‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 158 sur 216 · LIVRE SIXIKMF · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIKMF

I..es premiei's conciles furent également forcés de condamner cette pente à l'idolâtrie : « Il ne Cl faut pas^ dit le concile de Laodicée tenu en 364^ «r que les Chrétiens quittent l'Église de Dieu pour «r aller invoquer des anges. Si donc on trouve « quelqu'un attaché à cette idolâtrie cachée, qu'il « soit anathème, parce qu'il a laissé notre Seigneur •r Jésus-Christ Fils de Dieu, pour se livrer à l'idolâ- « trie (i). »S. Paul, donc, ne veut pas qu'on quitte ce qu'il appelle le chef, ou la tête, duquel tout le corps reçoit l'union, la solidité, et la croissance; et cette tête, comme il le dit dans le même chapitre, c'est le Christ : «Le corps est en Christ (^). » Les pères de Laodicée, à leur tour, ne veulent pas qu'on délaisse V Église de Dieu, représentation dans le présent de Jésus-Christ Fils de Dieu, pour aller adorer des anges. Il faut rester attaché, dit S. Paul, au mystère du Dieu Père et du Christ (y). Pour qui a compris la théologie de S. Paul , ce qu'il entend par ce mystère est facile à comprendre. Ce chef o\i cette tête dont parle S.Paul, ce Jésus-Christ Fils de Dieu , représenté par Y Église de Dieu , dans la pensée des pères de Laodicée , c'est \ universelle humanité, c'est l'humanité idéale, c'est l'Adam renouvelé, c'est l'être collectif homme, en qui vit

(i) Canon 35.

(a) Coloss,, ch. II, V. 17.

(3) Ibîd. , V. 2 : Mudnipicv toO ©wO xat Ilarpô;, xai tcO XpicrroiS.

jt

864 t>E L Hl'MA?

chaque homme et qui vit dans chaque homme, r^*^ parce que le Dieu étemel qui a créé le monde « manifeste ainsi ( 1 ). S. Paul ne voulait pas qu'onquil' tât cette route, pour la voie inconnue d'un empyrée imaginaire; et, quoiqu'il soit question des anges dans rÉvangile, il déclare que c*est Y inconnu^ et qu'on ne peut raisonner là-dessus qu'en se livrant à de vaines imaginations. C'est qu'en effet les anges et les démons de l'Évangile n'ont aucun raj^rt avec les anges personnifiés que l'on a admis depuis.

Ces anges , dis-je , et ces démons de l'Évangile sont la plupart du temps ou des expressions mythiques, ou des produits d'une mauvaise physique; ils n'ont guère plus de réalité et d'existence dans la pensée profonde des Evangiles que dans le Pentateuque. S. Matthieu, par exemple, fait envoyer deux fois un ange à Joseph; mais il a soin dédire que cet ange apparut chaque fois en songe à Joseph. C'est absolument comme s'il avait dit que Joseph eut un rêve , et que ce rêve était prophétique. En quoi cela détruit -il profondément le dogme fondamental sur Dieu? Seulement il est bien clair que si un poète, prenant cette donnée, se met, comme Mil ton ou le ïasse, à faire tenir par Dieu, dans je ne sais quel ciel, un conseil royal,

(i) Je confirmerai ce que je pose ici, en traitant de la théologie du S. Paul , dann la seconde partie de cet ouvrage.

DIVRE SIXIÈME. 865

d'où l'auge parte ensuite comme uu Mercure ailé, voilà à l'instant même l'idolâtrie créée, la notion de Dieu détruite, et la barrière ouverte à une absurde théologie.

Ce même S. Matthieu dit quelquefois qu'à la résurrection le Fils de l'homme paraîtra précédé par ses anges, qui sépareront les bons et les méchants. Mais ailleurs il fait dire à Jésus que les douze Apôtres, assis sur douze trônes, jugeront les douze tribus dlsraël. N'est-il pas bien probable que ces anges de la résurrection se confondent fort, dans sa tête poétique, avec ces douze juges d'Israël, qui ne sont pourtant que des hommes ressuscites? Hésite-t-U ailleurs pour donner ce nom ai ange à un simple mortel, à Jean-Baptiste : « Qu'êtes-vous a allés voir au désert? dit Jésus aux Juifs. Était-ce « un homme vêtu d'habits précieux? Ceux qui « portent des habits précieux sont dans les palais « des rois. Qu'êtes-vous donc allés voir ? Un pro- « phète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète. « Car c'est celui de qui il est écrit : Voici, j'envoie « mon ange devant ta face, qui préparera ton che- « min devant toi (i). »

IjCs anges qui, après la résurrection, se montrent auprès du sépulcre, sont de pures apparitions théâtrales, si peu caractérisées que, d'un Évangé-

(i) s. Matthieu, ch. XI, v. 8 , 9.

86C DE L lIUM/LIfITÉ.

liste à l'autre, le récit varie, comme je l'ai remarqué. Je ne vois jusqu'ici, dans cette introduction des anges dans les Évangiles, que la preuve de l'igDorance en physique des Évangélistes, et en général de presque tous les hommes au temps de Jésus. On avait un rêve, on l'attribuait à un ange. On croyait à la résurrection, pourquoi n'aurait-on pas cru à des apparitions auprès des tombeaux? Platon, qui a de Dieu l'idée la plus sublime, ne croit-il pas.aux mânes? Il y a dans S. Jean un curieux passage, qui peut nous faire juger jusqu'où allait cette ignorance de la vraie physique. S. Jean, parlant du miracle de la piscine, décrit cette fontaine; c'était ce que les physiciens nomment aujourd'hui une fontaine intermittente : « Les maa lades, dit S. Jean, étaient rangés autour de cette « piscine, attendant le mouvement de l'eau. Car un ce ange descendait, à certains moments, dans le ré- « servoir, et en agitait l'eau ; et le premier qui <c descendait dans le réservoir après que l'eau avait K été troublée était guéri , de quelque maladie « qu'il fût atteint (i). «Voilà donc S. Jean, le grand métaphysicien, qui prend le phénomène d'une fontaine intermittente pour l'occupation d'un ange! Pourquoi Jésus et ses disciples n'auraient-ils pas cru que beaucoup des maladies qu'ils guérissaient

(i) s. Jean, oh. \. v, '5, /,.

Page 1