouve, au fond , que Moïise avait raison. Sa négation de l'immortalité de l'âme, comme on l'entend vulgairement, et son rejet absolu des paradis et des enfers, loin d'être une erreur, est la plus grande des vérités.
Voilà où Lessing fut conduit, par une logique rigoureuse, en examinant, avec toute la force de sa pensée et toute la droiture de son cœur, ce problème si embarrassant : « Pourquoi, dans l'Ancienne \m , la vie future n'est-elle pas enseignée; » si embarrassant, dis-je, dans l'hypothèse ordinaire sur le sens du dogme de l'immortalité.
Gloire à Lessing d'avoir, tout chrétien fidèle qu'il était, au sein de l'Allemagne, il y a déjà plus d'un demi-siècle (i), proclamé une telle vérité!
Cependant , comme effrayé de sa propre idée , Lessing l'a voilée autant qu'il a pu; mais elle perce dans toutes ses paroles :
(i) ii'ou\i'age de Lessing [larul eu 1785.
5oa DE l'humanité.
(c On peut bien douter, dit-il, que Dieu ait K voulu à cette époque communiquer le dogme « de la vie future. Mais certainement il ne voulait « pas non plus rendre cette vérité plus obscure,
c< Un livre élémentaire peut passer sous silence « tel ou tel point important dans la science que « ce livre enseigne. Mais il serait absurde que ce « livre contînt de quoi obstruer ou embarrasser, « pour les enfants, la route de ces points impor- « tants. Tous les accès doivent , au contraire , en « être soigneusement tenus ouverts ; et détourner « les enfants d'un seul de ces accès, ou même « simplement leur en retarder l'abord , suffirait « pour changer un livre incomplet en un livre « essentiellement défectueux.
« Pareillement, l'Ancien Testament devant ser- « vir de livre élémentaire à un peuple grossier et « novice dans l'art de penser, comme le peuple « juif, pouvait ne pas parler de l'immortalité de « l'âme et des récompenses de la vie future. Mais, « à aucun prix aussi , il ne devait contenir rien de « propre à retarder le peuple pour qui il était « écrit sur le chemin de ces grandes vérités (i). »
Donc , aux yeux de Lessing , la Bible contient , sur l'immortalité et sur la vie future, sinon la vérité, du moins la vérité relative. C'est ce que