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a gné à ses disciples. — Et il leur dit: Quand vous « priez, dites: Notre Père qui es partout dans a l'univers , ton nom soit sanctifié ; ton règne a vienne; ta volonté soit faite sur la terre comme a au ciel, etc. (i).
S. Luc a pris cette belle prière dans S. Matthieu, où elle est amenée tout autrement et fait partie du sermon sur la montagne. Mais le texte est identiquement le même dans les deux Evangélistes.
Cette formule : Notre Père qui es partout dans r univers^ c'est-à-dire qui es l'unité et la multiplicité , qui es et qui fais vivre; qui, en tant qu'être absolu, n'es nulle part, parce que l'infini-être n'a pas de lieu ni de temps ; mais qui, en tant qu'être manifesté, es partout et es tout; cette formule, dis-je, a été fort mal traduite par Notre Père qui es dans le ciel ou dans les deux. Le texte grec dit , à la vérité : Ilarep iqjje.ûv, 6 ev toTç oùpavorç. Mais s'agit-il d'un lieu particulier appelé ciel ? Non , évidemment. Traduire oùpavo; par le ciel est un contresens. Même en s'attachant au sens propre de ce mot oùpavo;, il faut traduire, comme nous avons fait , par le monde ^ t univers; il s'agit de l'infini espace et temps, c'est-à-dire du grand tout, de l'univers, de l'ensemble de tous les êtres, sans distinction de terre et de ciel. En grec oùpavo; signifie bien le ciel^
V 1) s. Luc, v\\. XI, V. £-4.
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mais ii s'emploie aussi pour le monde , Yunwen, Platon j par exemple , lui donne (x>ntînueIlemeDt cette acœption dans le Timée.
Mais véritablement Jésus, loin d'avoir à\\\Notrt Père qui es dans le ciel^ n'a pas même dit : Notre Père qui es partout dans Vunivers, Il a dit : Notrt Pète dans la lumière , c'est-à-dire dans la vie , dans rétre, la lumière ayant toujours été considérée, dans les antiques religions, comme l'expression de la vie, de l'être.
L'imperfection des langues anciennes, malgré leur beauté relative, et la difficulté de traduire, se montrent Ici', comme dans une infinité d'autres cas. La racine du mot oùpavoç (dorien «opocvoç, latin uranus), se retrouve dans le mot hébreu o€a ou AOUR , lumière (i ). Le mot hébreu aourn^a pas de
(i) OuR , OU ÔR , OU AOUR , ( Chald. aoura , ora , ) est le radical anti que d'uoe foule de mots grecs et latin. L'hébreu remploie comme Terbe et comme substantif. Comme Terbe, il exprime Taction d'éclairer; comme substantif, il signifie la /r/mièrtf et le feu. Dérivativement , ce mot, en hébreu, signifie le soleil, l* aurore, le commencement du jour; il s'emploie aussi pour climat , température, état de t atmosphère, ce que nous appelons vulgairement le ciel quand nous disons le ciel est beau , un beau ciel , etc. Ce radical d'cùpavcç est si évident, qu'il se marque également dans : cpà<o , voir; âpa (lat. oraj, qui a la double signification de bord ou surface apparente des choses, et de saison, climat; «opa (lat. hora], heure , c'est-à-dire division du temps fondée sur le degré de lumière et d'obscurité; (ù^axX^tù , ûpotl^opiiat , s'embellir , s'' orner; opoloc > beau , bril' lant , arrivé à maturité ; opôpoç , le point du jour, etc. , etc. On le retrouve dans les mots latins aura , aurora , orior, oriens , ortus , et dans le mot aurum , à cause de l'éclat caractéristique de l'or. Il est également la racine du mot uro, ( brûler) des Latins , et de wûp ( le feu , la chaleur, la force
'•* singulier 9 tandis que tout au contraire ovpavoç, en
* grec, ne s'emploie pas au pluriel. Qu'est-il donc
arrivé? Tandis que le texte primitif de S. Matthieu
- disait /zo^re Père dans la lumière^ ce qui peut
- s'entendre de deux façons : i** notre Père le lumi-- ! neux, Vêtre absolu qui es la lumière j la vie; . 2® noire Père manifesté par la lumière, parla î. vie des créatures, notre Père manifesté dans la i vie et dans tous les phénomènes , le traducteur,
voulant rendre littéralement ce mot hébreu aour, \ et rencontrant comme synonyme et comme iiomonyme oupavo;, a traduit par oùpavo;. Et le sens profond de la formule a disparu. Car, au lieu de voir l'unité de Dieu, on a vu la terre d'un côté et le ciel de l'autre, et Dieu dans le ciel, c'est-à-dire un lieu de la Divinité différent de son lieu véritable , qui est partout. Néanmoins, il est si vrai que le mot hébreu n'avait pas le sens particulier d'oOpavoç, ciel, que le traducteur a mieux aimé faire un
ignée ) dei Grecs. Abraham, suivant la Bible , était venu de la ville chaidéenne à'Our, qu'on appelle dans la Vulgate Ur Chaldœorum, C'était la ville des Mages , qui rendaient un culte à Dieu sous le symbole Axifeu , ou de la lumière. Quand donc Jésus , dans l'Évangile , emploie ce mot comme épitbète de Dieu , cette épithète emporte une tout autre idée que celle que nous donne notre mot de c/e/, qui est l'opposé de terre^ et qui exprime un lieu plutôt qu'un phénomène de la vi>. Telle est la difficulté que les langues offrent les unes aux autres , lorsqu'il s'agit de traduire ; les mots , ne répondant pas , d'une langue à Tautre , aux mêmes sources primitives, aux mêmes radicaux , font concevoir souvent des idées profondément différentes. Nous en avons ici un exemple remarquable.
