LIVRE SIXIÈME
^ rhumanité, Jésus, six siècles après Ézéchiel , ait paru cet homme divin , cet homme transfiguré^ qu'Ézéchiel en extase avait vu dans le ciel ? Et, la nature humaine restant identique à elle-même, quant à ses éléments constitutifs, ne devait-il pas surgir en effet quatre représentants particuliers et spéciaux de cette nature humaine, pour écrire l'Évangile de cet Homme-Dieu ? L'un ne devait-il pas être plus particulièrement l'homme tourné vers la manifestation de cette doctrine nouvelle, vers la réalité et l'application, c'est-à-dire vers la pratique, vers l'activité, tout en étant cependant religieux, divin, comme le Maître ? Ce rôle échut à l'école de S. Paul, à S. Luc. L'autre ne devait-il pas être plus particulièrement un docteur, un savant , un homme de retraite et de méditation , fixé à une tradition plus ancienne , et s'en détachant difficilement; plus occupé d'ailleurs de posséder ésotériquement la vérité que de la répandre ; regardant la science comme le fait d'hommes choisis, et ne portant pas ses vues jusqu'à comprendre le triomphe de cette science sur la société tout entière; théologien, en un mot, plutôt que politique, moraliste pratique plutôt qu'ardent prédicateur de la morale ? Cet homme de retraite et d'ésotérisme, ce fut S. Marc, sorti de la tige même du Christianisme, de l'antique Essénianisme. L'école essénienne, qui chez les Juifs avait marché en avant.
H'3G DE l'iicmahité.
voulut s^arrèter et s'immobiliser quand elle eut produit le Christianisme. Autrefois elle avait répondu au sentiment dans le Mosaîsme, elle fut la ccHinaissance dans le Christianisme. iMais voyant ce rejeton nouveau, elle en eut quelque jalousie, et se fit ésotérique. LU voilà pourquoi S. Marc est le moindre des Évangélistes. II devait représenter la connaissance; mais il a tenu, pour ainsi dire, la lumière sous le lK)isseau, contrairement à la parole du Ghrist« et ila ainsi laissé à Tartiste S. Jean à remplir plus amplement le rôle qui lui était échu à lui-même. S. Marc est le vieillard un peu désabusé qui cultive la doctrine au désert. S. Luc est l'homme dans la force de Tâge qui veut gouverner le monde par la doctrine. S. Jean, ou l'auteur de l'Évangile qui porte son nom , est le jeune homme, l'homme au point où il est le plus artiste, où le sentiment prédomine. Aussi représente-t-il les Grecs arrivant à la religion avec la verve de néophytes. Il est métaphysicien sans doute, et tellement qu'il retrouve et invente, pour ainsi dire, cette même doctrine de la vie, que l'Essénien S. Marc possède sans vouloir la montrer ; mais voyez si, tout métaphysicien qu'il est, il n'est pas d'abord homme de sentiment, s'il n'est pas charité, amour, et si ce n'est pas par la charité, par l'amour, qu'il arrive si puissamment à la connaissance. Platon avait dit que Dieu nous a donné deux ailes pour nous élever à lui,