LIVRE SIXIÈME
est le Christ Homme et Dieu tout ensemble auquel donne lieu la palingénésie considérée surtout sous Faspect social ou politique.
Enfin est-ce uniquement sous son dernier aspect que nous considérons la palingénésie ? Le Christ est-il pour nous un Messie de rénovation psychique , un résurrecteur de la vie en tant qu'être, substance, essence: alors l'idée d'effet, l'idée même d'humanité ou d'homme, s'évanouissent et disparaissent, pour ne plus laisser voir que Dieu. I-ia nature de Dieu est tellement l'être, la cause, la substance, que, ne voyant plus dans un tel résurrecteur que l'être , la substance , la cause , ce résurrecteur de la vie nous apparaît en lui-même la vie, nous apparaît en lui-même l'être, la substance, la cause, nous apparaît Dieu.
Ce sont là en effet les trois Christ des Évangélistes. Jésus n'apparaît réellement Dieu que dans S. Jean.
On pourrait dresser une sorte de tableau ou d'échelle de la nature du Christ , par rapport à chacun des trois points de vue que chacun des Evangélistes a considéré à part avec plus d'attention ; de cette sorte :
S. Jean est le métaphysicien occupé de la vie subjective, de l'être en soi et en tant que force, se modifiant lui-même et se transformant par sa propre puissance. Dans S. Jean \^ palingénésie est surtout
876 i>E l'hl'maiiiti^.
considérée comme un acte de la vie en soL Cette vie en soi étant appelée âme, et, dans le sens universel, Dieuy la palingénésie pour S. Jean est donc psychique ou psychologique. Les autres aspects, c*est-à-dire la rénovation sociale et la -rénovatioD du monde extérieur ou physique, sont secondaires. Dans un tel point de vue, évidemment, Fétre qui cause et amène cette rénovation de la vie en soi n'est pas un effet , mais une cause , et cet être est Dieu. Jésus est Dieu ; c'est le Christ-Dieu. Seulement cette caractérisation peut s'entendre, comme je le montrerai plus loin, en deux sens très-différents, l'un philosophique et raisonnable, l'autre idolâtrique et faux. Nous verrons lequel de ces deux sens se trouve réellement dans S. Jean.
Dans S. Marc, il y a au fond la même tendance que dans S. Jean ; mais il y a en même temps une tendance contraire. S. Marc est sans doute placé aussi au point de vue psychologique ; c'est aussi l'être ou la vie en soi qu'il comprend et qu'il considère. Mais, par les raisons que j'ai dites plus haut, tout en faisant du Christ une force et non un phénomène, un être modificateur de l'être et non un accident de l'être, il recule devant l'idée d'identifier la nature de ce résurrecteur de la vie avec Dieu lui-même. Il veut le rattacher purement et simplement à l'ordre des prophètes et des inspirés; il veut rester Essénien, tout en admettant que Jésus