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hébraïsme et employer le pluriel, qui est inusité en grec , -sentant bien que ce n'était pas ducid dans le sens de lieu , ni dans le sens d*une distinction, qu'il s'agissait, mais du Souverain Ciel (i) ou de l'Être, soit considéré en lui-même et appdé en ce sens lumière , soit considéré comme manifesté par la lumière qui unit tout. Cela est si vrai, qu'un peu plus loin , quand Jésus distingue le dd de la terre, en disant : a Que ta volonté soit faite « sur la terre comme au ciel , » le traducteur n'emploie plus le pluriel oùpavol, mais le singulier : wç iv oipav'i), xal em t^ç yxç.
Véritablement, je le répète, la formule dont Jésus se sert ici, Xlarep i^jje.ûv, ô £v toiç oupavotç, revient parfaitement à narnp ûjxwv 6 ovpavioç , Pater yEtherœusj Père lumineux ou éthéréen^ qu'il emploie si souvent dans le sermon sur la montagne. C'est le Dieu dont l'essence nous est inconnue, mais au nom duquel nous ne pouvons nous empêcher d'ajouter cette épithète de lumineux^ ou à'éthéréen ^ parce que les impressions de vie qu'il nous donne nous parviennent primitivement par la lumière, et qu'au fond toute connaissance que nous avons est due à une perception comparable à celle que la lumière nous donne ; si bien que nous n'avons pas d'autres termes que ce mot même de lumière et ses analo-
(i) Voy. ce c|iii a été dit précédemiDent liv. V, ch. 4, p. a 36 et «uiv.
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giies, pour exprimer ce que nous appelons la lumière de notre esprit et de notre intelligence. I^ lumière elle-même, la lumière physique, comme on la nomme, est-elle de la matière et un corps, dans le sens où les physiciens entendent aujourd'hui ces mots de corps et de matière? N'estelle pas plutôt une manifestation de la Vie, laquelle, comme toutes les manifestations de l'Etre et comme nous-mêmes, n'est en soi ni matérielle ni spiri* tuelle? N'est-ce pas elle, en effet, qui nous permet nos idées les plus spirituelles, et saurionsnous sans elle ce que c'est que le beau, ce que c'est que Tordre, la convenance, les rapports, les proportions, etc.? Nos idées, nos sentiments les plus sublimes, ne germent-ils pas sous ses rayons, et naissent-ils en nous sans nous être en quelque sorte communiqués par ce messager divin de la Vie universelle? Mais laissons ce sujet, sur lequel j'aurais beaucoup à dire (i), et bornons-nous à constater que l'expression dont Jésus se sert pour
(f ) radmire nos physiciens , qui ne craignent pas aujourd'hui de penser que la lumière , la chaleur, et réiectririlé , pourraient bien être le même fluide sous trois modes différents , et qui ne s'aperçoivent pas que les voilà atteints et convaincus de croire à la trhiUè , rhose suivant eux si ridicule ! Combien d'autres considérations touchant les sciences , ou plutôt touchant la science unique , la science de la vie , soulève le seul souvenir du culte antique qui prenait la lumière pour symbole de la Divinité ! Je renvoie ce» ruestions à un autre livre , en partie composé : De Dieu , ou de la vie vonsuléree dons les êtres fiortirt Ht n et dans Pétre tmitwrsel.
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qualifier Dieu n'a aucun rapport avec la tradiKlion que les Chrétiens en ont faite. Il ne s'agit pas, encore une fois, de lieu de la Divinité dans cette qualification; Tépithète du Christ concerne Yessence de Dieu en elle-même , essence caractérisée par son mode de manifestation. Ce n'est pas le Dieu dans le ciel des Chrétiens que Jésus désigne ( jamais Jésus n'a eu de Dieu une aussi misérable idée ) ; c'est le Dieu qui gouverne tout par ce milieu universel que les anciens appelaient éther, lumière ; c'est le Dieu dont la lumière , considérée comme expression de l'intervention générale de l'Être universel dans les êtres particuliers, est la manifestation ; c'est le Dieu auteur de la vie. C'est donc le Dieu de la lumière , ou plutôt le Dieu Lumière. Comment se représenter l'être incompréhensible que le Christianisme , après toute l'antiquité, a appelé Dieu le Père? I^es Égyptiens, tout en l'appelant l'Incompréhensible, Amôn^ l'adorèrent sous la manifestation de la lumière, c'està-dire sous le symbole de Soleil divin. Ils l'appelèrent Amôn-Ra^ joignant le nom de soleil, Ra^ à son nom de Caché ou ai Incompréhensible, C'est aussi là le culte que nous retrouvons dans l'Inde la plus antique, puisque les Védas célèbrent partout Brahma comme le soleil ou la lumière du monde, et que la prière la plus renommée de ces livres saints est une prière au Soleil divin, la